KERGUELEN :

par Virginie ANTOINE,
Micro-biologiste

57 ème Mission d'hivernage
à Port-aux-Français, Kerguelen
 

Merci à Virginie de nous avoir fait partager sa vie au quotidien, dans cette île du bout du monde, Kerguelen.
Bons vents et bon retour à la civilisation. 

 

Vendredi 25 janvier 2008

C'est curieux la facilité avec laquelle l'esprit s'habitue aux choses qui vues d'un autre horizon paraissent extraordinaires et insaisissables ...
Pendant quatorze mois, j'ai tenté de vous raconter cette vie de Kerguelen, la beauté des paysages, de la flore et de la faune sauvage ... de vous faire part de ce sentiment austral où la nature, à l'état brut, nous met face aux choses essentielles et importantes...

Ce monde de manchots, d'éléphants de mer, d'albatros et de nuages lenticulaires est devenu mon quotidien et là, demain je le quitte.

C'est donc un dernier courriel de cette adresse pour vous dire que "voilà c'est fini" !

J'avoue que je me sens un peu vide avec l'envie de me taire, le coeur en berne résigné à accepter cette fin car il le faut.
Du coup, pour me lancer et mieux m'exprimer, j'emprunte quelques mots du bouquin "La dent de l'orque" de Nicolas Deleau, ancien hivernant de la 51ième mission :
"L'archipel est devenu notre maison, notre pays. Les liens qui nous y attachent sont indicibles. Nous sommes une petite famille heureuse coupée du monde" ... Nous sommes unis, ancrés dans cette tourbe gelée dont nous avons fait notre sol. Nous avons vu 400 fois le soleil se lever sur le pouce et éclairer de lumières toujours neuves sur le golfe du Morbihan. Il faut pourtant partir" ... Le moment vient, qu'on s'abrutisse de silence et d'isolement, de prières, de travail ou d'alcool. Cela ne se partage pas. J'ai vu alors des vieux, des amis qui auraient pu être mon père, qui en avaient vu d'autres- des militaires qui avaient vécu des moments atroces, de vénérables sages qui avaient presque trois fois mon âge, pleurer comme des enfants. On est perdu, on quitte le quai l'île, la base. On embarque. Cela ne se raconte pas."
J'ai lu son livre alors que je réalisais ma dernière manip de nature kerguélénienne du 17 au 22 janvier : j'ai enfin fait mon tour dans la péninsule Courbet!!
"Cette péninsule - une sorte de purgatoire, un lieu de pure errance"
C'était la lecture qui me fallait!
C'était la manip qui me fallait pour dire au revoir et accepter mon départ. Alors voilà, je ramène aussi ces souvenirs dont il parle dans son livre : "ces trésors qui vont du bout de bois flotté, au sable de Ratmanoff, à la dent de cachalot" -pour notre 57ième mission !- etc ... Tous ces objets qui nous évoquent plein de choses et qui peuvent reprendre vie pour peu qu'on les raconte. Les hommes aiment les histoires et je suis contente d'avoir partagé mes émotions kerguéléniennes avec vous mais l'aventure et les histoires ne se terminent pas là !

L'arrivée des campagnards d'été depuis novembre nous a ramené en douceur à la réalité de ce qu'est la vie qu'on a laissée il y a plus d'un an là haut en métropole !
Cette réalité qui n'est pas la vie des Kerguelen, et la venue de la 58ième mission ont été la transition nécessaire pour laisser la place à tous ces bipédus de passage que nous sommes ici.
J'embarque demain à 16 heures et n'aurai donc plus accès à cette adresse courriel. J'arriverai en métropole le 8 février via Cape Town en Afrique du Sud.

Aurélie, l'infirmière de la 58ième mission, prend la relève du site IPEV. Je lui souhaite de vivre à fond toutes ces chouettes aventures ! Un an passe super vite ici!

Alors à bientôt pour les futures histoires des Kerguelen de la 58ième mission ! et à bientôt pour mes histoires de vieille VCAT ex-secrétaire de Ker !

Virginie

PS : navrée pour les courriels persos auxquels je n'ai malheureusement pas eu le temps de répondre... je me rattraperai à vos côtés en métropole!!

 

Mercredi 6 décembre 2007

La Baie de la Marne

J'ai eu la chance de pouvoir participer à une mission de montage de marégraphe dans le nord des Kerguelen durant l'OP3 :
un endroit où personne ne va jamais!!
Je suis partie en hélicoptère le 13 novembre direction baie de la Marne : un véritable souvenir de pure Aventure aux Kerguelen!
Le lendemain, l'hélico n'a pas pu venir nous rechercher à cause de la météo. Du coup, on a marché avec comme objectif rejoindre la cabane de Val Travers. Nous sommes allés jusqu'à Val Daniel où on a vu un bras du glacier Cook...
C'était beau tous ces paysages mais très éprouvant car je n'étais pas préparée psychologiquement à faire çà, à marcher, et je n'en ai pas profité entièrement...
L'Aventure aux kerguelen se traduit par des traversées de rivières (suis tombée deux fois!), des paysages grandioses, des espaces vierges de traces humaines... de la chouette rando avec du dénivelé à gogo!... Je m'en suis mis plein les mirettes!! Et je n'ai pas encore tout calculé, tout réalisé!...
L'hélico est venu nous récupérer 3jours après à Val Daniel quand ils ont finalement pu par rapport à la météo.
Le fait que je sois tombée à l'eau, et d'être sous tente (avec l'humidité etc..) a du appuyer le processus de venir nous chercher avant Val Travers...

 

L'Anse de l'Antarctique

L'anse de l'Antarctique se situe à 2h et demi-3heures de marche du site de sourcils noirs.
C'est aussi un endroit extraordinaire que je rêvais de voir depuis que je suis passée devant avec le Marion Dufresne en arrivant aux Kerguelen, il y a un an, déjà.

 

Albatros fuligineux

Gorfous Macaroni

Albatros sourcils noirs

 

Nous sommes déjà en Décembre!

Il y a un an, j'étais à bord du Marion Dufresne où je commençais l'Aventure des Terres Australes...
Je prends enfin le temps de me poser derrière mon écran pour vous envoyer des nouvelles et des photos.

J'ai pris l'habitude de vous raconter au rythme du calendrier kerguelénien des Opérations Portuaires :
Alors voilà, le Marion Dufresne qui était là du 13 au 18 Novembre (l'OP3 annonce le début de la campagne d'été) sera à nouveau en face de Port-aux-Français dans les eaux du 14 décembre pour l'OP4.

Contrairement à l'OP2, cette Opération Portuaire a été festive et nous a fait du bien : le bol d'air dont on avait besoin redonne du souffle sur l'envie de profiter de nos derniers moments aux Kerguelen et le sourire! La fin de l'hivernage et de la 57ième mission est désormais acceptée...ou presque!...
De nouvelles têtes sont arrivées chez les VCAT (géophy, géner, POPchat, ornithos, et POP environnement), dans les armées de l'air, de terre et la marine, chez les réunionais et en cuisine. (pour plus de détails voir site IPEV)

Des campagnards d'été, des responsables de programmes scientifiques et de la logistique IPEV sont là aussi et nous témoignent que la boucle est bouclée : Voilà un an qui s'est écoulée sur cette base scientifique des Kerguelen...
Niveau humain, on commence à faire le bilan, à réfléchir au retour dans le monde civilisé...........

Dans ce renouveau de la 58ième qui débarque/qui prend place, plus personnellement, j'ai profité à FOND du mois de Novembre pour vivre les Kerguelen avant de les quitter... Ce mois a été riche, très riche pour mes yeux qui sont sortis de l'univers de ma salle stérile de BIOMAR!

J'ai donc fêté mes 28ans dans un site grandiose et ce fut du grand spectacle de voir ces magnifiques albatros volés au dessus de moi! et de pouvoir les manipuler...
C'était la première fois depuis un an que je rencontrais macaronis et sourcils noirs et je ne suis pas prête d'oublier...
voici des photos d'albatros à sourcils noirs et fuligineux, et des gorfous macaronis.

Près de 600 couples d'albatros à Sourcils Noirs nichent dans l'archipel et 2 colonies se trouvent sur la presqu'île Jeanne d'Arc de part et d'autre du canyon de Sourcils noirs.

 

Jean-Philippe

Sébastien

 

Je reviens d'un séjour à l'île des Cochons avec Jean Phlippe, VCAT écobio

J'y étais déjà allée lors de la précédente campagne d'été et tenais à retourner sur cette île qu'on reconnaît facilement dans le golfe du Morbihan car elle ressemble à un chameau avec ces 2sommets!

On y est allé l'origine pour 5jours de captures de souris : Ne pas chercher le rapport cause conséquence du bestiaire animalier à aller piéger de la souris sur île qui ressemble à un chameau où il n'y pas de cochons (hormis les VCATs qui savent donner dans le genre gorets!!) et qui pourtant s'appelle ainsi!

Une charmante petite cabane que j'affectionne particulièrement car elle est toute en bois et a une porte vitrée d'où on a une vue imprenable sur la presqu'île Ronarc'h.

