TA 58 :
58 ème Mission d'hivernage
à Dumont d'Urville, Terre Adélie, Antarctique

Les hivernants lors du séminaire à Plouzané

sur le terrain
Site de l'opération (Académie de Rennes)

Correspondance avec les écoles

Réalisez la maquette de la base
Dumont d'Urville

 

4 Décembre :

Bonjour à tous,

Il n’y aura pas de « journal de bord » de la part de la TA58 pour le mois de Novembre. En effet, l’arrivée des campagnards d’été et des nouveaux hivernants, les passations de consignes, le colisage de nos effets personnels et l’envie de profiter pleinement des derniers moments ne laisse pas beaucoup de temps morts.
L’ensemble de la TA58 espère que ce « journal» mensuel vous a permis d’entrevoir notre quotidien sur ce contient blanc. Nous vous remercions d’y avoir porté autant d’intérêt.
Je ferai en sorte de transmettre la rédaction du « journal de bord » à la TA59 au plus vite.

Cordialement,
Charline et l’ensemble de la TA58.


 

 
17 Octobre :

Le premier Adélie sur l'île des Pétrels

Une tâche noire inhabituelle dans les rochers près du radier…Après un détour pour y voir de plus près, cette tâche est finalement noire et blanche et mouvante. Il faut se rendre à l'évidence, il s'agit du premier manchot Adélie qui rentre d'un long voyage.
Après une période hivernale de migration vers les océans, les Adélie reviennent l'été sur les îles pour s'y reproduire. D'abord un, puis dix, puis cent et en moins d'une semaine l'archipel c'est trouvé complètement tachetée par ces animaux si drôles par leur démarche et leur caractère pour le moins téméraire.
Ils occupent dés à présent l'ensemble de la base et les rochers alentours, se faufilent sous les bâtiments et surtout sous les fenêtres du 42 (le dortoir). Les parades et les prises de bec pour la défense de leur nid les rendent parfois bruyant au grand damne de certains hivernants.
Pour nous, leur retour signifie que l'hiver est terminé et que la relève va arriver progressivement…

Charline GUERIN (programme « chimie de l'atmosphère »)
 

 
Fin d'hivernage de la 58ème Mission en Terre Adélie

A croire que les Adélies se donnent le mot! En effet, et c'est assez incroyable, leur arrivée coïncidant exactement avec celle des grands bipèdes, cousin éloigné du singe, j'ai nommé "l'Homme".

Il était prévu d'être sur zone à une centaine de kilomètres de la base encastré dans le pack jeudi dernier (30 Octobre), mais il le sera finalement quelques jours plus tard (dimanche) retardé par une avarie machine; L'Astrolabe à l'occasion de cette première rotation de l'année, ne sera pas visible.
L'annonce soudaine samedi soir du déchargement du navire programmé au lendemain nous a pris quelque peu de court et lorsque nous vîmes apparaitre au petit matin au loin le premier hélicoptère, et jusqu'à ce qu'il se pose devant nous, nous ressentions pour beaucoup un "p'tit quelque chose au cœur".
Apparition hautement symbolique pour nous puisque synonyme de fin d'hivernage.
Comme ça; hop d'un coup, sans prévenir comme un "cheveu sur la soupe" dira un hivernant! 24h avant nous n'en savions encore rien et là tout se terminait sur cette apparition soudaine: 1ère manifestation visible du monde extérieur depuis 8 mois; et plus encore en voyant les premières personnes mettre pied à terre sur le sol adélien.
Partagés, nous le sommes: entre regret de devoir abandonner d'un seul coup notre cocon émergeant d'un hiver profond (tranquillité, complicité, la base est à nous...) et joie de revoir enfin des gens connus ou non.

On y retrouve les campagnards d'été habitués du coin que l'on connait déjà; des scientifiques présent pour leurs programmes le temps de quelques semaines; et 2-3 futurs hivernants (assez réservés pour le moment) venus nous remplacer et vivre une aventure similaire à la nôtre.
Mais mieux encore nous recevons enfin notre courrier tant espéré (parfois en attente depuis février dernier!) et des produits frais; quel bonheur que de pouvoir croquer à pleine dents kiwis, mangues, salades et autres bananes depuis le temps que nous n'en avions plus!!
S'ensuit des rotations d'hélicoptères déposant des réserves de vivres et bagages des arrivants; auxquelles nous nous devons prendre part: la manip' classique constituant à former des chaines humaines pour se relayer les colis des hélicoptères aux véhicules puis jusqu'aux bâtiments concernés ("+4" et "-20").
Une impression de "déjà vu"? "oui"; cela interpelle plusieurs d'entre nous: cette impression d'avoir fait une manip' similaire il n'y a pas si longtemps que ça, 1 ou 2 mois peut-être, alors qu'en fait la dernière remonte au mois de février... coupé du monde, dans un paysage presque figé, le temps était comme arrêté.
Peut-être est-il entrain de reprendre son cours normal ; pour nous...

1ère ballade à la manchotière pour quelques nouveaux le soir même ... l'impression que tout cela n'est pas réel ... exactement comme nous il y a près d'un an; déjà!

Pour beaucoup d'entre nous cet hivernage, constituera une expérience extraordinaire et exceptionnelle (de par la durée, l'isolement, les paysages, ...), qui peut-être et surement demeurera la seule dans son genre de notre vie.

Daniel
 
 
25 Septembre

Naissance des premiers phoques : le premier bébé phoque vu à 7 kilomètres de Dumont d'Urville

Chaque mois nous réserve sa part de surprises et de nouveautés…

Alors que le soleil brille de tout son éclat et que Eole se repose un peu, nous partons pour une balade sur la banquise, pique-nique et boisson chaude en sac. Après avoir rempli la feuille de sécurité « sortie banquise » et appeler la radio pour annoncer notre départ, nous nous élançons sur cette grande étendue blanche parsemée d'icebergs. Des moments de discussions intenses mais aussi de silence et d'émerveillement…un sentiment de plénitude. Puis au loin, sortant de nulle part, quelques petites tâches noires s'avancent vers nous. Les manchots Empereurs sont de retour pour nourrir leur poussin.

A l'approche des icebergs qui constituent pour la plupart du temps notre objectif de balade, nous apercevons des trous au niveau des banquettes cassantes. Ces bordures fragilisées sont dues à leur mouvement induit par les courants de marrées. Et bien souvent, proche de ces failles, surgit une grosse tâche noire qui se dore au soleil. Nous savons, grâce à nos deux « ornithos », que les naissances des phoques approchent. Un petit coup de tête sur le côté, un contournement assez large de la bête pour peut être entrevoir un petit… de fait ! La neige autour de l'animal est souillée par les traces de la mise bat. Le petit sortant d'un environnement tout chaud et cosy se retrouve affalé sur la glace sans abris et sans autre repère que sa mère. Son poil est tout ébouriffé et encore mouillé. Le cordon, probablement sectionné par la mère, dépasse de la fourrure du petit. La progéniture toute neuve est collée à sa mère qu'il reconnaît à l'odeur en frottant son museau contre le sien. Il la regarde avec de grands yeux ronds et tente parfois de parvenir jusqu'aux mamelles pour avoir une tétée. Le lait riche de phoque permet au petit de gagner plusieurs kilos par jours ce qui les rend méconnaissable d'une semaine à l'autre.

