KERGUELEN :

58 ème Mission d'hivernage
à Port-aux-Français, Kerguelen

par Aurélie HEURTEBIZE,

J'ai 28 ans et suis infirmière diplômée d'Etat depuis 5 ans. J'ai exercé pendant 4 ans en France, tantôt aux urgences ou en chir, tantôt en néonat' ou en médecine; une fois en milieu carcéral, sinon à l'hôpital; et une année en Australie chez les aborigènes...
Sur Kerguelen, je suis employée en tant que VCAT par les TAAF. Ma mission est d'assurer avec le médecin, une prise en charge adaptée de la santé des hivernants sur base, mais aussi des pêcheurs, nombreux dans les eaux territoriales alentours.

Port aux Français

58ème Mission

 

Vendredi 3 octobre 2008

Quelques nouvelles ! Non non, je n’ai pas disparue…mais j’ai peut-être tout simplement hibernée ou quelque chose comme ça!...

L’hiver est désormais terminé ou presque…Les températures remontent (ce mois de septembre a été le plus chaud enregistré depuis l’ouverture de la station météo en 1951…pas très rassurant…), la neige ne s’accroche plus qu’aux sommets alentours, et…et… les animaux reviennent ! C’est d’abord le skua qui a réapparu, déjà le mois dernier…Il y a de l’émotion à revoir cet animal qui nous avait délaissé de nombreuses semaines ! Ca fait chaud au cœur ! On réalise aussi que l’hiver se termine… Depuis quelques temps, c’est au tour des éléphants de mer de réinvestir en nombre les plages de l’archipel, nous offrant un véritable spectacle grandeur Nature : des naissances de bonbons, des combats de pachas, des accouplements… Pas très loin de là, nichés dans les touffes d’aceana, les manchots Papous couvent leur œufs…eux aussi vont bientôt donner naissance à leur petit ! Une multitude d’évènements au mètre carré animent désormais le bord de mer, pour notre plus grande joie !

Le mois dernier fût également celui d’une étape importante de l’hivernage…une partie des membres de la mission 58 nous a quitté pour laisser place aux premiers hivernants de la 59ème !...Beaucoup d’émotions à quitter nos co-missionnaires, avec qui nous avons vécu quotidiennement depuis…9 mois ! La première émotion de la série me vient quand je vois apparaître le Marion à l’embouchure du Golfe… Le bateau n’est pas encore au mouillage qu’un sentiment fort de nostalgie m’envahit… Notre isolement de presque 5 mois est tout d’un coup rompu… Biensûr, pendant nos mois d’hivernage, nous avons eu des visites : quelques bateaux de surveillance des pêches tel que l’Oceanic Viking australien, ou Le Nivôse et L’Osiris français ; ou bien quelques bateaux de pêche pour un soutage pétrolier ou une assistance sanitaire…mais ce n’est pas pareil. Ce ne sont que des bateaux de passage qui apportent des bulles d’air extérieures mais ne s’éternisent pas, repartant dans la foulée et nous abandonnant à notre tranquillité. Aujourd’hui, c’est le Marion qui arrive…Le lien avec le reste du monde va se recréer le temps d’une OP (Opération Portuaire). De 50, nous passons à 120 personnes sur base. Des touristes débarquent pour un séjour éclair, quelques chefs de service du siège des TAAF viennent faire un petit tour, les inter-districts font escale, et surtout, surtout…les nouveaux arrivent qui remplaceront bientôt les anciens… Et puis ça y est, l’OP de 5 jours est déjà terminée. L’hélico effectue ses fameuses dernières rotations, celles des partants ! Sur la DZ (Droping Zone), l’émotion est grande. Un lien indescriptible nous relie tous d’avoir vécu ensemble cette expérience australe. Les aurevoirs s’éternisent (nous avons déjà prévu de nous retrouver… « dans un an ou deux »), les larmes coulent pour certains. Les crocodiles font une dernière danse et s’envolent… Bon retour les chevelus…

A dans « un an ou deux » on a dit !
Bisous paffiens !

 

Skua

Éléphants de mer

Manchot papou

 

Samedi 9 août 2008

De l’art d’hiverner…

Cela commence par les animaux qui quittent insidueusement l’archipel, puis par les journées qui raccourcissent l’air de rien … Et souvent, même quand il fait jour, le soleil se cache derrière du gris, du blanc, du noir, de la neige, de la pluie… Nous ne sommes pas venus dans les 50e rugissants pour une petite brise et quelques averses!... C’est pourquoi les grosses tempêtes donnent du baume au cœur : la pluie qui fouette, les bourrasques qui sifflent, le ciel qui nous tombe sur la tête. Mais aujourd’hui un évènement : la neige est tombée verticalement, et ce n’est pas un pléonasme… En effet, pas un souffle de vent pour diriger sa chute à l’horizontal…elle est tombée, silencieuse et douce… silencieuse…

Et comme le bruit du vent ne raisonne plus dans la base, de nouveaux sons parviennent à mes oreilles, tel que le craquellement du tapis de neige sous mes pas. Je m’arrête quelques secondes pour écouter : c’est étonnant ce silence sans vent. J’ai même l’impression d’entendre les flocons se poser sur le sol…

Comme tous les matins, je me rends au restaurant pour le petit déjeuner : les viennoiseries encore tièdes attendent l’hivernant. L’équipe des cuisines nous accueillent comme à chaque fois. On se dit bonjour, des sourires, la bise, de la bonne humeur. Un petit tour par la boulangerie au fond du couloir et je retrouve le pateux préparant notre pain quotidien... Ce week-end il m’apprendra la recette du fondant au chocolat…Une journée sur base qui débute à peu près comme les autres!... Je ne me demande pas si j’irai faire les soldes cette après-midi ou les courses ce matin : il y a toujours moins de monde dans les grandes surfaces le matin… Non, ces pensées sont ici périmées, pour mon plus grand bien!…

Cette année, nous aurons hiverné à 49 seulement, ce qui ne s’était pas produit sur le district depuis plus de 50 ans… Dans cette petite communauté, chacun a un rôle essentiel au bon fonctionnement de la base. D’un côté, nous avons les militaires qui gèrent la partie infrastructure, de l’autre, les scientifiques. La présence des uns justifie celle des autres et vice versa. C’est pourquoi la bonne entente est de rigueur : nous avons besoin les uns des autres pour perdurer à travers l’hivernage. Tout est histoire de compromis et de tolérance.