J'apprécie cette île également de part son échos avec l'histoire : On y voit l'alberta, bateau caboteur utilisé par la société des pêches australes échoué dans le port des îles, devant celle du chat.

C'est l'époque des phoquiers au 19ième siècle, de la pêche aux éleph, aux baleines et aux otaries. Des marmites en fonte, des briques et des restes de foyer présents sur l'île en sont le témoignage.

Jean Philippe m'explique qu'il y a 2 espèces /Poa printenses /(le paturin des prés) et /Poa annua /(paturin annuel) qui sont très présentes sur l'île et qui ont été introduites à l'époque des phoquiers.

Alors qu'est ce qu'un écobio fait quand il ne chasse pas la souris?

Il nettoie le chaudron (référence photo)! Non, je plaisante! En pièce jointe, vous trouverez une fiche descriptive de ce que cette espèce de VCAT réalise aux Kerguelen.

Nous avons du y rester 3jours de plus à cause des avaries de notre chaland.

Jean Philippe n'ayant plus son travail sur les souris (protocole scientifique établi sur 5jours) a fait des petits travaux sur l'île (nettoyage de la source d'eau douce, chaudrons etc...) et a réfléchi à sa passation de consignes car la relève écobiote arrive à l'OP4...

NB : les grosses pertubations datent de l'époque des phoquiers . Le lapin a été introduit par des navires anglais pour qu'il y est de la nourriture en cas de naufrage ou d'abandon sur les îles.
Le rabit a été éradiqué sur l'île aux Cochon et d'autres îles mais il en reste sur la Grande terre et d'autres îles comme Cimetière (en face de Cochon) In Skip, etc...

Quelques photos de l'Ïle des Cochons :

 

 

 

Cyrille

 

Mercredi 5 décembre 2007

Le poste de mécanicien consiste en :

  • Equipier de pont.
  • L'entretien le suivi et la projection dans le temps des visites, moteurs thermique et hydraulique du chaland.
  • L'entretien des moteurs hors bord des annexes de la flottille.
  • L'entretien du matériels de plongée.
  • Les plongées de vérifications et de travaux portuaire.

Cordialement, Le Gérant du yacht club de ker.
Cyrille LE GUEN, Mécanicien du chaland aventure 2, plongeur de bord.

Armelle

 

Moi, c'est le Bibker, (traduisez le toubib de ker(guelen...) ...en bref, c'est le bib qui fait tout...

  • Un peu de médecine, c'est pour ça qu'elle est venue...Jusque là, pas de surprises...
  • Par contre beaucoup de papiers administratifs, pour ne pas s'ennuyer...
  • Et pour varier les plaisirs, pas mal de dentisterie (là, c'est sûr, ce n'est pas trop ce qu'elle préfère, mais il est rare que les résidents prévoient leur rage de dents...), de très rares urgences (heureusement!!!!), et à l'occasion (qui ne s'est pas présentée), un peu d'anesthésie ou de chirurgie...
  • Quand il reste encore un peu de temps, femme de ménage pour 250 m2 d'hôpital (elle n'en a jamais fait autant chez elle...)
  • Et enfin, manipeuse, mais pas de l'extrême, parce que son genou droit coince un peu... c'est bien beau de vouloir se balader mais elle manque un peu entraînement..."

Armelle, notre médecin de la 57ième

 

Jacques

  

Rôle de l’opérateur radio :

  • Assure la veille permanente de la radio VHF et la veille pendant les heures ouvrables de la radio UHF (BLU).
  • Est le point de contact avec les manipeurs sur le terrain et fait une vacation tous les jours pour s’assurer que les personnes dans les cabanes se portent bien.
  • Joue aussi le rôle de monsieur météo en donnant les prévisions météo pendant la vacation.
  • Edite la presse sans oublier l’horoscope que l’excellent mécano radio diffuse sur radio Ker.
  • Résout les problèmes informatiques divers et variés.
  • Accessoirement, prépare le café au BCR pour l’accueil des clients à la GP.

Notre surnommé Zado Jacques BCR

 

 

 

 

Météo-France aux terres australes :
Entre cirrus et cumulus

L'établissement public Météo-France est présent sur les quatre territoires des terres australes mais de deux façons différentes : sur l'archipel de Crozet et l'île d'Amsterdam sa présence n'est plus symbolisée que par une station automatique qui mesure la force du vent, sa direction, la température et l'humidité de l'air ainsi que l'insolation et le rayonnement solaire global.

Pour les îles Kerguelen et la base de Dumont D'Urville en Terre Adélie, trois météorologues sur chaque district sont encore présents et assurent la veille météorologique.

Il faut rappeler qu'à l'origine les bases des terres Australes ont été créé pour faire des relevés météorologique, pour exemple le nom des bases d'Amsterdam et de Crozet qui portent les noms respectifs de Martin de Viviés et Alfred Faure : noms des premiers chefs météo qui faisaient aussi office de chef de district.

La station météorologique de la base de Port aux Français fait donc partie des quatre stations des terres Australes et antarctiques Françaises. Elle assure, dans le cadre de la veille météorologique mondiale, dans un premier temps des observations en surface en mesurant les différents paramètres météorologiques. Un message est élaboré et envoyé toutes les heures pour alimenter le calculateur de prévision de Toulouse, ainsi qu'une base de données climatologique.
Les météorologues de Kerguelen assurent aussi des observations en altitude : c'est le fameux lâcher de ballon : quotidiennement un ballon gonflé à l'hélium et auquel on attache une radiosonde est lâché dans l'atmosphère. La sonde qui s'élève ainsi dans l'atmosphère mesure tout au long de son ascension, la température, la pression, l'humidité, la force et la vitesse du vent, et ce jusque vers 25km d'altitude.

Les données ainsi recueillies sont également envoyées en temps réel dans les calculateurs du centre de prévision de Toulouse.
Mais me direz vous, pourquoi diable avoir besoin des données météorologiques des terres australes pour élaborer des prévisions en métropole ! ! ! ! Et bien si. L'atmosphère est composée d'une multitude de masses d'air qui se déplacent dépendamment les unes des autres autour du globe, et pour connaître comment se déplacent celles qui approchent l'Europe il faut savoir comment se déplacent toutes les autres masses d'air.
Nos messages de données météorologiques de Kerguelen seront un petit maillon dans l'établissement des prévisions sur l'Europe.

L'équipe météo de Kerguelen élabore, grâce aux images satellites et aux cartes de prévisions qu'elle reçoit, des bulletins de prévision sur les deux prochains jours pour la base.
Du bosco qui ne veut pas de vent de sud, au service infra qui ne veut pas de pluie en passant par les scientifiques sur le terrain qui redoutent les tempêtes, et même jusqu'au Pafien moyen qui veut du beau temps pour aller à la pêche, le pauvre météorologue a bien du mal à expliquer qu'il n'est pas maître du temps. Il subit comme tout le monde et essaie de faire au plus juste des prévisions afin que tout le monde s'organise au mieux.

Caractéristique principale du climat de Kerguelen :

Placé à la Latitude des 50ème sud (50ème hurlants), l'archipel se trouve dans la zone d'influence du front polaire, caractérisé par la circulation régulière des perturbations.
Le passage des perturbations se fait avec une grande régularité puisque aucune influence continentale ne se fait sentir. Les dépressions circulent au dessus de Kerguelen en suivant un cycle régulier de frontogenèses (formation des pertubations) et frontolyses (dislocation des pertubations) qu'aucun blocage anticyclonique continental ne vient perturber.

Le corollaire à cette circulation quasi continue des perturbations synoptiques est un vent régulier et fort.

Si Kerguelen n'est pas une terre de violentes tempêtes, c'est un des endroits les plus ventés de la planète.

 

 

 

 

Mardi 4 décembre 2007

Voici le témoignage de Robert Martinal, chef centrale de l'équipe des marins sur Port-aux-Français lors de la 57ième mission.

Ce grand monsieur est parti à l'OP d'août et fait parti des personnes qui manquent beaucoup.
Une part très importante de leur travail sur base a été les ravitaillements de gazole, donc il nous en fait surtout part dans ce témoignage.

Importante pour plusieurs raisons :

  • Pour les bateaux de pêche qui évitaient par ce moyen de perdre un temps précieux de pêche, les ports les plus proches étant à plus de 5 jours de navigation voir plus suivant les zones de pêche.

  • Il nous fallait être sûr de pouvoir les ravitailler suivant les conditions météorologiques, je nous voyais mal les faire patienter une journée (temps de pêche perdue pour eux) attendant que la météo s’améliore, en cas de forte dépression, d’où nos relations étroites avec la météo de Kerguelen pour connaître les prévisions éventuelles jamais certaines plus de 48 heures à l’avance.

  • Le temps passé pour gérer les quantités de gazole pour satisfaire leurs demandes sans jouer avec nos propres besoins.