Encore de belles balades en compagnie de ces jolies peluches se profilent à l'horizon…ci tant est que la banquise tienne jusque là…

Charline GUERIN (programme « chimie de l'atmosphère »)

 

Août 2008

Blizzard, vous avez dit blizzard ???


Depuis maintenant trois semaines, le rituel est immuable. Il est 19h15, le dîner à peine commencé, rentre l'exploitant météo. Les regards se tournent vers lui, certains avec une lueur d'espoir, d'autres plus inquiets parfois même agacés. Lentement, il décroche les prévisions de la veille et affiche les nouvelles. Dans un même élan le salle lui lance : "Alors ???????"….

Il faut dire que jusqu'à présent nous étions particulièrement gâtés par la météo. Froide certes, ventée parfois, mais avec de belles journées ensoleillées. Or depuis le début de ce mois d'août, la tendance s'est inversée. Nous pensions être sortis de la nuit polaire, et nous voilà rentrés dans les journées blafardes. Les dépressions succèdent aux dépressions avec une régularité de montre suisse. Chute de pression atmosphérique, neige, vent, chasse neige, congères, dégagement de congères : Fin de série, on recommence.
Mais la nature est plus forte et inexorablement, les passerelles sont avalées par le mur de neige. Certains bâtiments ressemblent de plus en plus à des igloos. Dès le matin, accéder au séjour, relève presque de l'escalade. Les sorties sont réduites au minimum, voire interdites.
Parfois la visibilité est réduite à la stricte vision de nos chaussures. Nous réalisons combien sont vitales les cordes et rambardes reliant les principaux locaux. Sans ces véritables cordons ombilicaux, plus aucune orientation n'est possible, et les quelques dizaines de mètres nous séparant d'un lieu sûr, pourraient être dramatiques. Ajoutez à ce tableau un vent moyen de 120 km/h, et vous avez le quotidien d'un Adélien au mois d'août.

Aussi pour relativiser, nous évoquons nos impériaux voisins et leur toute récente progéniture pris dans ce blizzard avec pour seule aide, leur instinct de survie. Cela force le respect, si besoin était, envers cet extraordinaire animal.
 

"Alors???????......"

"Euh…….., la dépression de 960 HPa, que nous venons de subir, va laisser la place à……….. une autre dépression de 950 HPa……..".
Ainsi va la vie au mois d'août en Terre Adélie.

En hommage à nos camarades météo, qui portent sur leurs épaules le poids de toutes ces dépressions.

Jacques Julien (GP-Télécom).

 

 

Nouvelles « fraîches »

Déjà fin Août ! De l'avis de tous, ces 2 derniers mois d'hiver austral auront filés à toute vitesse !
Et quel mois d'Août ; un véritable mois d'hiver comme nous n'en avions pas eu jusqu'à présent ; jugez-en plutôt : 21 jours de ciel couvert, 16 jours de « chasse-neige » (neige soulevée et soufflée par le vent), 16 jours de chutes de neige, et…seulement 2 jours de vrai beau temps ! Sans parler du vent qui n'a quasiment jamais cessé de souffler ; rencontrant dépression sur dépression, les sorties banquises furent donc rares et se limitèrent à d'épiques escalades d'énormes congères nous bloquant les voies d'accès aux principaux bâtiments.
C'est simple, il n'y a jamais eu autant de neige et des pans de bâtiments s'en retrouvent parfois complètement masqués.
Il ne fait pas très froid mais la température ressentie sur la peau (effet « windchill ») lors de ces tempêtes l'est beaucoup plus (avec un vent de 60Km/h ; -20°C en température réelle équivaut à -50°C en température ressentie) nous obligeant à nous couvrir chaudement (masque, bottes, cagoule, bonnet, tour du cou, gros gants, polaire,…) pour un simple trajet de quelques dizaines de secondes entre « Dortoir Hiver » et « Séjour ».
C'est ça aussi l'Antarctique ! ... et ça tombe bien parce que nous sommes aussi venu pour ça.

Du côté des poussins Empereurs ça n'a pas l'air de les déranger plus que ça puisqu'on les voit grossir à vue d'œil, que certains ne tiennent même plus sous la poche de leurs parents et qu'on en voit détaler à pleine balle au beau milieu de la manchotière poursuivis par papa-maman (voir parfois par une ruée d'autres parents !) s'inquiétant du devenir de leur petit : « et oui, car moi petit manchot, je me suis émancipé thermiquement, je n'ai plus besoin de vous à présent ».
En attendant il ne fait jamais le malin très longtemps ; « pour rappel mon poussin : il fait pas chaud chaud quand même ! »

Quand aux grands bipèdes…C'est une autre histoire !
Ils entament un tournant, lent certes mais qui les amènent inexorablement vers une fin annoncée. « 2 Mois » (à peine) est la durée qui nous mènera à cette première échéance.
Oui, car dans 2 mois l'Astrolabe sera là : nous terminerons alors notre « hivernage » à proprement parler et commencerons la campagne d'été.
Cela ne mettra certes pas un terme à notre aventure (certains d'entre nous sont encore ici pour près de 6 mois !) mais tout ce qui nous entoure nous y fait penser : nous avons reçu le calendrier des rotations de l'Astrolabe et les dates limites d'envois du courrier ; savons qui seront nos successeurs ; avons exprimé nos « desiderata » quant aux éventuelles prolongations de la campagne d'été à venir et des dates de retour ; avons entamé les recherches pour un emploi au retour, et conversons sérieusement entre « Adéliens » à propos de nos escapades post-Antarctique.
On est bien loin des après-midi plage estivale, rentrées des classes (et autres « JO » !)…

La fin approche…doucement

Nb : bonne nouvelle, le jour est de retour ! Le soleil se lève vers 8h pour se coucher aux alentours de 17h30 (ajoutez à cela : environ 1h de luminosité avant et après ces horaires). Nous aurons ainsi gagné l'équivalent de plus de 3h _ de luminosité le temps du mois d'Août ; ce n'est pas négligeable, et ma foi ça fait du bien !

Daniel Cron (2nd Centrale)

 

 

Premiers poussins Empereur

Juillet 2008 à DDU :

C'est l'hiver austral, 191 km/h de vent en rafales, -34,5°C au plus bas, des aurores plus spectaculaires les unes que les autres, les jours qui rallongent, le soleil qui éclaire les manchots pour la première fois depuis des semaines...

C'est aussi le mois des pioupious, ces nouveaux venus, des centaines de poussins de manchots empereurs qui viennent augmenter considérablement la taille de la population adélienne.

Après 2 mois au chaud sur les pattes de leur père, les poussins sont sortis de leurs oeufs. D'abord, ce sont quelques "pioupious" que l'on entend dans la colonie, puis quelques jours plus tard on aperçoit un oeuf sur le point d'éclore, que son parent regarde avec intérêt. Et enfin le voilà, un poussin, petit, frêle, chétif... Pourtant, qu'est ce qu'il chante fort !