Hiverner, c’est certes l’art de composer avec les autres hivernants, leurs humeurs, leur caractère ; mais c’est surtout l’art de composer avec soi-même. Il arrive une période pour tout un chacun au cours de l’hivernage, où la fatigue psychique se fait sentir. Dans un milieu isolé, où les distractions sont limitées sur base, où la météo joue à cache-cache avec le soleil, la mélancolie finie parfois par s’installer, insidueuse. Il faut alors prendre tout le recul nécessaire pour la chasser de nos pensées !

Aaah, l’hivernage…Il y a finalement bien peu d’endroit au monde où nous pouvons nous retrouver isolés comme ici. C’est une chance pour moi de l’avoir vécu !...

Bien le bonjour de la 58ème ! Salutations australes !

 

 

Mercredi 08 juillet 2008

Sale temps pour les manchots

Les manchots se méritent…Il n’aura pas suffit de partir loin de chez soi, assez pour avoir la tête à l’envers dans l’autre hémisphère, de parcourir des milliers de kilomètres jusqu’aux quarantièmes rugissants…une fois à Port-aux-français, il faut encore une journée de marche pour enfin les voir…les manchots royaux de Ratmanoff !...Et oui, ça se mérite…les douleurs qui me lancent dans les jambes sont encore là pour me le rappeler !...mais encore heureux que ça se mérite ! On en déguste davantage chaque minute passée à les regarder vivre !

D’abord la météo kergantuesque nous prive de notre premier jour de transit vers Morne, une cabane à mi-chemin de Rat…une tempête de vent et de neige a attaqué la base, comme souvent en cette période hivernale…C’est donc avec beaucoup d’impatience que nous décidons le jour suivant, par un temps miraculeusement adouci, de filer tout droit sur la manchotière, sans nulle autre étape que celle de manger nos sandwichs à midi et quelques…les rivières gelées, les souilles verglacées et toujours ce vent glacial.

 

 

8 heures de transit non-stop avec pour seul objectif celui d’atteindre la cabane du guetteur avant la nuit…c’est-à-dire avant 16h30…Mission accomplie ! Mon genou tangue, celui de mon voisin aussi, mais ça y est ! Nous sommes enfin à Ratmanoff, et les manchots sont tous là, des centaines de milliers !

Une bonne nuit de sommeil plus tard, je sors le bout de mon nez pour le lever du soleil…et là, comme une récompense de la Nature, ce que nous espérions découvrir, ce que nous étions venus voir se produit tout juste sous nos yeux ! En effet, pas un rayon de soleil ne traverse le ciel épais, et c’est un véritable ouragan blanc qui s’abat sur les manchots…de sorte que l’on pourrait confondre le ciel et la neige, la neige et les manchots blancs craquelés, les manchots et les bourrasques de vent enneigées …

 

 

Sale temps pour les manchots…du coup, ils font la tortue ! Pour se protéger et se tenir au chaud, ils se rassemblent et prennent la forme du vent, si bien que la manchotière paraît deux fois plus petite qu’à l’accoutumée. Désormais plus personne ne se dandine dans les rangs. On se blottie, le cou bien calé entre les 2 épaules. Nous aussi d’ailleurs, car pour ne rien rater de ce spectacle, nous restons dans la tempête avec eux !

 

 

Les giboulées se succèdent toute la journée pour notre plus grand bonheur, et entre deux, les manchots s’activent…quelques adultes pressent les petits pour rejoindre au plus vite une tortue déjà constituée…d’autres font le tour des crèches éparpillées dans la manchotière, répétant leur chant jusqu’à retrouver leur progéniture et la nourrir…l’escadron de pétrels géants patrouille au-dessus des têtes à la recherche de sa prochaine proie, quand d’autres se disputent déjà le cadavre d’un petit…des mâles éléphants s’affrontent, et les royaux font place de peur d’être inopinément écrasés, créant un véritable ring au milieu de la manchotière…Puis quand la tempête revient, tout se fige…et le silence impressionnant du vent sifflant se faufille à nouveau dans chaque mêlée de manchots…

La nuit revient. Nous glissons dans nos duvets chauds. Je repense à cette journée magique, espérant ne jamais oublier ces instants uniques.

Aah Kerguelen !...Tes journées se succèdent mais ne se ressemblent pas ! Aujourd’hui un soleil radieux baigne l’horizon matinal, le vent s’est complètement éteint (stupéfiant !), et la neige a disparu si bien qu’il ne reste aucune trace de la tempête de la veille. Sacré répit pour les royaux : plus il y a de journées de ce type, plus leur chance de survie augmente, les parents pouvant s’adonner pleinement à leur activité majeure, le nourrissage des petits. La manchotière a revêtu une apparence normale, et a repris sa taille habituelle. Chacun vaque à ses occupations. Il y a de la vie, ah ça oui, il y a sacrément de la vie ! Et nous de profiter de ce climat bizarrement estival pour une promenade dominacale sur l’immense plage de Rat…Un bain de soleil plutôt rare ici. Et je me dis que Kerguelen nous gâte encore une fois…

 

 

Jusqu’au bout les manchots se méritent ! C’est l’heure de retourner sur base. Et comme les journées ne se ressemblent toujours pas à Kerguelen, c’est sous une pluie battante, giflée par le vent, sans oublier un genou resté douloureux et qui me fait boiter que nous effectuons le transit retour. Après une journée de marche, la dernière rivière se traverse à hauteur de hanche pour finir de nous tremper totalement. Une autre heure plus tard, nous voici arrivés au CNES les guiboles épuisées…Thierry vient nous chercher en voiture pour parcourir les quelques kilomètres goudronnés menant à la base. Le chant des manchots résonne toujours dans nos têtes, mais la musique du poste radio nous ramène subitement au monde civilisé. Salut les manchots ! A la prochaine assurément !