  • Ne pas créer de pollution par prise de risques inutiles, vent trop fort mer formée, le bateau ravitaillé étant relié à la terre par notre manche qui l’alimentait. Une seule fois, un vent violent nous a surprit (prévu dans l’après midi) en plein milieu de ravitaillement tôt le matin, nous avons réussit à l’effectuer, grâce à une maîtrise parfaite du commandant de bord Philippe qui compensait les rafales puissantes (jusqu’à 90 km/h) qui auraient pu sans ses manœuvres le faire chasser (déraper de son point de mouillage), nous étions en communication permanente paré à tout stopper et larguer au cas où il ne se sentait plus capable de contrôler la situation.

  • Nous avons été les premiers à ravitailler par enrouleur (l’Austral en octobre 2006 : 120 m3 ), installé par nos prédécesseurs, que je tiens à féliciter pour l’excellent travail qu’ils avaient réalisé. De ce fait nous avons eu des petits problèmes à résoudre récurrents à toutes installations nouvelles.

  • Nous avons eu également beaucoup de problèmes avec le gazole que nous avions à notre arrivée. Sa qualité était très médiocre, causant des soucis liés à la paraffine qu’il contenait, et qui avec les températures négatives nuisait au bon fonctionnement de pas mal d’installations et de véhicules. La décision de le changer avec du gazole routier par le siège des TAAF a été un grand bonheur, mais une grosse surcharge de travail (réalisé principalement par Lionel) pour transférer épurer et stocker sans mélanger les deux gazoles afin de nous retrouver avec un parc de gazole de 1100 m3 propre pour nos successeurs. Ce fut fait, à part 3 cuves alimentaires sur la base, faute de moyen (cuves de 1000 L dans lesquelles nous mettions les déchets pétroliers).

Bilan :

Durant notre mission nous avons ravitaillé 15 fois des bateaux de pêche, pour un total d’environ 1200 m3 de gazole sans avoir eu de soucis.
Ces ravitaillements, mettant en œuvre tous les marins sauf l’électricien CNES, nous ont permis de dialoguer avec les patrons pêcheurs beaucoup originaires de Bretagne, les Yvonnick, Philippe, Michel, Tanguy et j’en passe qu’ils m’excusent s’ils lisent ces lignes, m’ont beaucoup impressionné. Le métier qu’ils font dans ces mers où les vagues ressemblent à des murs m’impose un grand respect et une admiration pour ces travailleurs de l’impossible.

Le gazole a une part importante sur la vie de la base, sans lui pas de groupe électrogène donc plus d’électricité donc plus de vie. Les petites avaries, sur les installations du port pétrolier, que nous avons pu avoir étaient traitées le plus rapidement possible, parfois en jouant d’astuces, les pièces dont nous avions besoin n’étant pas sur Kerguelen.

Voilà pour les explications sur le gazole de Ker pendant notre séjour d'août 2006 à août 2007...
 

 

Lundi 26 novembre 2007

Interview d'Adrien MAILLARD, Géophy :

Depuis combien de temps rêves tu de venir à Kerguelen ?

J’ai connu l’IPEV, les TAFF et le VCAT il y a 4 ans, pendant un stage pour le laboratoire d’astrophysique de Nice qui a des programmes au dôme C. J’avais envie de vivre des nouvelles choses et de m’isoler, j’ai fini par postuler pour devenir VCAT. Je n’imaginais pas que je serai affecté à Kerguelen…En quelque sorte, je rêve de venir depuis que j’ai été retenu par l’IPEV, depuis que je sais que c’est chez moi pour l’année du moins.

Que vas tu y faire ?

Je crois que Kerguelen, c’est l’endroit idéal pour apprendre à se connaître et à connaître les autres parce qu’ici on est tous dépendant les uns des autres. C’est ce qui m’a fait venir ici. En ce qui concerne les passe temps, j’espère beaucoup sortir, découvrir l’archipel et ses paysages peu communs, il faut en profiter. Sinon je ferai ce que je n’avais pas le temps de faire avant : terminer mon robot ou rechercher la chouette d’or…

Est ce que c’est comme tu l’imaginais ?

La base de Port au français ressemble assez à ce que j’imaginais. Ce que je ne m’imaginais pas, ce sont les paysages et les impressions qu’ils laissent. Je ne m’imaginais pas la diversité des paysages : les collines enneigés d’un coté, une péninsule plate de l’autre, des îles et des presqu’îles qui viennent peupler l’océan … Je n’imaginais pas non plus l’aspect mystérieux de l’archipel et de ses sommets plongés dans la brume quand on l’a découverte après des jours entier avec l’océan comme seul horizon.

Quelles sont tes impressions sur la vie professionnelle ? En collectivité ?

Les VCAT sont en quelques sorte les yeux et les bras de laboratoires métropolitains. Je trouve que notre travail laisse peu de place à la création et à la réflexion. Pour ma part, je ne crois pas pouvoir me développer techniquement ici. Cela dit, je pense pouvoir me développer sur le plan humain, et dans la vie professionelle, ça compte aussi.

Pour la vie en collectivité, on verra dans un an ! L’équipe est finalement assez grande et on y trouve des personnalités assez variées. La difficulté vient du fait qu’on ne peut pas se confier à ses proches ou faire un break mais cet aspect était clair pour tout le monde depuis le début, et c’est là tout l’intérêt !

Adrien Geophy, le nouveau !

 

Dimanche 7 octobre 2007

Bien le bonjour !
Quelques mails pour vous envoyer des photos de ce que je vois/vis en ce moment! Je me suis pris des petites vacances et ai pu apprécier l'arrivée des éléphants de mer. Les femelles reviennent de mer pour mettre bas. Elles sont rassemblées en harem dès leur arrivée par les vieux mâles couverts de balafres! En 3 jours à Ratmanoff on a constaté le changement et la population d'élephants de mer qui a augmenté !! Les mâles eux commencent à se battre et ce sont souvent les vieux éléphants de mer qui deviennent ce qu'on appelle le "pacha" : C'est LE mâle de toutes ces femelles constituées dans son harem (ce mâle éléphant de mer peut peser jusqu'à 4 tonnes et mesurer jusqu'à 5 mètres.) D'autres éléphants qu'on appelle mâle périphérique (ou mâles satellite) tenteront leur chance à la périphérie du harem ... ils vont se reproduire après la mise bat de toutes les femelles et lorsque les jeunes éléphants seront sevrés. Bien après ils vont muer le temps de l'été australe sur les plages de Kerguelen ... Là, pour le moment c'est le spectacle des naissances dont je veux vous faire part : ce sont ce que l'on appelle "les bonbons" : jeune éléphant de mer, "le bébé phoque"... qui ressemble à un bonbon, à en chopper des indigestions de gâgâteries tellement ils sont mignons.... à croquer!!

Sur ces photos on voit également la femelle et son petit qui a la naissance une peau plissée noire. à ce qu'il parait ils vont grossir rapidement car le lait est extrêmement riche en graisses et en protéines . Les skuas (en photo également) en sont friands et guettent la fin des tétées ou piquent les jeunes pour tenter de récupérer qq gouttes de ce lait. C'est alors un concert de protestations de la femelle et du bonbon qui a faim!! Elle va l'allaiter pendant 23jours et c'est ultra touchant de voir ce tableau... Ouai je fais du sentimentalisme mais je suis sûre que vous feriez de même!! Voilà un pacha au repos ... Voici aussi les fameuses sternes dont je vous parlais dans mon dernier mail. Les sternes de kerguelen sont restés pendant l'hiver alors que les sternes antarctiques ont migré. En ce moment ces dernières reviennent alors que leur cousine (sternes de kerguelen) paradent. Elles sont souvent entrain de voleter au dessus des algues faisant des pics de ci de là dans la mer. Les skuas sont nos labes du ch'nord. Le skua essaye de manger tout ce qui trouve, il est souvent présent à proximité d'une source de nourriture. Notre collègue VCAT Adrien a été surnommé le skua pour cette raison car il nous pique notre bouffe !! Et enfin un poussin de grand albatros. Ouai!! il ressemble plus à une grosse dinde qu'à un poussin !! Fin septembre, je suis donc allée qq jours à Ratmanoff où j'ai aidé mon collègue VCAT ornitho Quentin à baguer ces grosses dindes !!

Ratmanoff est la plage où se trouve la plus grosse densité de manchots royaux au monde...
Voici qq photos de manchots pris cet hiver et lors de cette dernière manip.

Les manchots royaux vivent sur la plage, ils ne se construisent pas de nid et les parents se relaient pour couver l'œuf unique sur leur patte pendant 54jours. Dès que le poussin a un duvet épais les 2 parents partent en mer pour pouvoir le nourrir. en hiver les poussins se regroupent en crèche pour se réchauffer et être plus en sécurité.
Le pétrel géant est l'un de leurs plus dangereux prédateurs, il dévore les poussins les plus faibles qui souvent n'auraient pas survécu.
En hiver, les poussins peuvent jeûner pendant un mois. Quand le printemps revient le poussin est à nouveau nourri régulièrement. Les petites plumes en "écaille" qu'ont ses parents commencent à lui pousser et son duvet va tomber.
Le manchot papou lui fait son nid dans l'acenea En ce moment il couve et pour certains, 2 oisillons sont déjà sortis de leur œuf. -que l'un des 2 oisillons va grandir au détriment de l'autre : dure loi du plus fort-

Le début du printemps se ressent aussi par la végétation et on le voit par ces photos du littoral qui est entrain de changer : la crassula commence à reprendre de la vigueur en couleur -en rouge sur la photo, ce qu'on voit en orange sur les rochers est du lichen-
Viendra ensuite en novembre le cotula, qui est strictement littorale et qui est l'espèce végétale que je préfère...
 