Avec les femelles qui rentrent et les mâles qui partent, la banquise prend des airs d'autoroute en période de vacances. Certains mâles, qui jeûnent depuis 3 voire 4 mois, semblent pressés que leur femelle rentre. Ils n'ont plus que quelques jours de réserves, et devront peut-être abandonner leur petit si la femelle ne rentre pas dans les temps. Alors ils marchent dans la Vallée des Martyrs, là où la colonie de manchots empereurs s'est installée depuis plusieurs mois, s'éloignant de la colonie, en direction des femelles qui arrivent.

Les premiers poussins ont maintenant presque un mois. Ils grandissent à vue d'oeil, et bientôt ils pourront être laissés seuls par leurs parents, qui continueront à aller et venir sur la banquise pour les nourrir. Mais les pétrels géants, eux aussi de retour dans l'archipel, veillent. Les poussins faibles ou un peu trop à l'écart de la colonie auront vite fait de finir dans leur estomac. Un poussin empereur pour un poussin pétrel géant, c'est la vie Billy !

Anne-Mathilde (programme Ecophy)

 

 

Aurore australe
24 Juillet

Cadre de l'action:
Milieu de soirée/ Discussion autour du bar entre les 3-4 "pèlerins" restant de la base.

Mise en Scène:
1er Pèlerin: "Bon, je pars me coucher"
2,3 & 4ème pèlerin: "Bonne Nuiiiiiit"
(retour du 1er pèlerin 10 secondes après son départ du "Séjour")
1er Pèlerin: "Ya une aurore!"
2,3 & 4ème pèlerin (presque blasés): "Encoooore?!!"

Et hop c'est parti !

Action:

On compose le "112", numéro spécial "Aurore" qui permet d'alerter les personnes qui ont demandé à être prévenues. Ca décroche et une voix passablement endormie répond: "alloooooooo? c kiiii? Murflumblumrgh..."/ ceci 2 ou 3 fois de suite afin de réveiller tous ceux qui le veulent. Quelques uns se lèveront; les autres trop "flagada" ne feront pas l'effort; grossière erreur! S'ensuit un véritable "Branle bas de combat", chacun court s'habiller chaudement, se dégoter son matériel de photographe professionnel, et trouver LE spot idéal afin d'avoir la meilleure vue possible du paysage. L'abri "Chantal" où certains d'entre nous se rendent est sûrement l'un des endroits privilégiés afin de se livrer à cet exercice, car il constitue le point culminant de l'île tout en étant suffisamment éloigné de la base pour éviter d'être gêné par les éclairages parasites de la station. On coupe les lumières extérieures. "DDU" est totalement plongée dans le noir. Le spectacle peut alors commencer.

Et quel spectacle!

Nous en avions déjà aperçu de belles; mais celle-ci dépassa toutes nos espérances! "Immense": puisque s'étendant sur un secteur de près de 200 degrés de la pointe géodésie jusqu'au delà de la manchotière, montant très haut dans le ciel jusqu'à venir se stabiliser
au dessus de nos têtes exactement au zénith. Bonjour les torticolis! "Bluffante": par la diversité de formes s'offrant à nos yeux successivement voir en même temps parfois: un brouillard, un "2" géant, une "galaxie spirale", et ces formes "drapées" si caractéristiques que nous retrouvons souvent lors des aurores (au coeur de ces dernières, un phénomène étonnant cette fois-ci: un rayon de lumière donnant l'impression de courir à l'intérieur). La seconde caractéristique qui nous impressionna beaucoup fut sa vitesse de déplacement: rapide, très rapide, fonçant parfois sur nous comme si elle tentait de nous emporter. "Magique": car le ciel totalement pur laissait apparaitre des myriades d'étoiles, la voie lactée elle-même se dessinant nettement sur la voute céleste; ajoutez à cela quelques étoiles filantes, et une quasi absence de vent laissant entendre au loin le chant des manchots... le décor est planté.

Genèse d'un phénomène "extra"ordinaire et méconnu (ou le "komenkçamarche?"):

Une aurore est avant tout le résultat d'un phénomène électromagnétique ayant lieu et se manifestant visuellement dans la haute atmosphère terrestre (100 à 400km d'altitude). A l'origine de celle-ci: la rencontre entre le "vent solaire" (ensemble de particules électrisées libérées par le soleil) et l'enveloppe magnétique terrestre ("magnétosphère"). D'un point de vue « magnétique », la Terre est en quelque sorte assimilable à un aimant. Pareillement à ce dernier elle possède ainsi 2 « pôles magnétiques » (un Nord et un Sud) et des « lignes de champs » magnétiques partent du Pôle Sud pour rejoindre le Pôle Nord en formant des arcs de cercles invisibles autour de la Terre. Plus on s'approche des pôles, plus les lignes de champs se resserrent jusqu'à finir par se rejoindre, traverser l'atmosphère et converger vers le pôle magnétique se trouvant sous terre (dans l'hémisphère Sud, le pôle magnétique correspondant se trouve en pleine mer non loin de la base « Dumont d'Urville »).

L'ensemble des particules électrisées se propage ainsi le long des « lignes de champs » et finissent par rentrer dans l'atmosphère terrestre. Les molécules présentes à ces altitudes (oxygène et azote) vont être excitées par ces dernières et émettre de la lumière (bleue, jaune ou verte). Ici en Terre Adélie nos aurores sont toujours teintées de vert (interaction avec les molécules d'oxygène). On quantifie l'intensité lumineuse d'une aurore, en prenant à titre de comparaison une échelle allant de la luminosité de la voie lactée (pour le minima) à la clarté d'une pleine lune (pour le maxima).

Les aurores ont lieu dans les 2 hémisphères à des latitudes similaires ; en observant toutefois une fréquence maximale d'apparition du phénomène aux environ de 70°. On parlera par ailleurs ici "d'aurore australe" (par opposition aux "boréales" de l'hémisphère nord).

Daniel (2nd Centrale)

 

 

Midwinter

Du 21 Juin au 5 Juillet : célébration de la fête traditionnelle « midwinter ».

Le 21 Juin, les bases Antarctiques et sub-Antarctiques célèbrent le « midwinter's day». A l'origine, ce mot saxon désigne le solstice d'hiver. Cette fête tire son origine de la célèbre expédition britannique « National Antarctic Expedition » commandée par le lieutenant Robert Falcon Scott, lors de son premier hivernage en 1902.

Cette initiative très appréciée se généralisa progressivement à toutes les expéditions présentes en Antarctique, donnant lieu à de nombreuses festivités et à des échanges de vœux entre les différentes missions.

Cette année notre semaine festive fût tronquée pour cause de problèmes techniques.
Malgré ces petits tracas différents thèmes ont été votés pour égayer nos soirées. Sont retenus les thèmes « Bodega », « Vieille France », « Bal masqué », « Orgie romaine » et « Cabaret ».
L'organisation est à la charge de groupes d'hivernants qui se partagent les soirées et qui mettent également en place des jeux qui sont en rapport ou non avec les festivités du soir.
Tout est fait pour amuser le plus grand nombre d'entre nous ainsi les activités de l'après-midi sont placées sous le signe de la diversité. Le feu de la saint Jean, les jeux divers, le football sur la banquise, la kermesse, le concours de fausses notes… sans oublier les traditionnelles élections du 11TA (successeur du dista - chef de base - durant les festivités) ainsi que de la missTA ont réjoui et satisfait l'ensemble de la mission.