 

 

Mercredi 11 juin 2008

Demain, ça y est, c’est la bascule pour moi… La balance va soudainement pencher de l’autre côté du calendrier ; les jours vont désormais se compter à rebours ; le second tour de sablier va débuter ; la civilisation va doucement et inéluctablement se rapprocher de mes pensées…

Et oui, ça y est, demain ça fera 6 mois…il m’en reste encore 6, plus que 6, seulement 6… autant dire que demain je suis à la maison, les journées défilent si vite par ici… C’est maman qui va être contente !...

Aujourd’hui, je me mets à penser plus que d’habitude à mon retour… Est-ce que la France me manque ?... pas encore ou toujours pas… Le sentiment de vivre une aventure exceptionnelle dans les terres australes me comble tout entier. Mais une chose est sûre…les manchots, les albatros, les éléphants, cette terre magique me manqueront sans aucun doute!

 

 

PJDA en bas à gauche et le Dôme Rouge à droite

 

Mai 2008

La dernière OP semble déjà loin, les partants sont partis, les arrivants sont arrivés et le restant est resté. Nous voilà plus que 49 sur base jusqu'en septembre. Nous sommes définitivement rentrés dans notre hivernage, et comme il n'y a pas de hasard sur cette bonne vieille planète, la neige s'est mise à tomber, sûrement pour marquer l'évènement! elle dessine quotidiennement nos sommets, et vient régulièrement tapisser la base d'un fin duvet blanc, néanmoins rapidement emporté par le vent puissant des Kerguelen.

Parmi les partants David, le berger de Kerguelen, qui est parti sans sa barbe ! ... Henri s'en est allé aussi, sous une pluie de chocolats. Puis Guillaume qui dansait encore les crocodiles. Le ballet de l'hélico emmène un à un nos compagnons d'aventures dans une dernière danse : la valse des partants. Ils disparaîtront bientôt derrière un rideau de brume où le Marion se cache avant de lever l'ancre.

Et puis la vie reprend rapidement son rythme paffien, et déjà de nouvelles aventures s'annoncent ! Cette fois c'est PJDA (Port Jeanne D'Arc prononcer Péjida) à 3 heures de chaland au sud du Golfe.

Dôme Rouge

Cette ancienne station baleinière devient notre station balnéaire ou presque, pour quelques jours.Au programme, quelques bains de mer pour quelques manchots encore dans le coin ; et pour nous 3 jours de villégiature et dépaysement : chasse aux lapins, randonnées aux 3 sommets surplombant le site : Mont des Lichens, Mont du Refuge et le Dôme Rouge...

Port Jeanne d'Arc

Ceci pour la partie loisir, pour le reste il y a les manips Popchat. Popchat est le nom que l'on donne au VCAT (Volontaire Civil à l'Aide Technique) qui étudie la Population des Chats sur Ker. Ce travail s'inscrit dans un programme vieux de 14 ans. Un boulot intéressant et très certainement utile, mais ô combien physique et laborieux. Pour un jeune de 23 ans comme Thibaut, la tâche se fait souvent rude ! Avec souvent, 25 kgs de cages sur le dos, il parcourt en moyenne entre 100 et 250 kms par manip de 10 jours sur un terrain souilleux et accidenté sous une météo kergantuesque. Bien heureusement, le corps bien entraîné assume la tâche, et la passion fait le reste ! Car passionné il l'est !

Mais l'aide d'autres manipeurs s'avère toujours la bienvenue, tant la tâche demandée reste éprouvante pour une seule personne! Et c'est ainsi qu'à tour de rôle, les hivernants de la base aident Thibaut à observer, capturer et faire des prélèvements sur les chats, dans le but de récolter un maximum de données sur leur condition physique, la génétique, leur période de reproduction. En effet, les chats ont été introduits sur l'archipel par l'homme au siècle dernier, et se sont remarquablement bien adaptés à leur nouvel habitat. Les scientifiques s'interrogent, et étudient depuis de nombreuses années leur impact sur l'environnement Chapeau bas monsieur Popchat !

Maxime

 

L'Ile Haute

L'hiver est là (ou pas loin) et les beaux jours s'amenuisent. Les oiseaux qui ont terminé leur période de reproduction quittent les terres de l'archipel pour aller hiverner en mer, au large.

Qui dit pas ou peu d'oiseaux sur Kerguelen dit moins de travail pour les ornithos. Les manips qui se succédaient parfois à un rythme d'enfer s'espacent peu à peu pour laisser enfin quelques jours de répit sur base. J'en profite paradoxalement pour repartir (la vie sur PAF n'a décidément pas ma préférence) cette fois en loisir. De « responsable » je passe « manipeur », moyen idéal pour me mettre dans la peau de ceux qui m'auront accompagné et supporté sur le terrain tout l'été…

Destination l'Ile Haute, au sein du Golfe du Morbihan. J'y pars pour une semaine « aider » Maxime, VCAT Environnement chargé, quand il n'est pas sur base à sensibiliser au tri des déchets et à leur gestion, de réguler les effectifs d'un animal bien peu banal sous ces latitudes, le Mouflon de Corse.

Au même titre que les Rennes de Laponie introduits ici pour la viande principalement, quelques individus ont été implantés sur l'Ile Haute au milieu des années 50. Leurs populations ont augmenté parallèlement jusqu'à causer une compétition pour la nourriture entre les deux espèces. Les Rennes ont alors traversé à la nage le bras de mer qui les séparait de la Grande Terre pour coloniser l'ensemble de la zone.

Les Mouflons devenus seuls maîtres des lieux, leur effectif grimpe pour atteindre ses limites. On assiste alors à des années de crash de la population, décimée par des facteurs liés à leur trop grand nombre (épidémies, manque de nourriture, hivers plus rigoureux…)
Pour éviter ces situations critiques, les TAAF ont décidé de réguler leurs nombres chaque année pour maintenir le cheptel à un effectif stable et viable.