Juste avant Ratmanoff, je suis partie en tant qu'aide manipeur sur l'île Haute avec notre collègue VCAT PopEnvironnement qq jours :
Il y a un troupeau de mouflons et cette île escarpée est un terrain propice à leur développement.
Les mouflons sont donc régulés par notre VCAT PopEnvironnement dans le but de limiter l'extension du troupeau qui conduit à un affaiblissement des individus par limitation de la nourriture disponible -éviter que le mouflon aille sur une autre île-
Quelques photos de moi pour rassurer mes proches ...

d'autres photos sont sur le site :
http://picasaweb.google.com/Nini.Ker grâce à mon ami Charly. Il sera mis à jour à la prochaine OP de Novembre. A ce propos n'hésitez pas à me laisser votre adresse si vous voulez un courrier des kerguelen avec tous les tampons ! La fin de cette belle Aventure approche donc dites moi!!
Le Marion Dufresne viendra me chercher fin Janvier et je serai de retour en métropole fin février début Mars. Nous allons débarquer en Afrique du Sud mais je ne sais pas si je vais pouvoir y rester. Je compte de toutes façons vadrouiller un peu qelque part avant mon retour à la civilisation française : petite transition nécessaire avant de fermer le livre des Kerguelen ...

Si vous vous voulez me joindre avant fin Janvier, écrire à cette adresse mail :

vantoine@kerguelen.ipev.fr

ou par courrier :

Virginie ANTOINE
Base de Port aux Français
District des Kerguelen
Territoire des Terres Australes et Antarctiques françaises
Via La Réunion

Je vous quitte sur une petite vidéo d'otarie. Mes collègues VCAT m'ont attribué 2 surnoms : CuiK-Cuik (petite dérive de langage d'oiseau de ma part) et l'otarie...Certainement parce que des fois j'essaie de grogner pour me défendre comme elle !?

Virginie
 

 

Cet hivernage a été marqué par le départ prématuré de notre bosco (celui qui navigue le chaland) comme je vous en avais parlé, voici des photos...
qui nous montrent son évacuation sanitaire surnommée dans notre jargon EVA SAN. Il est donc parti sur l'Albatros, bateau de la marine nationale le lundi 18 Juin.... On y voit Armelle la médecin de Port en Français. C'est la BIB de SamuKer.
L'équipe des marins lui a fait honneur en déplaçant son bureau sur le chaland l'Aventure et nous les VCAT tenions à lui offrir un bonnet IPEV. Cyril notre bosco avait flashé sur ce bonnet et en rêvait ! Sebastien un des VCAT lui a offert le sien.
 

 

...Les hirondelles reviennent.
Ici les hirondelles se sont les sternes sub-antarctiques et elles voltigent à nouveau au dessus de nos têtes à Port-aux-Français.
Une saison semble se terminer...
26 personnes de la 57ième mission sont entrain de migrer sur le Marion Dufresne entre Amsterdam, Maurice, la Réunion et certains s'envoleront vers l'hémisphère nord ... C'est le retour.
Le bateau est venu les chercher ponctuant ainsi la fin de notre hivernage.

Dimanche 1er Septembre, environ 17heures :

Voilà "c'est fini".
Je suis partie en dehors de la base de PAF avec mon camarade Yvan voir le bateau quittait le Golfe du Morbihan. Ils sont dans la passe Royale.
L'OP (Opération Portuaire) devait commencer le 28 août mais de grosses rafales de vent ont bloqué l'hélico pendant 2jours (voir bulletin météo) On a eu des pointes de vent à 160km/h!
Puis tout est ensuite allé très vite comme tout ce que je vis ici... Deux jours passés à attendre une accalmie et une OP à boucler en trois jours ont provoqué une tempête sur la base! Les équipes de l'infra ont assuré le débarquement du matériel. Les marins ont géré le ravitaillement de gas-oil de PAF. Les VCAT ont fait leurs pieds de grue sur la DZ (Drop Zone) . Chaland, grues et engins de levage se sont activés... Les hivernants ont accueilli la relève et c'est l'effervescence d'une OP qui a pris place jusqu'à ce Dimanche 1ier Septembre... Sauf que celle-ci est particulièrement douloureuse.
Cette OP est synonyme de la fin de notre hivernage ... L'hivernage de la 57ième mission ... Difficile de raconter ce qu'on ressent d'ailleurs...
Un hivernage à Kerguelen c'est l'apprentissage de la promiscuité dans une belle prison dorée sans barreaux avec tous les avantages et les inconvénients que cela implique. Les Pafiens de la 57 durant ces 9mois ont appris à bien se connaître sur la base et sur le terrain ... Dans cet espace clos où toutes les émotions sont décuplées, on ne triche pas. Dans cette nature à l'état brut, "chassez le naturel il revient au galop"... De véritables complicités se sont établies et certaines séparations sont houleuses comme l'état de la mer dans les 40ièmes rugissants particulièrement à cette période de l'année ... Mais "çà ne se raconte pas, çà se vit".

Mercredi 05 Septembre, de 17heures à 19heures :

Les "vieux de la 57" se présentent aux nouveaux de la 58. On s'est réuni à Totoche et il s'agit de dire qui fait quoi : présentations qui se clôturent par un petit pot de bienvenue. Les militaires de l'armée de l'air, les 2 marins qui restent (mécano et EDK), le SamuKer (notre Bib et l'infirmière) et le troupeau de VCAT font leurs blablas devant la "relève" de ceux qui nous ont quitté 3jours avant ... Notre mission n'est plus et comme dirait notre boulanger préféré Jeannot "c'est comme passer du fournil à +30°C au congélo -20°C"... Il va nous falloir un peu de temps pour accepter la fin de cet hivernage qui fait échos à la fin de notre mission. Bientôt cela sera nous qui devrons prendre le bateau pour quitter les Kerguelen...
Il s'agit d'accepter de fermer le livre de la 57ième mission pour en ouvrir un autre. Comme tout bouquin qui nous plaît bien on ne veut pas la fin!
Alors voici dans les mails qui suivent quelques passages du livre que je veux feuilleter avec vous...
Virginie
 

 

Interview de Nicolas, un des trois VCAT GEOPHY.

Il va fêter ses 22ans dans un mois. C'est notre plus jeune VCAT!
En tant que géophy, il est le VCAT magne/sismo. Comme il me l'explique un géophy n'est pas un véritable géophysicien, il est une personne travaillant dans le bâtiment "géophy"...
Nico "vcat magne/sismo" s'occupe de l'entretient et de la continuité des données scientifiques pour l'observatoire de sismologie et pour l'observatoire de magnétisme. Concrètement, il récupère des données tous les jours, les traite et les envoie à Strasbourg à l'EOST (Ecole et Observatoire des Sciences de la Terre) (lieu où se trouvent les laboratoires pour lesquels il travaille)
Il y a aussi du VCAT Magne/sismo à Crozet, Amsterdam ou bien en Terre Adélie.

Il m'a expliqué en détail ce qu'il fait :
S'agissant du magnétisme, il récupére tous les jours les données de la veille, et vérifie leur cohérence. En plus de cette tache quotidienne, il effectue des mesures absolues du champ magnétique terrestre tous les 2 jours afin d'étudier la variation séculaire du champ magnétique -- en plus compréhensif : il y a un mouvement des pôles magnétiques et c'est cela qu'il enregistre »--. Une fois ces opérations réalisées, il envoie ces donnés tous les lundis au laboratoire, qui lui se charge de les mettre à disposition de toute la communauté scientifique via un réseau mondial (INTERMAGNET).
En ce qui concerne la sismologie, il effectue là aussi un rapatriement quotidien des données de la veille et il essaye de « pointer » les différents séisme que l'on peut ressentir ici à kerguelen (resentis pour la machine). Tout comme le magnétisme, il envoie ses données tous les lundis au laboratoire. Lors d'un événement spécial tels que le tremblement de terre ayant eu lieu à kerguelen ou bien les tremblement de terre au Chili, il envoie les données sur demande expresse de son laboratoire afin que ces données puissent être traitées et analysées par les laboratoire du monde entier via le réseaux "GEOSCOPE".

Que s'est il passé ce 28juillet? Nicolas comment as tu géré le problème?
Ce soir la était organisé un tournois de tarot quand tout d'un coup les personnes présentes à Totoche (Totoche c'est le point de rassemblement de toute la base, cela sert de bar , de piste de danse, de lieux de détentes, de salle informatique ...) ont senti le bâtiment bougé pendant 3 à 4 secondes. La plupart d'entre nous se sont demandés « mais qu'est ce que c'est que ça??? ». la réponse et venu environ 1h30 à 2h plus tard, une fois les données enregistrées récupérées : la conclusion était qu'il y a bien eu un séisme à moins de 90 km de la base et d'une magnitude de 5.2.
Le plus drôle pour moi a été d'annoncer cela le lendemain aux personnes qui ne l'avaient pas resenti et qui n'étaient pas au tournois : Vous croiriez vous si on vous dis qu'il y a eu séisme de forte amplitude prés de chez vous et que vous n'avez rien resenti??