Ce fût une bonne semaine de détente dans une excellente ambiance où chacun a fait travailler son sens de l'imagination…

Charline (programme « chimie de l'atmosphère »), Daniel (2nd centrale)

 

 

Fin Juin : Quand la technique s'en mêle !

Entre le 20 et le 24 juin, au beau milieu des festivités de la Mid-Winter notre base a connu quelques petits problèmes techniques. Un défaut d'approvisionnement de la station de pompage en eau de mer nous a obligé à arrêter le système de production d'eau potable. Arrêt qui devait se prolonger un petit peu le temps de remettre les installations en configuration normale. Pour permettre à l'équipe technique de ne rien rater des soirées de la Mid, celle-ci a gentiment été décalée avec l'accord des autres hivernants.
Aujourd'hui la base a retrouvé un fonctionnement tout à fait normal et nous reconstituons doucement nos réserves d'eau.
Ces problèmes techniques ont permis de mettre en évidence le haut niveau de professionnalisme des jeunes de l'équipe technique. Daniel, Romain, Jean-Gabriel, Jérémie, Baptiste, Henri ont tous été sollicités et ont tous fait preuve d'une grande disponibilité.
Ces quelques jours ont aussi donné lieu à quelques scènes mémorables qui devraient rester dans les souvenirs de ceux qui les ont vécus.
À noter aussi, la solidarité des autres hivernants qui ont toujours été présents et qui à l'occasion ont eux aussi participé à la remise en état des installations. Qu'ils en soient encore une fois remerciés.

Thierry Morazzani

 

 

Exercice « Rescue »

28 Mai : Exercice de secours banquise

Mercredi 28 Mai vers 14h l'appel général se fait entendre dans toute la base, l'une des ornitho de DDU a fait une chute sur les rochers de Mauguen. Le temps est au brouillard, la blessure a l'air sérieuse mais pas vitale.
Aussitôt le GIE (Groupe d'Intervention Extérieur) se précipite devant l'infirmerie où l'attend Thierry le dista et Gilles le médecin. « C'est un exercice », tout le monde respire (sauf ceux qui s'en doutaient un petit peu) mais il faut tout de même aller chercher la victime.
Le matériel est rapidement rassemblé et tout le groupe se dirige au GPS vers le point de localisation donné. Après un cours trajet en chenillette et une marche courte mais rapide, la victime est retrouvée. Tout le monde avance une idée, ça bouge, ça se précipite, certains se laissent emporter par l'anxiété et la volonté de bien faire. Il est vrai que la température n'incite pas à la flânerie et la nuit arrive très vite.
Après quelques hésitations, la situation se débloque et la pauvre victime se trouve saucissonnée, conditionnée, empaquetée dans un matelas coquille au fond d'une pulka (traineau). Le retour à la base se fait au pas de charge.
Les émotions passées, un débriefing est rapidement organisé pour avoir les impressions « à chaud » des intervenants. Certes, tout ne fut pas parfait, mais les exercices servent à mettre en évidence les imperfections des gens et des systèmes. Participer à un secours n'est déjà pas facile mais en Antarctique… Quelques ajustements doivent êtres apportés, mais il faut surtout retenir la bonne volonté et la rapidité de tout le groupe. N'oublions pas qu'ici, personne n'est un professionnel de ce genre d'intervention.

Thierry M (chef centrale)

 


Le Lidar
 

Une nuit lidar à Dumont d'Urville

T7: 390°C. P4: 2.2 bars. P3...
Deux heures du matin. L'heure du relevé à la centrale électrique et de production d'eau douce. Surveillé vingt-quatre heures sur vingt-quatre, le cœur de la base est ausculté toutes les deux heures de jour comme de nuit. A l'instar des 'quarts' sur les navires au long cours, les 'quarts centrales' rythment la navigation immobile de la base à travers les tempêtes et les longs mois d'hiver.
Par temps clair, la centrale n'est pas le seul bâtiment muni de son veilleur de nuit. Tandis que, dispersés à travers la base, une batterie de capteurs sont en continu à l'écoute des grandeurs géophysiques - marées, séismes, rayonnement cosmique, champ magnétique - qui sont à la planète ce que les pressions, températures ou débits sont à la centrale électrique, le lidar et son opérateur se joignent à eux pour sonder l'atmosphère à coup de photons.
D'une ou de plusieurs longueurs d'ondes judicieusement choisies (dont l'une, à 532 nm, correspond à la couleur verte, d'où le surnom de "rayon vert" donné au lidar par les hivernants), ces derniers sont produits par deux lasers qui les propulsent, dix fois ou plus par seconde, sous forme d'impulsions lumineuses très courtes et très directionnelles vers les plus hautes couches de la stratosphère et au-delà; le peu d'entre eux qui, rétrodiffusés par des molécules, des particules ou des nuages, reviennent vers le sol après leur périple vertical de plusieurs dizaines de kilomètres et de quelques microsecondes, sont comptés un à un par des détecteurs ultra-sensibles au foyer d'un télescope. La vitesse de la lumière étant parfaitement connue, le délai mis par chacun de ces photons pour revenir à son point de départ renseigne sur l'altitude à laquelle il a interagi avec l'atmosphère.
Une nuit de mesures consiste en la répétition, sur plusieurs heures, de dizaines de milliers de tels "tirs" de photons, jusqu'à ce que la probabilité de retour des photons depuis chaque couche atmosphérique soit connue avec assez de précision pour établir un profil des propriétés de rétrodiffusion de l'atmosphère au-dessus de la base en fonction de l'altitude. Ces profils, injectés dans différents algorithmes par les scientifiques, sont traduits en termes de concentration d'ozone, de température de la haute atmosphère, et de présence de particules spécifiques ou de nuages stratosphériques polaires; autant d'informations qui serviront à suivre les évolutions à long terme et affiner les modèles physico-chimiques de l'atmosphère. Du haut de la passerelle qui mène à l'abri lidar, cette nuit, le spectacle est total dans le ciel autant que sous l'horizon. La pleine Lune accentue le rendu irréel, l'aspect fantasmagorique d'un paysage où, même en plein jour, l'œil humain éprouve le plus grand mal à estimer les distances et redresser les perspectives. Un coup d'œil vers le "rayon vert" renforce le vertige car, pointé vers le zénith, il y semble toujours accroché, quelle que soit la distance de l'observateur par rapport à sa source: comment concilier la vision de cette immense aiguille penchée qui relie l'horizon au sommet de la voûte céleste, et le fait qu'elle est pourtant très précisément verticale ? Vers le Nord, une légère aurore australe est apparue depuis quelques minutes, mais la présence de la Lune la rend difficile à distinguer. Elle ne justifie pas de composer le numéro "alerte aurore" mis en place par Cyril (le "chef géophy") pour réveiller les courageux qui souhaitent être mis au courant en cas d'aurore particulièrement intéressante. Le vent catabatique, qui s'était levé en début de soirée, faisant vibrer les bâtiments et emplissant l'espace de cristaux qui scintillent en traversant le faisceau laser, vient de s'arrêter en l'espace d'une ou deux minutes. Il connaîtra ainsi plusieurs arrêts et redémarrages brutaux au cours de la nuit. Sur le continent, d'abord révélés par la Lune puis se détachant en négatif sur les premières lueurs rose-orange du lever de Soleil, de grandes volutes de neige jusqu'à plusieurs centaines de mètres de hauteur, ou de véritables murs par endroits, matérialisent la complexité de ces phénomènes atmosphériques.
Tout à l'heure, peut-être, en allant se coucher, du vent et des étoiles plein les yeux, on croisera le veilleur de la centrale en train d'installer le petit-déjeuner, ou Lionel, le boulanger, en train de faire son pain. A ces heures intermédiaires où l'on se sent comme dans une relation privilégiée, intime avec le monde, et où la solitude accentue encore le sentiment d'isolement, les mots sont souvent échangés avec parcimonie mais aussi une sorte de complicité: celle des décalés...