Cette année, c'est Maxime qui s'en charge. Sa mission, et il l'a accepté, est de prélever 160 individus en abattant sélectivement des quotas bien définis pour chaque âge et sexe.

L'île est escarpée, alternance de plateaux, de barres rocheuses, de pierriers et de zones herbeuses, le paradis pour un Mouflon… C'est donc sur ce site magnifique que nous partons chaque matin avant l'aube tenter d'apercevoir l'animal. S'en suit alors une approche discrète ayant pour but de mettre le chasseur dans les meilleures conditions de tir.

Malgré des conditions météo peu encourageantes, qui ne nous auront que rarement épargnés, notre « PopMouflon » national vient d'atteindre en trois mois la moitié du prélèvement prévu ! Une bonne opération avant l'installation durable de l'hiver qui devrait limiter les sorties de chasse et ralentir d'autant la régulation de ces ongulés.

 

Mouflon

Mouflon au coucher du soleil
Paysages de l'Ile Haute

 

Jean-Max

 

Géophysique

Jean-Max l'un des trois VCAT Géophysiciens m'a proposé de l'accompagner dans ses suivis régulier qu'il effectue à proximité de la base.
Au programme, échelle de marée et mesure absolue du champs magnétique terrestre…

Pour calculer les marées et pouvoir ainsi prévoir les hauteurs d'eau, très pratiques lors de transits nécessitants la traversée de rivières à leur embouchure, les Géophys disposent de marégraphes. Ces appareils fonctionnent de façon indépendante mais des dérèglements peuvent intervenir, faussant alors les mesures. Pour pallier à ce problème, ils sont régulièrement étalonnés.

Non loin la cale d'embarquement de PAF se trouve une cavité équipée d'une règle graduée géante, l'échelle à marée. Le niveau de l'eau dans cette « cave » est le même que celui de la mer, qui l'alimente via un tuyau. Le travail est simple mais se doit d'être précis et appliqué. Durant 4 minutes, une mesure de la hauteur d'eau est effectuée toutes les 5 secondes. Cette série de lecture permet de minimiser les erreurs dues à la houle (on fait une moyenne des valeurs enregistrées). Ce protocole est répété pour chaque heure de la journée entre H-2 minutes et H+2 minutes, de 8h à 20h. Soit 576 mesures !

Une autre partie du travail de « Jmax » est le suivi des activités sismologiques. Pour cela, il dispose de machines perfectionnées dont certaines ne peuvent être vues. Elles restent en effet cachées dans une cave sismo dans laquelle personne de doit pénétrer sous peine de biaiser les données. Capables de déceler la moindre activité sismique dans le monde, ce site doit rester isolé de la moindre vibration non naturelle qui polluerait les mesures. Les appareils ont par exemple enregistré le tremblement de terre subit en Chine tout récemment. Les ondes (de différentes natures mais bien connues) émises pendant un séisme traversent tout le globe terrestre. Le sismographe de Kerguelen, et les nombreux autres dispersés dans le monde créent ainsi un réseau permettant d'étudier grâce à ces ondes la composition interne de notre bonne vieille Terre.

Notre « MagnSismo » étudie également le champs magnétique terrestre. Le but est d'en savoir plus sur l'origine de ce phénomène. Comme dans de nombreux endroits dans le monde, Jean Max réalise ces mesures qui, liées à celles des autres sites, donneront une image plus précise de ce champs magnétique. En effet ce dernier n'est pas fixe autour du globe. Il subit des variation internes et externes dues par exemple à des particules énergétiques émises par le soleil.

La station de Kerguelen dispose d'un appareil qui mesure la variation
du champ magnétique. Mais il faut pour cela connaître la valeur de base autour de laquelle se
produit cette variation. Pour déterminer cette valeur, notre Géophy réalise régulièrement une mesure avec un théodolite, version améliorée de ces appareils posés sur trépied qu'utilisent les géomètres de l'IGN par exemple.

Après cette journée studieuse, je me suis vue remettre par Jean-Max le « diplôme de l'assistant Géophy ». Quel honneur !

 

Shelter sismo

Mesures sismo
Mesures sismo
Mesures au théodolite
Appareils de mesures sismo
Graphe séisme de Chine

 

L'Ile Verte

L'Ile Verte

 

Réchauffement aux îles Kerguelen ?

L'archipel de Kerguelen semble peu touché par ce phénomène pour le moment. Sans doute est-ce lié à sa situation isolée au milieu de l'Océan Indien Sud. Peut être cette grande masse d'eau fait-elle office de tampon, permettant ainsi aux îles de bénéficier d'un sursis ?

Ici ce n'est pas tant le « réchauffement du climat » sur l'archipel mais les conséquences à plus grande échelle qui inquiètent. Si certains animaux de Kerguelen s'alimentent sur le site même, de nombreuses autres espèces parcourent des milliers de kilomètres au dessus des mers. Beaucoup vont chercher cette fameuse convergence antarctique, le Front Polaire, où se rencontrent les eaux subantarctiques et celles de l'Océan Antarctique. Cette barrière hydrologique, véritable réservoir alimentaire, a une localisation variable.

Lors des années dites chaudes, ce front descend plus au Sud. Les oiseaux marins tels que le Manchot royal qui nourrissent leur petit resté sur Kerguelen doivent alors couvrir des distances beaucoup plus grandes. Ceci a pour conséquences des incidents démographiques (mortalité des poussins moins alimentés, abandon de l'adulte…).

Il n'est pas difficile alors d'imaginer les effets désastreux sur les populations animales qu'une telle situation pourrait engendrer si elle se répétait plus fréquemment.

Un autre cas inquiète également : l'introduction d'espèces végétales allochtones. Par opposition aux plantes autochtones qui sont originaire du plateau de Kerguelen (ou tout du moins de cette zone australe), ces espèces ont été apportées par l'homme, de façon involontaire (graines dans les vêtements, les chaussures…) et colonisent, après un temps d'adaptation, l'archipel. Ceci pourrait s'arrêter là mais il n'en est rien.