Nicolas peux tu nous faire part du pourquoi et du comment tu as eu envie de venir aux Kerguelen?
Tout commence en 2004, j'étais encore étudiant et dans le hall de mon bâtiment, il y avait une affiche sur le Volontariat Civil à l'Aide Technique, à force de passer devant presque tous les jours, je me suis renseigné sur ce que c'était que ce "VCAT"! J'étais au tout début de mes études secondaires, alors j'ai mis ce papier au fond d'un de mes tiroirs en me disant que peut-être qu'un jour?...
Arrivé en troisième année d'études, je subis « un couac » administratif de mon université, et je me retrouve presque sans formation...Le tiroir! La solution est sur ce papier : Pourquoi pas? ça peut etre l'occasion de réaliser une expérience unique et une peu folle (c'est vrai que pour venir a kerguelen faut avoir un petit grain de folie). Et de la tout s'est enchaîné à vitesse grand V, la candidature, les tests de sélection, la réponse positive, les entretiens psychologiques ,la formation et le départ .Voilà donc pour le comment mais maintenant passons au pourquoi??
Pour plusieurs raisons, la première c'est la soif d'aventures et de découvertes, j'avais déjà pas mal voyagé dans le passé, mais là, faire un voyage si extraordinaire à l'autre bout de la planète, c'était grandiose. La deuxième raison qui aurait pu être la première, c'est le travail. Ben oui, ayant fait des études dans l'informatique industrielle et l'automatisme, je me suis dit autant mettre à profit mes connaissances et les améliorer sur le terrain.
La troisième motivation, c'est la durée, car rester un an loin des siens et loin de tout, c'est un challenge à relever... et j'avais vraiment envie d'essayer.

Peux tu nous parler de ta vie en dehors de GEOPHY?
Quand j'ai un peu de temps libre (les mauvaises langues diront que pour un geophy avoir un peu de boulot c'est un événement rarissime mai bon les croyez pas :°)), je m'occupe en faisant des petites manip afin d'aider mes autres collègues vcat, ou bien je fais un peu de montage vidéo et photo.
Actuellement je prépare le cd de mission de la 57 eme mission.
Je suis un des trois responsables de Cinéker : je m'occupe de la gestion des films au cinéma de la base.
Je suis également dans l'équipe médicale de SAMUker c'est à dire que je suis présent dès qu'il y a une intervention (EVASAN) et besoin de monde pour un soin médical.

Nicolas Silvestre Magn/sismo57
 

 

Mercredi 11 juillet 2007

Deux jours après la Mid-Winter, Antoine VERON, notre POPtruite, est parti à Studer pour cinq jours de travail. Il est Volontaire Civile à l'Aide Technique (VCAT) et travaille sur le programme scientifique IMMUNOTOXKER. Il doit pêcher et analyser les truites des rivières de Kerguelen et autres salmonidés (espèces de la même famille que la truite). Val Studer se situe à 5 heures de marche de la base Port-aux-Français.

Voici l'entretien de cette dernière manip à son retour :

Virginie ANTOINE : Ton travail de terrain n'est pas trop difficile avec cet hiver qui s'est installé?
Antoine VERON
: Tout est blanc de neige, les étangs, les lacs et rivières sont entièrement gelés pour la plupart. C'est beau mais cela ne facilite évidement pas mon travail. Les poissons vivent un peu au ralenti et de toute façon, il m'est difficile de casser la glace pour faire un trou puisque celle-ci n'est pas forcément toujours assez résistante pour marcher dessus. Cela serait trop risqué. Je fais donc avec les quelques rares endroits qui ne sont pas endurcis par la glace.
Lors de ma dernière manip à Val Studer fin juin, nous avons eu des tempêtes de neige et on ne voyait plus à cinquante mètres. Il m'est arrivé à plusieurs reprises de sortir le GPS (moyen de guidage par satellite, une sorte de boussole améliorée en fait) pour trouver la direction à suivre. Je trouve que le vent est moins fort que pendant l'été, mais il fait plus froid. Les températures sous abris indiquent souvent de -2 à -5° C mais quant elles sont couplées à un vent de 90 à 100 kilomètres heure, nous ressentons des températures équivalentes à -10°C environ.
Avec la neige et la glace, les paysages ont vraiment changé ici, les trous de lapins, les souilles, les petites failles ne sont plus forcément visibles et il n'est donc pas rare de chuter. A Studer, nous avons cumulé en cinq jours de nombreuses belles gamelles qui auraient fait un tabac à Vidéo Gag, c'est certain ! Pour ma part, je suis tombé dans la rivière en glissant sur une plaque de glace! Par chance, ce n'était pas trop profond et la cabane n'était pas loin. Je suis aussi passé au travers d'une plaque de glace, tombant ainsi dans une souille jusqu'à la taille. C'est froid !!!! Ceux qui m'ont accompagné ont aussi eu le droit à ce genre de péripéties. Heureusement, nous avons un petit système de chauffage dans la cabane qui nous permet de ne pas avoir froid le soir et de faire sécher nos affaires pour le lendemain.

 

V. A. : Antoine peux-tu nous parler de cette photo de la rivière du sud?
A. V. : La rivière du Sud est l'un de mes sites de pêche qui se situe dans la vallée de Studer.
On voit sur la photo des blocs de glaces qui ont été dispersés un peu partout sur les bords de la rivière. Le phénomène est tout simple. Lorsque la rivière gèle, une couche de glace se forme sur la surface. Quand le courant est plus fort, il emporte avec lui quelques-uns de ces blocs de glaces. Ceux-ci se retrouvent souvent bloqués en un point de la rivière qui est un peu plus étroit ou bien lui-même glacé. Ces plaques de glace s'accumulent les unes sur les autres formant ainsi une sorte de bouchon de glace. Elles sont encastrées les unes dans les autres, dans tous les sens. Au bout d'un certain moment, le niveau de l'eau peut augmenter et ce bouchon n'est plus assez résistant pour tenir, il explose sous la force de l'eau et du courant. Il se produit alors une sorte de raz-de-marée, une grande vague qui descend la rivière à tout allure en éjectant les plaques de glace sur le sol, parfois jusqu'à plusieurs mètres du bord de la rivière. Lorsque j'ai vu le résultat de ce phénomène, je n'en croyais pas mes yeux, c'est vraiment très impressionnant. Ces plaques peuvent atteindre parfois une dizaine de mètres, pour cinq mètres de largeur. Quant à leur épaisseur, celles-ci faisaient bien quinze bons centimètres.

 

V. A. : Peux-tu nous parler de cette chouette rencontre que vous avez eu avec tes manipeurs?
A. V.
: Pendant une après midi, nous avons aussi eu la compagnie d'un troupeau de rennes (photos en Pièce Jointe), 17 têtes au total si nous avons bien compté. Ces animaux ont été introduits sur l'île et on les retrouve un peu partout maintenant puisqu'ils s'y sont bien adaptés. C'était la première fois pour moi que je voyais un troupeau.

 

V. A. : Et qu'as-tu fait sur ta dernière photo, pourquoi ces traits rouges?
A. V.
: La rivière du château est un de mes autres sites de prélèvement. Elle prend sa source aux monts du château qui sont au nord-ouest de la base, et se jette dans la baie Norvégienne en face du château d'Iff. C'était une autre manip terrain que je réalise tous les mois. J'ai repassé d'un trait rouge les bords de la rivière afin que vous puissiez vous rendre compte de sa position sur la photo.

 

 

Jeudi 14 juin 2007

...Je suis enfermée au labo... alors que j'aimerais aller prendre un bon bol d'air! Les manips terrain en dehors de la base me manquent ! Je vous envoie quelques photos prises lors des manips auxquelles j'ai participé durant la campagne d'été.
En ce moment, je suis sur la base car j'ai du travail au labo, mais aussi parce que je suis en pleine campagne électorale !
En effet, nous préparons la Mid-Winter ! C'est une fête qui dure plusieurs jours et qui marque la moitié de notre hivernage et le début de l'hiver austral. Lors de cette période plusieurs soirées à thèmes sont organisées et des jeux s'improvisent.
Bien que n'ayant pas la fibre politique, j'ai posé ma candidature en tant que « Onzker » (DouceKer en fait !). Si je suis élue, je remplacerai pendant la période des festivités notre Chef de District (DisKer), mes missions seront alors de superviser et de gérer aux mieux l'organisation et l'élaboration des soirées.
La campagne électorale bat son plein car nous sommes quatre candidats à postuler pour ce mandat.
Mon parti est le parti du « Grand n'Importe Quoi », les mots d'ordre de ma campagne sont Liberté, Egalité et Hilarité, pour un état de droit ou rien n'est droit. Dans mon programme est prévu entre autres :

  • Un défilé de « Majorettes barbues » (tous mes collègues VCAT ont la barbe qui a poussé, ils se déguiseront en filles !) et une quatrième soirée « Médiévale ».