Mathieu QUATREVALET (Lidar)

 

 

Le lundi à DDU

Le lundi arrive… on bouille tous d'impatience !
Et oui, ce soir c'est Twin peaks ! Mais qui a tué Laura Palmer ???
Au tableau du séjour, une petite annonce codée rappelant la projection de 2 épisodes de la série à 21h ce soir… comme tous les lundis depuis le début de l'hivernage.

On tire le grand écran blanc dans le séjour (là où on mange), les fauteuils sont amenés.
Chacun a ses petites habitudes (et beaucoup ont les charentaises aux pieds !). Au premier rang on retrouve toujours les mêmes : un, allongé avec son traversin sous la tête, deux toujours à coté partageant une couverture…
Derrière, on est assis sur des fauteuils bleus (attention tous les éléments sont importants !), avec une chaise pour poser les pieds, certains sur le côté accoudés à une table, et enfin le maître de séance tout au fond…
20h50, on est déjà tous près ! Il ne manque qu'un seul habitué du lundi soir… On l'attend… « poum », le bruit de la porte dehors, il arrive. Acclamations quand il rentre dans le séjour !

La musique résonne alors... ça commence…
Que font les hiboux ? Qui sera la prochaine victime de Windom Earle ? Andy va-t-il épater Lucy ? Léo va-il se réveiller ? Suspense… un petit cri dans la pièce, qui fait bien rire les autres !
Le 1er épisode se termine. Petite pause du milieu, clope, p'tit coin… « Ça y est, tout le monde est là, tu peux lancer la suite.»
On a déjà bien avancé dans l'intrigue… mais on commence à s'inquiéter… on va bientôt arriver au dernier épisode de la série, aura-t-on une réponse à toutes les questions ? La suite au prochain épisode…

Agent Elo-Dale Cooper

 


La parade


Manchots et oeuf

 

Premier œufs d'Empereurs

Suivant la période de pariade et d'accouplement, les Empereurs ont entamé une « gestation » de près de 3 semaines avant de pondre leur unique oeuf (premier observé le 5 Mai). Non peu fiers de montrer leur future progéniture au voisin, ils soulèvent le bourrelet de peau graisseux qui le protège et le maintient au chaud en tournant délicatement la coquille sur leurs pattes.

Commence alors une danse par laquelle le mâle se voit remettre le précieux présent de "Madame Empereur" ; tous 2 donnant l'impression de tenir en équilibre sur un fil bien mince tel des funambules; ils doivent être agiles et ne pas perdre de temps; sans cela la morsure du froid peut être fatale à la petite vie naissante. Les femelles repartent petit à petit en mer afin de se nourrir et d'assurer les réserves de nourriture pour le futur poussin. La colonie se voit donc réduite de près de la moitié de ses individus et les mâles assurent durant cette période la totalité de l'incubation. En plein jeûne, il lui faut bien du courage et nous ne pouvons nous empêcher d'avoir une petite pensée pour ce dernier lorsque que certains jours il doit braver de violentes tempêtes (150 km/h) et températures glaciales (-25°C), alors que nous sommes bien à l'abri: "Tiens bon!"

Ces vents terribles ne font d'ailleurs pas de cadeaux à ce dernier, malgré les tortues, un bon nombre d'oeufs sont à chaque fois dispersés dans la Nature. Une promesse de vie s'éteint... et met un terme à l'odyssée pour la vie entreprise par le couple qui n'a plus qu'à quitter ses congénères...dur,dur!!

Ainsi va la vie chez l'Empereur...

Charline (programme chimie de l'atmosphère) & Daniel (2nd Centrale)

 

La manchotière
 

Formation G.I.E

26 Avril : Formation pour les volontaires du Groupe d'Intervention Extérieur

Faisant suite au premier volet de la formation aux premiers secours, destinée à tous les hivernants, une formation spécifique a été mise en place pour l'équipe du G.I.E (Groupe d'Intervention Extérieur).
La première partie de ce module était orientée vers les techniques de relevage et de brancardage. Les secouristes ont ainsi pu se familiariser avec le matériel disponible sur la base (pulka, bannette, matériel d'immobilisation, …).
Le second volet, était destiné à initier le groupe à l'utilisation du matériel de progression (crampons, piolets) et aux manipulations de cordes. Ce deuxième volet s'est déroulé non loin de la base, sur ''le petit Cervin''. Il semblerait que cette partie du cursus a éveillé chez quelques uns, une passion latente pour les univers glacés.
Désormais, le groupe d'intervention dispose des bases nécessaires pour porter secours dans de bonnes conditions en cas d'accidents sur et en dehors de la base.

Thierry MORAZZANI (responsable centrale)

 

Manchots empereur

Manchotière d'empereurs

 

Impérial empereur

Les pétrels des neiges, les skuas et les manchots Adélie sont partis depuis plusieurs semaines vers le Nord, fuyant l'hiver rigoureux, le blizzard, les tempêtes et la banquise. Ils reviendront l'été prochain sur l'archipel de Pointe Géologie pour s'y reproduire. Une seule espèce animale ose affronter les basses températures et les vents violents de l'hiver austral : l'impérial manchot empereur (en plus de quelques rares hominidés bien emmitouflés, ou bien au chaud derrière une fenêtre dès que le vent souffle un peu trop fort).

Les manchots (famille des Sphéniscidés) sont des cousins des Pétrels et des Albatros, bien qu'ils ne volent pas. Sur les 17 espèces de manchots (qui vivent toutes dans l'hémisphère Sud), seules 2 se reproduisent sur les côtes Antarctiques (hors péninsule) : le manchot Adélie (l'été) et le manchot empereur (l'hiver).
Parlons des manchots empereurs justement… La population totale était estimée à 220 000 couples dans les années 90, répartis dans une cinquantaine de colonies. À Dumont d'Urville, on recense actuellement près de 3000 couples.