Sur l'Ile Verte, par exemple, île du Golfe du Morbihan à Kerguelen, le Pissenlit est un véritable fléau. Introduit dans les années 1870 il s'est peu à peu « acclimaté ». Sur Verte, il a couvert la quasi totalité de l'île, étouffant sous lui l'Acaena, plante autochtone. A l'arrivée de l'hiver le pissenlit meurt, laissant alors un terrain nu, à la merci des vents et des précipitations.
Sur l'Ile Verte, ce Pissenlit introduit est responsable de la dégradation, de l'érosion des sols sur lesquels plus rien ne pousse…

Encore une fois, si ce phénomène climatique touchait l'archipel, les conditions pourraient favoriser les plantes introduites, accélérant encore la disparition des espèces d'origine voir l'altération des sols.

Ce sont toutes ces modifications, ces évolutions que nous tentons de comprendre et surveiller ici par nos suivis scientifiques. Pour cela il nous faut mieux connaître ce Front Polaire, son fonctionnement. Quels meilleurs alliés pour nous que ces Manchots, Albatros ou Eléphants de mer qui fréquentent cette zone ? Le suivi de ces espèces, réels bio indicateurs, nous en apprendra plus sur les conséquences de la variabilité climatique…

Régis

 

Manchot royal

Pissenlit
Acaena
Grand albatros
Eléphant de mer

 

Manchotière de Ratmanoff

Les 2 manchots, leur cou dressé vers le ciel, chantent pour retrouver leur partenaire.

Rencontre avec albatros géant

 

Jeudi 27 mars 2008

Ce mois de Mars fut riche en escapades et découvertes !... Comme je l’avais dit, nous profitons tous au maximum des dernières semaines d’été pour aller à la rencontre des animaux…bientôt ceux-ci partiront en pleine mer pour plusieurs mois, et nous laisseront seuls sur l’archipel…

Ma dernière manip fut celle de Ratmanoff, de loin la plus réputée ici, puisqu’il s’agit d’une des plus grandes manchotières de Ker : environ 200 000 couples de manchots royaux se retrouvent sur la même plage, chaque année, pour se reproduire !...

Aaah ces manchots…je pourrais passer des journées entières juste à les regarder !...celui-là qui nourrit son petit fraichement né, cet autre qui traverse toute la colonie en chantant pour s’identifier et retrouver sa partenaire, puis celui-ci qui procède périlleusement à l’échange de l’œuf avec la mère pour pouvoir à son tour partir pêcher au large, tous ceux-là qui dorment et que je peux doucement caresser dans le cou, celui qui me suit tout au long de ma ballade, curieux qu’il est de me voir déambuler ici, tous les petits de l’année dernière, encore revêtus de leur épais duvet marron, rassemblés au milieu des adultes dans des crèches… Beaucoup de vie, le jour, la nuit, ça n’arrête pas ! mais aussi la sensation que la mort ne rôde jamais très loin….c’est la loi de la Nature, et les skuas ou les pétrels géants aussi doivent se nourrir…de manchots petits et grands, d’œufs abandonnés ou maladroitement perdus par le parent… le cycle de la vie où chacun a son rôle, sa place !...

La cabane du guetteur à Ratmanoff

Les ornithos guettent l’arrivée des manchots balisés…


Les petits de l’année dernière avec leur duvet marron, rassemblés dans des crèches / Un manchot bien curieux…

Les découvertes ne s’arrêteront pas là…il y aura aussi les albatros géants, avec leurs ailes gigantesques, paradant, pour trouver l’âme sœur de toute une vie !…beaucoup se sont déjà trouvés et ont depuis peu donné naissance à leur petit… Et puis tous les autres : ces gros éléphants de mer, allongés les uns sur les autres dans les souilles…ces otaries siestant dans chaque recoin d’acaena…ces truites de mer géantes…encore et toujours !...

Bon, j’écris…j’écris…mais y a répet de musique ce soir ! A bientôt

 

Trophée de pêche

La mienne…70 cms et 4 kgs 160 ! Aïe ! Peut mieux faire !...

Mardi 25 mars 2008

Ce bref message pour vous souhaiter à tous de bonnes fêtes de Pâques…un peu en retard…J’espère que tout le monde a été gâté par les cloches !...

Ici aussi les cloches sont passées !…Pas d’œufs au chocolat cette année…snif…mais à la place des tradis Kinder surprises et autre lapins fondants, des énoOormes profiterolles faites maison par notre pateux…OUF !...et Dieu sait combien je les aime ces profiterolles !...

C’était donc férié hier !... (cela fait bizarre à dire quand on a l’impression d’être tous les jours en vacances… ;) , une météo clémente et hop ! pour David notre berger, Arnauld notre EDK (Electricien De Kerguelen), Thierry notre GP (Gérant Postal), et moi, ce fût l’occasion d’une après-midi pêche ! et quelle après-midi !... des truites de mer kergantuesques !!!! Il y a vraiment de quoi faire des jaloux parmi nos pêcheurs invétérés de métropôle…la plus géantes de toutes : 78 cms et 4kgs600…et encore, nous sommes loin du record obtenu ici…plus d’1 mètre !... Les photos en diront plus longs que de simples qualificatifs…

Voilà, les cloches sont maintenant reparties…retour à notre train-train quotidien, avec un nouveau transit sur la péninsule Courbet en fin de semaine ! Kerguelen ne nous laisse vraiment aucun répit !...

 

La base

Vendredi 8 février 2008

… après 2 mois passés à Kerguelen, j’avais envie de faire quelque peu le point sur ce début d’aventure… Voyons voir… commençons par un petit topo, bien subjectif, de la vie sur base…

Il semblerait qu’il fasse bon vivre à Kerguelen…effectivement notre quotidien est épargné de la plupart de nos soucis métropolitains habituels. Ici...

…pas de radars automatiques, pas de gendarmes, pas de ballons ! vous me direz…il n’y a que 4 kms de route sur la base…mais quand même une belle et longue ligne droite pour monter à la météo et au CNES…

…pas de ceinture de sécurité en conduisant ! elles sont de toute façon fermement attachées aux portières des voitures, pour préserver celles-ci des violentes rafales de vent…méthode qui ne s’avère pas toujours efficace ! surtout quand on oublie de se garer face au vent…une erreur qui s’avère généralement fatale…

…pas de frein à main non plus ! En hiver, ça gelerait…donc on éteint toujours le moteur en 1ère.