La campagne électorale a permis de redynamiser l'ambiance sur la base, des débats sont organisés et une campagne de propagande est faite avec affiches, vidéos, radios, etc. Le premier tour des élections aura lieu le dimanche 17 juin et la Mid-Winter commencera le mercredi 20 juin.
Nous allons célébrer le « mariage » de Robert (notre chef des marins) et Germaine (Yvan, notre VCAT Géner : POPlogistique) où je serai témoin.


PS de dernière minute : l'Albatros (bateau de la Marine nationale) est arrivé hier avec fruits et légumes : quel bonheur !
Par contre, grosse déception pour notre petite communauté PAFienne, car l'Albatros va ramener avec lui notre bosco qui est tombé mercredi dernier et s'est fracturé les deux jambes... Il repart aujourd'hui pour se faire opérer en métropole. C'est une sacrée personnalité qui nous quitte et le coeur est bien lourd à la veille de cette Mid-Winter.

 

 

Jeudi 7 juin 2007

Le vent a beaucoup soufflé aussi ici, on peut dire que cela fait parti du décor des 40ièmes rugissants...et que l'hiver s'installe pleinement en ce mois de Mai... Bien que ces 3 derniers jours, le soleil pointe ses rayons et cela nous fait du bien à tous.

L'équipe de la Centrale est toujours bien occupée par les problèmes qu'occasionnent les groupes électrogènes. Mais l'union fait la force ... et ils en arriveront à bout ! sinon, nous serons obliger de pédaler ! ... ou alors on vivra à la bougie !

Le bâtiment de la marine nationale "le Nivôse" est passé la semaine dernière, nous pensions avoir un ravitaillement de fruits et légumes frais, mais malheureusement nos frigos ne seront pas remplis ce coup-ci ...
Pas de fruits et de légumes frais + une fatigue accumulée (ceci est certainement normal car ce n'est que le début de l'hivernage. Et les bipèdus que nous sommes, auraient peut-être une tendance et un besoin d'hiberner après cette campagne d'été qui a été très remplie. Alors que c'est tout l'inverse qui se profile : c'est comme si le temps s'accélérait ...) + une micro société qui vit en espace clos = une ambiance un peu spéciale en ce moment sur base.

La Mid-winter (fête qui indique la moitié de l'hivernage) arrive terriblement vite !
Et l'OP (Opération Portuaire) d'août fait déjà parti de nos conversations ... On se rend compte que certaines personnes avec qui nous avons tissé des liens, vont partir dans 3 mois ...

Une de ces personnes est notre chef garage Jean-Marie PANCHEVRE dont je tiens à rapporter dans ce courriel ses motivations pour les TAAF.
Jean Marie PANCHEVRE est Adjudant-Chef et il a 27 ans de service dans l'Armée de Terre. Sa motivation principale d'être venu ici est l'expérience humaine :

« Un an sur une terre pratiquement inhabitée, ravitaillée quatre fois dans l'année, cela change des différentes missions que l'on peut effectuer au sein de l'armée de terre.
Il y a beaucoup de point positifs pour venir dans les TAAF :

  • de côtoyer des personnes d'origines et de milieux différents :
    o scientifiques
    o contractuels Réunionnais
    o militaires des autres armées (Armée de l'Air et Marine)
  • le travail avec la diversité du parc :
    o engins de chantier,
    o tracteurs,
    o groupes électrogènes,
    o véhicules de la gamme commerciale.

Ici nous faisons tout en ce qui concerne l'entretien des matériels. Nous ne sommes pas limités à des niveaux techniques d'interventions (NTI) comme cela se passe généralement dans nos métiers de militaires. Et nous devons intervenir sur les véhicules, de la carrosserie à la vidange, en passant par la réparation des moteurs. Je suis aidé dans cette tâche par deux personnes issus également de l'Armée de Terre.
Du point de vue climat ce n'est pas plus difficile que dans certaines régions de métropole.»

 

 

 

La Grande Terre

Maintenant que l'Opération Portuaire (OP1) est passée, je ne quitte plus mon laboratoire. Depuis 3 semaines c'est microbio à gogo !
Là, y en a un peu marre de Biomar (laboratoire de biologie marine où se situe mon labo de microbiologie). Alors, je m'évade avec vous à travers les photos de cet été austral.
Ça vous dit ?
Les premiers mails sont des photos prises sur la Grande Terre : Kerguelen est un archipel d'îles et la Grande Terre en est la plus grande, l'équivalent de la Corse. La plupart des sites ne sont plus accessibles.
On commence les photos par Val Travers !
Pour moi ce fut une sacrée entrée en matière car j'y ai passé ma première nuit. Le 15 décembre 2006... Youhou ça fait tellement loin ! C'était pour le boulot car nous y sommes allés en hélico pour prélever de l'eau des sources d'eau chaudes. Je rêve d'y retourner mais cette fois-ci à pied... Malheureusement ce site fait parti des endroits qui ne sont pas suffisamment sécurisés pour y aller en hiver : 2 jours de transit à pied si la météo le permet mais aucune rescue* n'est vraiment possible sans moyen nautique approprié.

*sauvetage, rapatriement à la base en cas de problème/accident

 

 

 

 

 

Port Jeanne D'Arc

Les îles Kerguelen ont été découvertes en 1772. 20 ans après, sont arrivés les premiers chasseurs de phoques et de baleines.
Port Jeanne d'Arc (PJDA) deviendra la première tentative de vie sur la Grande Terre de Kerguelen : Henry et René Bossière construisent avec des Norvégiens PJDA en 1908. Ils y faisaient fondre de la graisse pour fabriquer l'huile utilisée ensuite pour l'éclairage de nos grandes villes. En 1926, l'usine est abandonnée et éléphants de mer et baleines retrouvent leur tranquillité.
Voici des photos ci-contre du site qui reste un lieu d'excursion touristique …
où je suis allée en tant qu'aide-manipeur «POPchat».
Alors, "qu'est-ce que c'est qu'un «POPchat» " ???

Miaou miaou
oui mais encore ?!

Réponse plus bas :

C'est un VCAT comme moi !
Ahlala c'est terrible toutes ces abréviations !
Un VCAT est une espèce de bipède qui travaille sur les différents programmes scientifiques subantarctiques et antarctiques en tant que Volontaire Civile à l'Aide Technique.
Mon collègue « POPchat » travaille sur la population de chats qui ont été introduits à Kerguelen, la seule des îles subantarctiques à en posséder.
Cet adorable félin présente de nombreux comportements particuliers et intéressants à étudier en tant que population isolée. Il en va de même pour tout ce qui concerne sa génétique. Car l'espèce s'est adaptée au milieu et s'est progressivement dispersée sur la Grande Terre. Les chats de Kerguelen ont un pelage noir, ou noir et blanc, avec parfois l'apparition chez certains individus de stries rousses peu marquées. Pas grand chose de comparable avec le matou qu'on a chez nous et qui s'installe bien au chaud dans nos maisons ! Mais stop ! Je ne peux pas me permettre de me prononcer dans ce domaine car je ne suis pas VCAT POPchat mais VCAT microbio...
Comme autres mammifères introduits, il y a eu le porc domestique, le mouton, le mouflon, le renne, le lapin, le rat et la souris. Deux autres espèces introduites font l'étude d'un programme scientifique (Immunotoxker) : ce sont les truites et saumons. Notre VCAT POPtruite travaille sur ces populations qui ont colonisé les rivières de Ker.
Il reste également des populations de mouflons (sur l'île Haute) et de rennes qui sont régulées par notre VCAT environnement. Celui-ci s'occupe également du tri des déchets sur la base d'où son nouveau surnom "POPcanettes" !
On n'a pas encore de POPcorn...
On avait un berger pendant la période estivale qui s'occupait des moutons. Le troupeau se trouve sur l'île Longue et nous permet de s'approvisionner en viande fraiche en plus du renne et du mouflon.
Les îles dont je parle se trouvent dans le golfe du Morbihan... En effet, beaucoup de noms ont été donnés en rapport à nos petits coins de France (Bretagne entre autre) et en hommage à certaines personnes décédées à Kerguelen.

 

Les îles

Guillou est le nom qui a été donné à cette île en hommage au marin bosco Raymond Guillou mort à Kerguelen. Nous avons d'ailleurs dans notre mission Cyrille qui est son petit neveu et qui est le mécano du chaland l'Aventure.
L'Aventure ne peut se déplacer que dans le golfe du Morbihan et nous permet de nous rendre sur les îles de l'archipel et les parties éloignées de la Grande Terre.
J'accompagnais mes collègues VCAT « écobio » sur ces 2 îles (en photos). Ils sont 2 VCAT à travailler sur ce programme de suivi de l'impact du changement climatique et de l'introduction de certaines espèces végétales et d'insectes. Eh non, ils ne s'appellent pas POP« quelque chose » !
J'ai été séduite par toutes ces espèces végétales telles que la crassula et plus particulièrement par la cotula. L'acæna est une plante appartenant à la même famille que la rose. Elle résiste bien aux dents du méchant lapin, c'est pourquoi elle est si abondante sur l'île… et c'est aussi pourquoi elle nous séduit moins car elle s'accroche très bien aux vêtements et gratte horriblement !