Quelques données sur les empereurs :
Ces grands oiseaux (ils mesurent un mètre) se reproduisent tous les ans en pondant un unique oeuf au mois de mai, après une période de pariade et d'accouplement durant le mois d'avril. C'est le mâle qui assure la totalité de l'incubation de l'oeuf (65 jours) pendant que la femelle part en mer se nourrir jusqu'au mois de juillet. Le poussin est thermiquement indépendant de ses parents à partir du mois d'août. Il est nourri par ses deux parents jusqu'au mois de décembre, date à laquelle il partira en mer pour ne revenir sur la colonie que quelques années plus tard (les empereurs sont mâtures à l'âge de 5 ans, et les premiers retours sur la colonie se font dès l'âge de 4 ans). Les empereurs peuvent vivre jusqu'à une trentaine d'années.
Ils plongent pour pêcher du krill et des petits céphalopodes jusqu'à 50 mètres de profondeur en moyenne, pendant 15 à 20 minutes (record enregistré à plus de 500 mètres).

Les mâles et les femelles ont un chant différent (le chant de la femelle est plus saccadé), ils sont aussi distinguables au début de la saison de reproduction par leur poids, les mâles pesant 40 à 45kg alors que les femelles n'en font que 30 en moyenne.

Ces oiseaux de l'extrême sont parfaitement adaptés au milieu dans lequel ils vivent. Leur plumage en "double couche", avec une coque externe pour l'isolation mécanique et du duvet pour l'isolation thermique, leur permet de minimiser leur consommation d'énergie : ils ont un métabolisme minimal à une température de -10°C (25°C pour un homme nu). Le comportement de « thermorégulation sociale » mieux connu sous le nom de "tortue" (les manchots se serrent les uns aux autres) est également source d'économies d'énergie quand les températures sont basses et les vents forts. Une tortue dure en moyenne 1h30 à 2 heures, elle se disloque alors que les températures en son cœur peuvent atteindre 37°C.

La colonie de manchots empereurs de Dumont d'Urville fait partie d'une Aire Spécialement Protégée de l'Antarctique (ASPA n°120). L'accès à la colonie et l'approche des manchots sont restreints à des travaux scientifiques soumis à autorisation. Mais les empereurs sont curieux, il est fréquent de voir des petits groupes s'approcher à quelques mètres de nous, nous invitant à les observer d'un peu plus près. Qui a dit que la curiosité était un vilain défaut ?

Anne-Mathilde THIERRY (biologiste - programme 137/Ecophy) / Charline GUERIN (programme chimie de l'atmosphère)

 

Pétrel géant

 

 

Poussin de pétrel géant

 

Bagage des poussins Pétrel Géant

18 Avril : Manip' de bagage de poussins Pétrel Géant sur l'île Rostand

Au petit matin, profitant (enfin!) de l'ouverture de la banquise, les ornithologues partirent accompagnés d'un petit groupe (composé de quelques heureux élus tirés au sort le soir précédent) afin de tenter d'approcher le trop légendaire "Pétrel Géant Antarctique" (ha bon, vous ne connaissiez pas?!!).
Moment symbolique que ce premier pas posé sur la glace ouvrant la perspective à d'interminables "odyssées polaires hivernales" (amen!) à venir ; il faut dire que nous commencions à tourner en rond sur notre petite île de quelques centaines de mètres carré, & depuis le temps que nous la voyions autour de nous à portée de pied, ça devenait frustrant!
Nous inaugurions de par là même & de bien belle façon la banquise...

Sur le chemin nous croiserons une colonne de manchots Empereurs devant lesquels nous resterons le temps de quelques minutes figés, silencieux, à les observer défiler...
Décidément "magiques" ces voyageurs...

Cette manip' (entendez par "manip'" toute action physique entreprise pour effectuer une tâche concrète ici à DDU!) a lieu une fois par an et ne pouvait être entreprise auparavant car elle nécessite de se déplacer sur une île voisine à la nôtre: "Rostand"; d'où la tant attendue "Ouverture banquise"! Cette île nous est pratiquement interdite toute l'année, car il y réside un hôte de marque : le fameux "Pétrel Géant", une espèce protégée d'oiseau en déclin sur l'ensemble du continent Antarctique, qui ne s'absente que de fin Mai à mi-Juillet; à Pointe Géologie il n'en vit plus qu'une quinzaine de couples.
La restriction du nombre de personnes du groupe associée à l'approche discrète & audacieuse (digne des meilleurs tacticiens et stratèges de guerre!) entreprise par les "ornithos" sont autant de facteurs à prendre en compte afin de les perturber du moins possible dans leur environnement.

En dehors du nombre relativement peu élevé d'individus de son espèce, sa caractéristique principale est bien entendu sa taille; il est grand; très grand même, puisqu'il rivalise avec certains albatros au vu de son impressionnante envergure (1,5 à 2 mètres!). Une autre caractéristique (bien moins valorisante en revanche) est "parait-il" (car nous n'aurons heureusement pas eu l'occasion de le constater) sa fâcheuse tendance à régurgiter un flot important & odorant de nourriture en partie dégradée en cas de gros stress.

Arrivés au sommet, le paysage qui s'offre alors à nous est "de toute beauté": le glacier de l'Astrolabe à gauche, la manchotière à droite, et entre les deux: des nids, poussins et adultes en vol. Nous voyons enfin la manchotière de près pour la première fois... ils sont nombreux... quasiment tous déjà réunis prêts à affronter l'hiver... et non loin, la cabane qui a servi à l'équipe de tournage du film "La Marche de l'Empereur".

Les quelques poussins Pétrels restant, nés il y a de cela plusieurs semaines, sont déjà très gros (c'est impressionnant!) & ont une démarche dégingandée assez comique il faut le dire ; ils râleront certes un peu mais la manip' se déroulera vite & bien : les 3 poussins se laisseront attraper et baguer sans difficultés.
Un petit thé dehors pour finir face à l'océan glacé, histoire de fêter l'événement; car mine de rien ces Pétrels Géants étaient aussi une première pour nos ornithologues!

Daniel CRON (2nd Centrale)

 

 

Ouverture banquise

18 Avril : Ouverture officiel de la banquise

Elle s'est fait attendre, plusieurs fois elle nous a trompés. Déjà à la mi-mars l'espoir naissait à la suite d'une froide semaine mais tous ses efforts ont été vains à cause des douces températures de ce début de mois. Les quelques chutes de neige auraient pu avoir raison de sa motivation, recouverte d'un épais manteau blanc elle se retrouvait isolée du froid. Et pourtant, centimètre après centimètre elle s'est formée.
Le 17 Avril, une petite équipe de trois personnes décide de l'affronter au niveau du Pré et de l'île Rostand. Armés d'une foreuse, ils vont la cribler de trous, la sonder sur toute sa surface, prendre son pouls. Nous sommes alors tous à l'écoute de nos VHF pour suivre l'évolution de cette expédition. La sentence ne se fait pas attendre, le 18 Avril la banquise est déclaré ouverte.
Mais elle ne se laisse pas apprivoiser comme ça cette banquise. Las de tous ces sondages elle tentera d'engloutir discrètement notre foreur derrière l'île Bernard dès le lendemain. Elle n'aura que ses jambes, mais la piqûre de rappel est bien vive et nombreux sont les pièges qu'elle nous tendra au fil de l'hiver.
En cette fin de mois, le périmètre ne cesse plus de s'agrandir, cap Prud'homme est de nouveau accessible à pied et cela pour la première fois depuis le 25 Décembre dernier.