…pas d’argent liquide ! il est vrai que pratiquement tout est gratuit… il y a quelques exceptions, comme les timbres à La Poste, les boissons alcoolisées au bar, et les petits achats d’appoint à la coop (vêtements, souvenirs, cigarettes, alcools, quelques produits d’hygiène etc), mais nous ne faisons qu’apposer notre signature en face des articles achetés. Le paiement s’effectuera en fin d’hivernage. Certes il faut rester vigilant quant au montant de nos achats qui peuvent s’additionner rapidement. Mais ne plus manipuler aucune monnaie semble vraiment nous simplifier le quotidien ! A ce propos, une petite anecdote bien franchouillarde : la vente d’alcool à la coop est limitée à une bouteille d’alcool (Whisky, Rhum, Get 27 etc…), par personne, et par mois…exception faite pour le vin qui, en bon français que nous sommes, n’est nullement un alcool, juste un très bon… jus de raisin…Il nous est donc possible d’en acheter à volonté ! A consommer quand même avec modération !...

…pas de repas à cuisiner ! Nous petit-déjeunons, déjeunons et dinons tous les jours au restaurant, où nous sont servis des repas variés et équilibrés, entre autres de la viande fraîchement abattue (par notre berger et notre boucher), du poisson fraîchement pêché par tout-un-chacun, des légumes en partie provenant du potager, du pain frais du jour, ainsi que d’excellentes patisseries (made in notre boulanger/patissier). Ceci dit, il est de coutume entre bâtiments, de s’inviter régulièrement les uns, les autres, pour l’apéro ou le repas. Dans ce cas, nous demandons aux cuisines, tous les ingredients nécessaires à la préparation d’un bon punch, d’une grillade, d’un gateau… et nous cuisinons chez nous, comme à la maison. Ce qui donne lieu à de sacrés et mémorables soirées !

…pas d’attente de dépannage ! Besoin d’un plombier pour changer le chauffage ? d’un électricien pour poser une prise ? d’un peintre pour raffraichir les murs ? d’un menuisier pour réaliser des étagères sur mesure ? Et bien Darty ou Ikéa n’ont qu’à mieux se tenir ! En même pas 12h chrono, votre vœux est exaucé ! De nombreux corps de métier sont représentés ici. Un puit de savoir et de savoir-faire !!

…pas de politique ! A part pour sortir de mauvaises blagues... Sarko s’est marié avec Carla aujourd’hui…Pffuu, non tu déconnes ! N’importe quoi !.... Non, non mais c’est pas une blague… Ah…c’est pas une blague?!...

…des aires de jeux variés ! Un magnifique cinéma pour nous tous seuls, avec une programmation 3 fois par semaine, des glaces chocolats ou vanilles, et la possibilité de séances privées quand bon nous semble. Une vidéothèque et musicothèque bien fournies. Une salle de gym. Un boulodrome couvert. Un terrain de badminton/volley/foot en salle. Une salle de musique. Une bibliothèque. Des salles de jeux en réseau. Le bar avec les classiques babyfoots, billards, tables de ping-pong etc… Le centre Météo pour les lancers de ballons-météos, et les jeux à l’hélium. La boulangerie pour les batailles de farine. Les cuisines pour les batailles d’eau. Un bel abattoir pour abattre les moutons. La flotille pour plonger avec les éléphants de mer. Des tas de scientifiques pour maniper avec eux. Des tas de rivières et lacs pour la pêche. Tout l’archipel pour la chasse aux lapins, mouflons et rennes. Tout Kerguelen pour admirer des animaux extraordinaires, inconnus de notre métropole…

…pas de portable, OUF ! mais quand même des bips (le doc et moi en portons un en permanence en cas d’urgence), des VHF et des postes téléphoniques dans chaque coin et recoin de la base ! Difficile de ne pas être joignable ! Difficile de ne pouvoir joindre quelqu’un !

…l’essence gratuite ! Une pompe à essence libre-service…

…pas de passage clouté ! Attention donc aux manchots qui traversent sans crier garde, et aux éléphants de mer qui font leur sieste au beau milieu de la route !...

Des petits détails qui font la différence… Loin des préoccupations de ce monde, il est agréable d’ouvrir cette parenthèse australe, qui ne durera pas toute une vie, tout au plus une année ! Mais quelle année !

Demain départ pour 6 jours de transit avec les marins, à travers l’archipel…encore une occasion de s’en mettre pleins les pattes et la vue !

 

Ker, pour Kermerguant Stephane, armée de terre et batteur… (et ‘tit clin d’œil à notre archipel)

Val, pour Valtride Florent, marin et bassiste…

Biz, pour Heurtebize Aurélie, infirmière australe et chanteuse…

Bond, pour Hibon Arnauld, marin, guitariste et chanteur…

 

 

 

 

 

Le Marion Dufresne

Jeudi 31 janvier 2008

Un vendredi soir sur la terre, un vendredi soir mythique !... Les « Ker’Val Biz Bond » ont remporté un franc succès lors de leur première représentation au zénith de Totoche !... sous les acclamations d’un public en folie, les 4 nouvelles stars de la scène australe ont démontré tout leur talent ! Bref , tout ça pour dire que…je ne chante pas si faux…hum...et que nous allons continuer notre tournée interkerguelienne ! Pourquoi « Ker’Val Biz Bond » ? C’est la contraction des patronymes des membres de notre groupe…


Pour vous qui n’avez pas réussi à avoir de place à temps, pour vous qui n’avez pas eu la chance de faire le déplacement…voici un p’tit aperçu…

Cette soirée fut riche en moments forts et en émotions ; elle marquait le départ de 36 de nos co-insulaires : les campagnards d’été et les derniers hivernants de la 57ème !... Le lendemain, ils repartaient à bord du Marion-Dufresne en direction de l’Afrique du Sud, avant de rejoindre la métropole…