 
 
 
 



 

L'île de Mayes

L'île de Mayes peut être décrite comme l'île des ornithos. J'adore cette île d'où les nombreuses photos. J'y étais avec un des 2 VCAT ornitho pour prendre les mensurations de quelques pétrels (bleus, plongeur, prion…) et prélever des plumes sur la colonie de gorfous sauteurs.
Photos : Mayes Mars07 (257)mail.jpg, Mayes Mars (355)mail.jpg, Mayes Mars (218)mail.jpg

Snif, il va falloir attendre le prochain été (octobre) pour revivre cela et ce que je n'ai pas encore eu la chance de faire auprès des albatros à sourcils noirs, gorfous macaronis… car beaucoup de ces espèces migrent l'hiver ou sont en recherche de nourriture dans l'océan Austral : le grand albatros peut faire le tour de l'Antarctique à la recherche de nourriture pour son poussin !

 

 

 

 

 

La base de Port-aux-Français (PAF)

C'est là où nous vivons. PAF car Port aux Français et non pas PAF le chien (il y a des chats mais pas de chiens) !
Un hivernage à Kerguelen, c'est d'une certaine façon l'apprentissage dans un univers sans limite. Nous sommes 56 à vivre cet hivernage de la 57ème mission.
Nous logeons dans les bâtiments L. Chacun dispose de sa chambre individuelle. Ce sont des bâtiments constitués de panneaux de fibrociment plastique expansé par une ossature métallique. Dans ces L on trouve une salle d'eau commune avec machine à laver et séchoir. Chaque bâtiment est affecté à un corps de métier. Ainsi le L7 est le bâtiment de la marine, le L4 et le L8 sont ceux des « infras ». Le L5 et le L9 sont les L des VCAT. Et je suis dans le L5 chambre 1. J'ai même droit depuis peu de temps à mes toilettes perso, étant la seule fille du bâtiment : toilette hommes/toilette Virginie! Hi hi !

La vie sur base s'organise entre le travail, chacun dans sa spécialité, et le moment du repas, le bar Totoche jouant le rôle de trait d'union sur la base.
Voici les photos de la base où l'on voit le bâtiment qui abrite Totoche et le restaurant. La base vue de la centrale, c'est à dire d'en haut et prise en photo de la rive d'en face.
Photos : Base 'en face mail.jpg, dans la base, totoche mail, Vue sur Base mail, Base mail, Vue centrale…panorama, biotruck.
La base s'étale sur les terres basses de Courbet, aux confins des terres froides et des Dombes, couvertes d'étangs et de lacs. Les reliefs des monts Crozier attirent les regards vers le nord-ouest (derrière la centrale sur la gauche). Le mont Ross, le point culminant de Kerguelen (1.850 m) attire également le regard quand il est dégagé : photo prise de mon labo biomar. Ce laboratoire de BIOlogie MARine existe depuis plus de 30 ans. De nombreuses équipes de biologistes, marins « terrestres », ornithologues ou hydrobiologistes s'y sont succédé. À présent, je suis la seule avec Antoine, le VCAT POPtruite, à occuper régulièrement les lieux…
Je m'arrête là dans cette série de mails « paysages »... Je vais travailler un peu…
L'été est bel et bien terminé. Aujourd'hui nous avons eu des rafales de vent à 60 nœuds, mêlés de neige blanchissant un sol déjà gelé.
Pas d'inquiétude à avoir au sujet de la vague dont, parait-il, nous sommes prêt de l'épicentre et qui a fait des dégâts à la Réunion : hormis les rafales de vent, rien à signaler.

 

 

 

 

 

Lundi 14 mai 2007

Aujourd'hui, je tiens à raconter ce qui s'est passé la semaine dernière (du 07 au 13 mai) car cela me semble important.
En ce moment, depuis l'Opération Portuaire (l'OP), je vis beaucoup sur base.
La vie sur base est comparable à une microsociété qu'on peut connaitre par l'ambiance de notre village et/ou notre quartier. Sauf qu'ici, nous sommes tous dans le même bateau ! L'aventure humaine est riche et c'est un autre voyage qui s'offre à nous...
Ici, tu travailles où tu vis. Tes collègues deviennent tes amis.
Tu restes dans cet univers restreint où s'il y a la tempête, tu trouveras toujours une bouée à laquelle te raccrocher. Contrairement à l'image que certaines personnes peuvent avoir de la vie ici : tu n'es jamais seul.
Le héros polaire solitaire n'est pas l'image à avoir des habitants de PAF. En fait, nous sommes comme une grande famille qui rame ensemble au gré du vent et des évènements.
Dimanche, le jour des élections, Jasmine - notre petite Marie, c'est à dire le personnel de salle - a perdu sa maman. Nous ne sommes pas nombreuses cette année et je m'entends bien avec cette femme qu'il faut soutenir dans cette épreuve de la vie... Autant dire que je n'ai pas vécu les élections présidentielles avec une réelle implication politique. Il faut comprendre qu'ici, nous sommes préservés de tout ce qui est média, télé, journaux, etc. Tu peux si tu le désires scruter la presse/internet mais nous sommes nombreux à regarder cela de très loin… car nous sommes très loin !
Nous sommes d'ailleurs pas mal assistés et privilégiés ici sur base. Nous avons une superbe équipe de cuisine depuis l'OP et nous n'avons pas à nous préoccuper d'aller faire les courses au supermarché ! Il suffit de mettre les pieds sous table et bon appétit !
Hormis le supermarché, sur cette base de PAF qui est comme un petit village, il y a TOUT :

  • la gérance postale (sauf que le facteur ne passe pas très souvent...) où travaillent des militaires de l'Armée de l'air,
  • la coopérative où l'on peut faire nos achats (mais il n'y a jamais les soldes !) gérée également par un militaire de l'Armée de l'air,
  • la centrale électrique dont s'occupent les marins qui ne navigue pas sur le chaland l'Aventure. Ce sont 2 marins (le « bosco » et le mécano) qui nous emmènent travailler sur les îles du golfe du Morbihan,
  • le garage où 3 militaires de l'Armée de terre travaillent avec acharnement à réparer les portières que les vents violents ouvrent parfois plus que nécessaire,
  • le bar TOTOCHE et le restaurant,
  • 2 serres,
  • l'église,
  • et d'autres bâtiments… Nous logeons dans des L, bâtiments de vie.

 
 

 

Bref, nous formons donc une microsociété où militaires, VCAT et contractuels (météo, CNES et personnel de l'infrastructure) cohabitent et sont "gouvernés" par notre chef de district qui est une femme.
Pour le 8 mai celle-ci, prénommée Marie-France et appelée notre disker (car chef de district de Kerguelen), a désiré que les militaires fassent une cérémonie en uniforme. Cela a été très drôle car juste au moment où les militaires se sont réunis pour monter les couleurs sur la place Charles de Gaulle, il y a eu une tempête de neige !

 

L'autre fait marquant de cette semaine a été les longues journées de travail pour notre équipe de marins qui s'occupent de la centrale. En fin de semaine, dans la nuit du jeudi au vendredi, une alarme a retenti... due à une avarie d'un Groupe Electrogène (GE)... Il faut avoir un groupe électrogène toujours en fonction pour alimenter en électricité toute la base. Hors le problème était que sur les 3 groupes électrogènes qui fonctionnent pour la base un des groupes était en visite (c'est à dire que les culasses étaient retirées pour être remplacées); et celui qui tournait a donc eu une avarie. Pendant les 3 jours et une bonne partie des nuits qui ont suivis, ils ont beaucoup travaillé afin de trouver la panne et remettre en état de fonctionnement au plus vite celui qui était en visite. Le but étant d'avoir 2 groupes disponible, un en production, l'autre en secours.
Cela aurait pu être la panique suite aux petites coupures électriques car tous les appareils électroniques du CNES et/ou instrumentation géophysique ainsi que tous les congélateurs et frigo dépendent de cette alimentation... Mais l'équipe des marins de la centrale a très bien su faire face à ces problèmes mécaniques et électriques. On voit sur les 2 photos ci jointes, Lionnel qui s'occupe de toute la partie mécanique du moteur. Actuellement, 2 GE sont disponibles à nouveau...
Il faut savoir qu'en plus de ces soucis, un bateau de pêche est arrivé le vendredi pour être ravitaillé en gasoil... c'est aussi l'équipe de marins qui gèrent cela. En parallèle de ce problème d'avarie du GE, il a fallu délivrer 65 m3 de carburant au bateau la Croix du Sud avec des vents atteignant plus de 100 km/h par rafales !