 

 

Communication avec la station de Concordia

Lundi 07 avril/ 18h00 - Vacation radio entre la base Dumont d'Urville et la station franco-italienne de Concordia

Dehors il fait presque nuit, le vent glacial hurle à coup de rafales déchirées par les drisses des mâts d'antennes et siffle en forçant le passage dans les ouvertures de la GP-Radio. A l'intérieur, règne une ambiance particulière. Nous sommes plusieurs, silencieux, le regard tourné vers le matériel radio, comme s'il s'agissait d'un chapeau de magicien d'où sortirait un quelconque lapin. A la baguette magique, enfin au micro, Florent notre radio, tente d'ajuster la réception.
Le bruit du vent est couvert par les parasites reçus, lorsque tout à coup, au milieu de cette "soupe", surgissent quelques mots d'une voix métallique et saccadée :
"Dumont d'Urville ici Concordia, comment me recevez vous?". Florent, s'empresse de répondre non sans émotion, partagée par tous, au vue des regards et des sourires que nous échangeons. Au delà de ces quelques mots banals, nous venons briser par la voix, l'isolement commun à nos deux stations. 1200 kilomètres de glace nous séparent de nos voisins polaires. Le simple fait d'entendre et de parler à d'autres personnes qui comme nous sont ici en Antarctique, isolées de tout, c'est un peu se payer le luxe d'un voyage virtuel à travers les ondes. La voix de Jean-François, le chef de la station franco-italienne, déformée par la propagation, ajoute un côté surréaliste et très rétro à l'opération. L'émotion passée, les questions fusent sur le moral, l'ambiance, la température pour nous et l'état de la banquise, l'arrivée des Empereurs pour eux.
Mais la technologie radio, qui plus est sous ces latitudes, n'étant pas la technologie satellite, la qualité de transmission se dégrade rapidement. Il est temps de prendre congé, non sans se promettre d'autres rendez-vous hebdomadaires. Thierry, notre chef de district, propose même pour agrémenter la chose, de partager ainsi une partie d'échec, le tout à plus de mille kilomètres de distance.
Le pari lancé, nous refermons la porte de notre isolement, et … à lundi Concordia.

Jacques/GP-Télécom.

 

 

Grand rangement

4 Mars
: Rangement du séjour et du dortoir hiver

Afin que la vie sur la base soit la plus agréable possible et que chacun se sente chez soi, un rangement collectif du « séjour » et du « 42 » (dortoir hiver) a été organisé. Au programme, tri et classement des jeux, films, revues et livres, rangement du mobilier désormais inutile, réorganisation des lieux…

Charline GUERIN (Programme chimie de l'atmosphère)

 

Formation médicale/ Formation Secouriste Sauveteur du Travail (SST)

Mi- Mars : dispense d'une formation médicale et de secourisme

Mi-mars, durant 6 demi-journées, nous avons reçu une formation aux premiers secours (Secouriste Sauveteur du Travail). Si cette formation revêt déjà une importance non négligeable « en France », ici elle s'impose comme une évidence. Ne pouvant bénéficier des mêmes moyens d'urgence qu'ailleurs, il est important que chacun sache porter secours de manière efficace.
Supervisée par Gilles (le doc) nous avons passé en revue les différents gestes qui peuvent sauver une vie. C'est sous la forme de cas concrets où nous étions à tour de rôle victime et sauveteur que nous avons exploré les différents types d'accidents possibles.
La dernière demi-journée était consacrée aux atteintes liées aux gelures et à l'hypothermie, risque majeur ici.
Une formation plus technique sera prochainement organisée pour les Groupes d'Intervention Extérieur.

Thierry MORAZZANI (Chef centrale)

 

Commémoration dernier poilu

17 Mars : Hommage national aux combattants de la première guerre mondiale

A la demande du président de la république, un hommage a été rendu à l'ensemble des combattants de la première guerre mondiale à l'occasion des obsèques de Monsieur Lazare PONTICELLI, dernier survivant des combattants français de 1914-1918. L'ensemble des hivernants de la base Dumont d'Urville a participé à cet appel. Une minute de silence a été observée au pied du drapeau français mis en berne.

Charline GUERIN (Programme chimie de l'atmosphère)

 

Manchots Empereur

Arrivée des Empereurs !

Deuxième quinzaine de mars : Les manchots Empereurs arrivent progressivement

Alors que le cycle de reproduction de la majorité des animaux (phoques, manchots Adélie & autres oiseaux) présents ici durant l'été touche à sa fin, ceux-ci prennent part à une longue migration vers des contrées aux conditions climatiques plus clémentes; tous, sauf un qui - à l'inverse des autres - l'entame : *Mesdames & Messieurs je vous prie de bien vouloir applaudir "chaleureusement" à 2 ailerons notre très respectable & impérial ami bicolore hautement symbolique en cette contrée qui est la nôtre : Monsieur le Manchot Empereur!!*
Révélation d'une des plus remarquables adaptations à l'environnement de la Planète puisqu'il vient donner la vie dans des conditions des plus hostiles au beau milieu de l'hiver!
Nous assistons ainsi depuis plusieurs semaines à un spectacle que nous attendions tous avec impatience depuis quelques temps...La "Première Marche de L'Empereur"!
Ils arrivent en effet régulièrement par petits groupes de quelques dizaines d'individus se dandinant à qui "mieux-mieux", se déplaçant en marchant ou en "tobogganant" (glisser sur le ventre, terme un peu barbare j'en conviens, mais oh combien rentable à placer dans un scrabble entre amis). Quelle dignité, quelle « majestuosité »! Tout réside dans sa nonchalance et sa manière de se déplacer… à l'opposé totale de l'Adélie dont le comportement frise l'anarchie! (et vas-y que je cours dans tous les sens ; et vas y que je mette une tarte au voisin!).
Silencieux, imperturbables, ils suivent un chemin connu d'eux seuls; d'une année à l'autre le paysage glacé a beau changer, ils savent exactement l'endroit précis où tourner, la direction à prendre... mais comment font-ils? C'est un mystère! Tout aussi insolvable que celui qui les amène un beau jour à se dire "Tiens! Ne serait-il pas grand temps de partir rejoindre mes compagnons de route qui m'attendent à tel endroit à telle heure?!!".
L'Homme ne peut-être que fasciné à l'égard de cet extraordinaire animal qui vit en parfaite symbiose avec son environnement.
Ces derniers terminent leur périple non loin de notre base (à quelques centaines de mètres) sur la glace de mer nouvellement formée entre les îles "Rostand" et "Le Mauguen" ; la manchotière prend forme petit à petit (prémices d'un long hiver) comptabilisant pour le moment quelques centaines d'individus seulement, mais qui devrait en totaliser près de 6000 au plus fort de son expansion! Ajouter à cela la formation des premières tortues... et bien ma foi ça fait bizarre! Car il n'y a pas si longtemps de ça, à notre arrivée ici, nous voyions (par chance & pour notre plus grand bonheur) les dernières bribes de ce que fut la grande manchotière de l'année dernière!
Une impression de "déjà vu"... pourtant un nouveau cycle commence... & notre présence ici, si éphémère soit-elle, au vu de ce ballet séculaire...

Moments magiques que ces "instantanés" de vie que nous cherchons à "capter" au moyen de nos appareils, attendant dans le vent allongé entre deux rochers, les doigts sérieusement endoloris par le froid...