Kerguelen…des rencontres exceptionnelles avec des gens peu ordinaires. Des rencontres qui ne s’oublient pas…Ces groupes de scientifiques passionnants, des vieux de la vieille dans leur domaine, toujours prêts à tout vous expliquer, à tout vous raconter, à tout partager…; cette équipe de cinéastes déjantés (ceux qui ont tourné La Marche de l’Empereur ou encore La petite fille et le renard) ; ces géologues ultra-randonneurs, obsédés par les cailloux, ces ornithos à qui poussent des ailes quand il s’agit d’observer albatros, pétrels ou manchots, ces écobios à quatre pattes et à une pince pour prélever les insectes, ce Pop carpaccio-truite… ils sont partis le cœur ému ; ils sont partis en chanson ! « Ah les cro-cro-cros, les cro-co-di-les !... » Avec la promesse de futures retrouvailles, voilà que le Marion s’éloigne… la corne de brume retentissant dans la baie comme un aurevoir !...

C’est une nouvelle période qui débute maintenant…nous ne sommes plus que 58 sur base…nous resterons le même nombre jusqu’en Avril, date de la prochaine OP. Puis la 58ème rentrera doucement dans son hivernage! Seule la météo encore clémente temporise l’échéance…les manips se multiplient pour profiter au maximum des beaux jours qu’il nous reste, et des animaux encore présents sur l’île…

Il fait bon vivre à Kerguelen !

Kerguelenement vôtre,

 

Dimanche 6 janvier 2008

Les fêtes sont terminées !... une nouvelle année commence… elle promet d’être exceptionnelle !

Kerguelen…un endroit magique ! en dehors du monde, en dehors du temps... Je regarde autour de moi…les baraquements de la base ; plus loin…la baie et ses éléphants de mer ; et plus loin encore, à l’horizon, le mont Cook enneigé… et puis…le reste du monde à des milliers de kilomètres !

Vous vous demandiez peut-être où j’avais bien pu disparaître depuis l’année dernière !... Et bien tout simplement, je m’en étais allée pêcher la truite !... 4 jours de dépaysement complet, et premier vrai contact avec la terre de Kerguelen…4 jours à crapahuter sur notre île ; finir l’année en cabane, dans un endroit grandiose comme le Val Studer ; sabrer le Champagne au sommet du Mont Crozier qui offre une vue à 360° sur l’archipel ; se baigner dans le Lac Supérieur, dans une eau à 8°C ; manger des carpaccios de truites, des truites aux amandes, des truites panées ; apprécier tous les petits cadeaux de Mère Nature y compris celui de faire tomber la neige le soir du réveillon ; découvrir un nid d’Albatros fuligineux ; et pis tout le reste du temps lancer la cuillère en vue d’une pêche miraculeuse à coup sûr !... Voilà ce que furent mes derniers jours en l’an 2007 ! et mes premiers, en l’an 2008 !...

Ci-dessous un petit album-souvenirs…

Départ pour Val Studer

Arrivée à la cabane de Val Studer, au bord du Lac Superieur

Redepart immediat pour la peche a la truite

En route pour la pêche ...

Entain de pêcher ...

Ma premiere fera 860 g…

Puis, sous l’œil vigilant d’un Skua….
… faut apprendre a dissequer pour les prelevements du Pop Truites…(désigne le jeune scientifique qui étudie la Population des truites sur Ker)

Le lendemain…ascension du Crozier !...
La meteo nous gate avec un soleil radieux, et une vue degagee ! Kerguelen te voila !

Nous finissons par un jour de l’an au champagne, foie gras et truites
…et une partie de peche a la ligne…

Voici donc enfin mes news après quelques semaines de silence ! Vous pouvez voir que tout se passe très bien ! Je m’adapte à ce nouvel environnement avec bonheur !

Il est minuit ! Le vent se met à souffler de plus en plus fort dehors…ils prévoient tempête demain !...

 

Samuker

 Vendredi 21 décembre 2007

Me revoici aux nouvelles après déjà 10 jours à Ker !...que le temps passe vite !...

J’ai bien emménagé dans mon spacieux F5 de 160 m2 avec vue sur la baie….l’hôpital ! Il est très bien équipé en jouets en tout genre…une salle de soins, un labo, une sté, une pharmacie, une salle radio, deux chambres-patients, un cabinet dentaire et…un magnifique bloc opératoire !

Nos journées avec Sam (notre Doc) ont été plus que remplies ! Grand ménage de printemps dans notre bel hôpital, réorganisation complète de la salle de soins, de sté et du labo ! Ouf ! Une bonne chose de faite pour se sentir un peu… « comme à la maison »…

Ceci ne m’a pas empêché de profiter déjà des attraits de notre station balnéaire !...avec une plongée magique parmi les « bonbons », surnom donné aux bébés éléphants de mer… qui se font régulièrement gober par les orques aux aguets… heureusement pour eux, pas d’orques dans la baie, ce qui leur assure une certaine tranquilité…hormis quand quelques humains ont décidé d’aller batifoller avec eux dans l’eau… Chose faite cette semaine !

Impressionnant de se retrouver face à eux…surtout avec le masque qui les grossit 3X !... rien à voir avec les éléphants régulièrement rencontrés sur la grève, maladroits, empotés, lents… là, dans l’eau, ce sont les rois ! Ils nous donnent le tournis, se déplacent avec une telle aisance et fluidité…curieux, ils viennent tout contre nous, regniflent nos palmes, se laissent caresser sous les nageoires… Tiens ! Un cormoran passe en apnée devant moi…il va gratter le fond à la recherche de crustacés…un autre style de nage, mais qui s’avère apparemment aussi efficace…

Après une heure de bonheur dans une eau à 8 degrés…il est temps de retourner sur terre…le cœur plein d’émotions !

Bientôt Noël que je passerai sur base !... Je vous souhaite à toutes et à tous de bonnes fêtes!

 

La Réunion

Crozet

Crozet

Kerguelen

Lundi 17 décembre 2007

Enfin des nouvelles !...