Lundi 04 mai 2006

Nicol, le boucher, et son équipe « cuisine » nous ont organisé un repas au club « réu ». L'objectif était de réunir tous les VCAT maintenant que l'hivernage a réellement commencé. Malheureusement les aléas du terrain en ont décidé autrement :

  • Armelle, notre médecin, qui était partie à Laboureur sur la Grande Terre, en week-end loisir avec l'équipe « flottille » et d'autres personnes, a dû revenir dans la nuit de dimanche à lundi car un malade arrivait d'un bateau de pêcheur à PAF... Le lundi, le chaland de retour de week-end devait récupérer Jean-Phi, l'un des VCAT « écobio », et Benoist, notre nouveau VCAT « environnement » (surnommé POPcanette !) qui étaient en manip sur l'île d'Australia. Les conditions météo étant mauvaises (vent et mauvaise visibilité), ils n'ont pas été les déloger de l'île Australia avant le mardi... Soirée de lundi passée...
  • Des problèmes de poses de balises sur éléphants de mer nous ont privés de la présence de Quentin (VCAT « ornitho ») Nicolas et Eric (VCAT « géophy ») du dimanche au mardi...

Il est très rare que nous soyons tous les VCAT sur base...
Pour ma part depuis l'OP, je suis à gogo au labo pour mon boulot microbio... Les VCAT ont repris leurs activités de terrain pour la majeure partie : Jean-Baptiste notre « POPchat » est à Port Couvreux avec Yvan « Géner » et Adrien (géophy). Anne, notre infirmière, a aidé Armelle à « Samu-Ker » avec le passage du pêcheur malade qui est reparti mercredi. Seb (VCAT écobio) est parti aider Quentin pour équiper de nouveaux éléphants de. Alex, l'autre ornitho, est parti sur le chaland à Mayes, une des iles du golfe, puis Eric (géophy) a été déposé vendredi à Armor où est situé le marégraphe. Benoist qui n'avait pas été récupéré à Australia le lundi mais le mardi est directement allé à Haute, une des îles où ils chassent le mouflon avec Mickael, un des militaires de l'Armée de terre qui travaille au garage. À l'heure où j'écris, nous sommes 3 VCAT sur base : Nico, Jean-Phi et moi-même.
Sinon, c'est une semaine classique pour l'équipe de « l'infra ». Chacun à son poste. Chacun sur son chantier :

  • Mickael et Abder travaillent pour le CEA (Centre d'Energie Atomique). Ils font un montage de réseau en vue de réaliser des mesures de la radioactivité due aux essais nucléaires à travers le monde.
  • Jean Yves et Célestin, deux réunionnais, font du béton et travaillent autour de la centrale.
  • D'autres travaillent dans la résidence et refont tout l'intérieur du sol au plafond. Gérald lui s'occupe de l'électricité du bâtiment L (pour Logement, bâtiment de vie).

L'hiver s'installe et cette semaine ce fut génial de se réveiller avec une fine pellicule de neige. Vivement les batailles de boules !
L'ambiance est agréable et nous semblons être une bonne bande d'hivernants réfléchissant déjà un peu à la mid-winter. Et oui, le temps défile tellement vite qu'il faut s'organiser pour ne pas se laisser dépasser... Chose qui m'est arrivée ici par rapport à mes engagements de secrétaire de Ker pour l'IPEV... Mais voilà, j'essaie tant bien que mal d'y remédier

 
Vendredi 13 avril 2007

Enfin, je vous envoie un courriel commun de nouvelles...
Désolée pour le "silence radio", mais ces derniers mois sont passés à une vitesse incroyable! Je ne réalise pas trop que nous sommes déjà en avril.
Le Marion Dufresne vient d'arriver cette nuit. Pendant 4 jours cela va être l'effervescence… Les jours d'opérations portuaires (OP) sont fatiguant !
Les OP du Marion Dufresne rythment la vie sur base, nous donnent le tempo pour savoir où nous en sommes dans la mission et nous ramènent à cette notion de temps/calendrier que l'on a si facilement tendance à oublier, SURTOUT quand on est en "cabane", c'est-à-dire hors de la base de Port-aux-Français.
Et moi dans tout ça, j'ai essayé de croquer au maximum l'été austral qui commence à toucher à sa fin…
Ces dernières semaines, les évènements ne se sont pas succédé, ils ont flotté au gré de la météo… La météo aussi nous ramène à la notion du temps qui avance vers la saison froide. Nous avons eu de bonnes rafales de vent, il y a 2 semaines et, j'ai eu mes premières belles vagues en chaland dans le golfe du Morbihan : j'étais contente car je n'ai pas été malade, et c'était beau !

Les températures chutent et voilà déjà plusieurs matins que les sommets qui entourent Port-aux-Français sont enneigés. Très joli...
Le départ de certains éléphants de mer et oiseaux qui migrent est également le signe que l'hiver va montrer son bout du nez tout froid.
La base est tristounette car il n'y a plus d'éléphant au milieu de la route et quand je vais au travail dans mon labo, il n'y a plus leurs
« gargouillements » pour me donner la motivation (je vous ai mis dans ce mail en fichier joint un petit film qu'un de mes collègues VCAT ornitho a réalisé : c'est le festival ! concert de bruits qui me manquent…)

Donc voilà l'hiver s'installe et moi avec ! Je n'ai donc pas donné beaucoup de nouvelles car il a fallu gérer ces changements de lieu, de vie, de climat, ces îles et endroits magiques hors de la base à explorer durant cette campagne d'été. On ressent toujours le besoin de prendre ses repères dans un nouveau monde… Les débuts ne sont jamais faciles à vivre mais ce n'est pas la première fois pour moi ! Même si là c'est le début d'une aventure spéciale et pas n'importe quel nouveau monde !!!

Dans 5 jours ce sera donc le début de l'hivernage de la 57ième mission !
Jeudi 08 février 2007

Voici un petit roman-photo pour vous illustrer la passation de consignes durant la campagne d'été au laboratoire de microbiologie de BIOMAR (Bâtiment de la base Port-aux-Français contenant les laboratoires de Biologie Marine) .

Quentin, l'un de nos 2 « ornithos », a envoyé à sa famille quelques Emails pour raconter cette période intensive qu'est la campagne d'été et le relais entre les anciens et nouveaux VCAT.
Il m'a gentiment permis de retranscrire ce compte-rendu.

 

 

 

Mercredi 31 janvier 2007 : Port-aux-Français, Kerguelen

Je prends enfin le temps pour vous écrire...

Tout d'abord, puisque je suis encore dans la période qui le veut bien (tout juste), je vous présente tous mes meilleurs vœux pour 2007 !
Pour nous, cette année commence merveilleusement bien !
Ici à Kerguelen, je n'ai plus trop la notion du temps et tout est passé très vite depuis mon départ de métropole le 03 décembre 2006.
Nous sommes arrivés à Port-aux-Français (PAF) le 15 décembre ... et je vais tout faire pour combler ce manque de nouvelles durant ce mois, déjà largement écoulé... Jusqu'au 8 janvier, date à laquelle mon chef (Daniel DELILLE, le responsable du programme MicrobioKer) et Audrey, ma collègue VCAT (Volontaire Civil à l'Aide Technique, civil recruté par l'IPEV pour assurer la continuité des observations scientifiques pendant l'hivernage) de la 56ième mission sont partis je n'ai pas chômé.
Depuis je prends mes marques dans le laboratoire BioMar et dans mon nouvel environnement, la base de Port-aux-Français.
Le Marion Dufresne vient de prendre à son bord les derniers VCAT de la 56ième pour leur retour en métropole via La Réunion, et nous, « la 57ième », sommes à présent au complet.
Malheureusement, nous n'avons pas encore eu l'occasion de faire pleinement connaissance car ici, à PAF, lors de l'été austral, règne une véritable effervescence. Il parait pourtant que notre mission ne commencera véritablement qu'en mars, lorsque nous ne serons plus qu'une soixantaine de personnes : les hivernants.
Pour les autres programmes scientifiques, Quentin et Alex, les 2 ornithologues (alias les « ornithos ») vont faire un compte-rendu de ce qu'ils ont vécu pendant leur campagne d'été.
Moi je vais me concentrer sur mon programme (MicrobioKer) qui me permet de vivre pleinement la vie « sur base ». Audrey, la précédente VCAT, m'a passé le relais durant ce mois de janvier et Daniel m'a formé sur ce qui va être mon programme scientifique. Celui-ci consiste à étudier l'impact des hydrocarbures sur les écosystèmes subantarctiques et à évaluer les différentes évolutions des populations bactériennes de ces milieux en cas d'éventuelles pollutions.
Etant essentiellement « sur base », je suis complètement immergée dans cette grande collectivité qu'est Port-aux-Français où se côtoient scientifiques, militaires, personnels techniques gérant l'infrastructure, etc. Chacun y participe et y apporte sa personnalité. Les rencontres sont donc riches. Je ferai part du travail de chacun dans mes prochains courriels.

Mais d'abord, rendez-vous dans les prochains mails avec des photos pour illustrer la campagne d'été qui a été intense et le compte-rendu de leur séjour de nos ornithos.
Yvan notre Géner (Poste tenu par un VCAT qui consiste à coordonner les activités des autres hivernants VCAT engagés par l'IPEV) nous fera peut-être également part de comptes-rendus sur son travail.