Ben oui … entre le petit séjour à La Réunion, la traversée en bateau, l’escale à Crozet, la re-traversée en bateau, mon arrivée à Kerguelen et l’OP (Opération Portuaire) de 5 jours qui s’en est suivie … pas eu le temps de m’ennuyer ! Déjà pleins d’aventures extraordinaires à vous raconter !

Et bien commençons par le début … le soleil, les plages … il fait chaud, chaud ! C’est La Réunion, histoire de prendre des couleurs avant le départ ! Chose faite suite à trois journées passées à bronzer sur place !

Arrive le grand jour ! L’embarquement sur le Marion Dufresne ! Que d’émotions quand je découvre ce bateau mythique … d’abord nous apercevons de loin la cheminée du navire tatouée « Institut Polaire - TAAF » en grand … puis la bête apparait en entier au dernier virage de l’embarcadère … magnifique ! Ca y est ! Il est là … et c’est lui … c’est bien lui qui va nous emmener loin, loin d’ici, loin du reste du monde …

Je retrouve plusieurs volontaires qui ont fait le stage à l’IPEV (Institut polaire français Paul-Emile Victor) à Brest avec moi. Mes « docs » sont là aussi : Flore, ancienne médecin de bord qui passe la relève à Marie-Anne, nouvelle médecin de bord, et Fabien, futur médecin du district d’Amsterdam. Tout le monde est très excité ! Et on se redit encore que c’est bien parti pour un an ! On ne réalise toujours pas … c’est bien le Marion Dufresne sous mes pieds … c’est bien vers les terres australes que je vais voguer d’ici quelques heures …

17H00, le départ ! Les machines se mettent en route, la passerelle est enlevée, le quai semble bouger, s’éloigner doucement de nous … puis bientôt c’est le port qui s’éloigne, puis l’île toute entière qui disparaît dans la nuit … Le train-train du bateau s’installe vite. Rapidement on prend l’habitude des heures de service des repas, des heures d’ouverture de la boutique pour acheter timbres et cartes postales, puis des heures de « tamponnage » de courriers avant chaque escale, des matinées comptage de pétrels et d’albatros autour du bateau, des heures de conférences (un coup sur les manchots, un autre coup sur l’histoire des îles, puis la responsable météo de nous présenter comment faire la pluie et le beau temps, puis le scientifique de renom de nous exposer ses prochaines manips sur nos îles …) … Pas le temps de s’ennuyer sur ce petit rafiot ! ...

Nous passons les 40e rugissants avec une houle de 10 mètres … Burp ! ...

Et après 5 jours de navigation, déjà … escale de 2 jours à Crozet ! Premier district de la rotation ! Débarquement en hélico … On retrouve notre doc Narada qui a élu domicile là-bas depuis déjà un mois ! Il est heureux comme un prince ! Mais ce qui va le plus marquer ce court séjour … notre première rencontre avec les manchots royaux ! Moment inoubliable ! On les entend d’abord … puis au détour d’une petite butte, nous voici nez-à-nez avec eux ! Ils sont là, à à peine quelques mètres … Et ils sont des centaines ! C’est la manchotière de Crozet ! Des éléphants de mer çi et là également, ainsi que des skuas, des chionis, plus loin des otaries, et au large des orques … Un foisonnement de vie au mètre-carré ! On passera des heures, parmi eux, à les admirer …

Encore 2 jours de navigation, et mercredi dernier au matin, nous voici au mouillage en face de Kerguelen, à 49°46 de latitude ! ... Il est tôt, 4h30 du matin, et au milieu d’un épais brouillard va doucement apparaitre ma première vision de Kerguelen, un bout de rocher noir fouetté par les vagues … Ca fait froid dans le dos, et en même temps c’est très excitant … que se cache-t-il au-dela ? ... A quoi ressemble vraiment cette terre sur laquelle je vais vivre pendant un an ? ... Trop tot pour le savoir … fatiguée, je retourne me coucher …

Quelle heure est-il ? Combien de temps ai-je redormi ? Vite, un coup d’œil par le hublot de ma cabine ! Et là ! Ca y est ! La voici devant moi ! Enfin te voilà Kerguelen ! Mon cœur se serre, vite, vite, sur le pont ! … La côte sud se dessine alors, déchirée, majestueuse, éblouissante mais inquiétante, et toujours mystérieuse … On doit débarquer un groupe de scientifiques qui doit faire une manip de quelques jours ici, puis nous faisons route vers Port-aux-Français plus au nord … Nous longeons la cote pendant des heures, des falaises abruptes et sombres plongeant dans l’océan … c’est une côte austère, celle que les premiers explorateurs découvrirent d’abord ! Je les imagine ces grands aventuriers débarquant ici … Quel courage ! Mais en allant plus au nord vers Port-aux-Français, le ciel se dégage, le paysage s’adoucit …

Et les baraquements de la base se distinguent bientôt au fond de la baie ! La pression monte, l’excitation aussi ! ... je vais bientôt entrer dans mon nouvel univers … Je monte dans l’hélico, je descends de l’hélico, je suis sur la Droping Zone de Kerguelen ! Samuel est là qui m’accueille ! C’est le médecin de Kerguelen, là depuis 1 mois, avec qui je vais bosser toute cette année … C’est super de le retrouver ici , à Kerguelen ! ... Et oui, je suis bien à Kerguelen bon sang ! Encore aujourd’hui, après une semaine sur base, j’ai encore du mal à réaliser … Bref, depuis une semaine, prise de transmissions avec l’ancienne infirmière, installation dans mes nouveaux appartements, premier bloc opératoire pour amputation d’un doigt, découverte des alentours et des autochtones (éléphants de mer et hivernants) … C’est pourquoi je ne vous écris que maintenant…Je suis bien fatiguée mais heureuse ! Après 5 jours d’OP, le calme est revenu sur la base, et je rentre définitivement dans mon année d’hivernage !

Voilà … c’est un petit résumé de ces 2 dernières semaines … J’espère que vous allez tous bien ! Nous sommes à + 4 heures par rapport à la France.

Aurélie