17h30: tiens donc, justement en voilà un... heureux hasard! J'ai dû abandonner la rédaction de cet article le temps de courir en haut d'un sommet pour observer la plus longue "caravane" que nous ayons eu depuis notre arrivée...278 petites tâches noires bravant vent et froid... autant de promesses de vie...
("2 fois moins" me feront surement remarquer certains…)

Par bonheur pour eux, ils n'ont pas à marcher des jours durant pour le moment, car la formation de la banquise n'en est qu'à ses débuts; nous empêchant de par la même de quitter notre île...patience patience...

A l'Empereur...

Daniel -alias "Le Jeune Padawan"- (2nd Centrale)

 

Départ R4

Mercredi 27 février : début de l'hivernage

Sans aucun doute ce jour restera gravé dans la tête des 24 chanceux que nous sommes. Ce jour que beaucoup attendent depuis plusieurs mois c'est le vrai début de « l'aventure ». Enfin seuls !... au bout du monde.
Certes un peu triste de voir partir ceux avec qui nous avons partagés ces premiers moments en Antarctique mais si heureux de pouvoir enfin prendre possession des lieux et vivre cette belle expérience. L'Astrolabe quitte son quai et s'attarde quelque temps en face de la croix Prud'homme pour attendre les derniers irréductibles campagnards d'été. Enfin, il prend la direction du nord, laissant derrière lui l'île des pétrels et les 24 hivernants qui en ont déjà pris possession. Le temps est venu de ranger banderoles, klaxons et trompette pour jouer une autre partition. Elle durera huit mois et chacun des musiciens aura à cœur d'éviter les fausses notes sous la direction de notre chef Thierry. Gérald et Jérémie seront à la technique, Thierry et Daniel à la production, Elodie et Anne-Mathilde aux manchots à cou lisse, Jean-Gabriel au saxophone, Gilles à la trompette, Matthieu aux lumières, Luc au vibraphone, Jacques et Florent à la communication, Joseph, Régis et Denis aux instruments à vent, Jean-Luc au piano, Lionel aux baguettes et à la batterie, Charline, Romain et Baptiste à la guitare, Henri à la grosse caisse, Cyril au clavier et Denis aux effets spéciaux. Sans oublier bien sûr ce brave Yuki au cor de chasse.
Tout est en place pour que cet hivernage soit harmonieux. Le spectacle peut commencer…

Gilles CHANET (Médecin)

 

Opération « base propre »

Mardi 19 février : nettoyage de la base

Le beau temps étant notre allié depuis le début de l'été, nous avons entrepris un nettoyage de la base. Autant dire que ce n'est pas du luxe car il y a deux ans que cela n'a pas été fait.
Plusieurs groupes organisés sont dispatchés dans tous les endroits de la base afin de traquer le moindre petit déchet.
Une discipline et une organisation sans faille ont fait que cette journée a été un franc succès.
Une fois la collecte achevée les détritus ont été embarqués sur l'Astrolabe. Ils vont être acheminés jusqu'en France où ils vont suivre un programme de traitement.

Lionel MOREL (Boulanger)

 

Inauguration de la plaque commémorative en hommage à Gérard Mégie

Samedi 9 février a été inaugurée une plaque commémorative en hommage à Gérard MEGIE (1er Juin 1946 - 5 Juin 2004).

Président du CNRS, membre de l'Académie des Sciences, membre de l'Institut Universitaire de France, fondateur de l'Institut Pierre-Simon Laplace des Sciences de l'Environnement Global, chevalier de l'Ordre du Mérite en 1990 et chevalier de l'Ordre National de la Légion d'Honneur en 2001, Gérard MEGIE a porté ses recherches sur les équilibres physiques et chimiques de l'atmosphère terrestre. Après avoir étudié l'origine des espèces métalliques dans la haute atmosphère, il s'est intéressé au problème de l'évolution de la couche d'ozone stratosphérique sous l'influence des activités humaines. Ses principaux travaux concernaient le développement de méthodes de mesures originales des variables atmosphériques par sondage laser et la modélisation de la variabilité naturelle de l'ozone et de son évolution sous l'influence des activités humaines.
C'est grâce à sa volonté que la station lidar qui existe en Terre Adélie a pu voir le jour. Le lidar pour la mesure des particules, au fameux rayon vert, installé à Dumont d'Urville en 1989, est le tout premier à avoir fonctionné en routine sur le continent Antarctique, pendant près de deux décennies. Quant au lidar ozone, implanté en 1991, il est le seul et unique à avoir été mis en œuvre au-delà du cercle polaire austral.

Charline GUERIN (Programme chimie atmosphérique)

 

Eclipse

Jeudi 7 février : éclipse de soleil

Les météos nous ont prévenus hier soir : il leur a été demandé d'effectuer le lendemain un sondage ozone afin d'évaluer l'influence de l'éclipse sur ce paramètre. Ainsi, une éclipse est donc prévue pour le 7 février à 13h30 (3h30 TU). Cette éclipse est annoncée comme annulaire, mais nous sommes trop au nord pour avoir la totalité. Nous verrons la lune grignoter le haut du disque solaire. Même au pôle sud, la totalité n'est pas visible, et nul part ailleurs qu'en Antarctique et dans l'extrême sud de l'Océanie ce phénomène n'est observable.
Aujourd'hui, nous nous sommes donc retrouvés après le repas sur le toit de géophy, couverture de survie sur les objectifs d'appareils photo (c'est assez efficace comme filtre pour la photo) et verres de soudeur devant les yeux. Même si l'éclipse n'était que partielle, c'est quand même une chance assez exceptionnelle que de pouvoir observer ce phénomène en un lieu aussi insolite.

Denis COTTEROT (Programme chimie atmosphérique)

 

On l'a fait !!!!!!!!!!

Dimanche 2 Février : baignade

Par un dimanche après-midi ensoleillé nous avons fait quelques brasses expresses dans l'océan austral qui est alors à -1°C ! On sort les maillots, les serviettes de plage : ambiance vacances…Rien de plus vivifiant qu'un bain avec pour fond d'écran les icebergs et les manchots qui sautent !
Certains hésitent, d'autres se lancent à l'eau sans appréhension. Le temps de la petite trempette fluctue selon la témérité et le courage des baigneurs mais tous ont un sentiment commun à la sortie de l'eau. Elle est vraiment très froide !!

Charline GUERIN (Programme chimie atmosphérique)

 

 

Tempête

Tempête

 

Mercredi 30 janvier 2008

Bonjour à tous !

Après notre premier cours d' « aide médicale » hier nous avons enchaîné par un cas concret !!! Avant-hier un marin pêcheur chilien s'est arraché le pouce avec un chaland à 200 miles nautiques de DDU. Il a été débarqué hier soir sur la base afin qu'on réalise les premiers soins. Malheureusement nous n'avions pas grand-chose à faire : son pouce a été littéralement arraché jusqu'en dessous de sa première articulation. Je vous épargne les détails concernant le descriptif de la blessure c'était une vraie boucherie ! La première question que l'homme a posée en arrivant était de savoir si on pourrait lui greffer son pouce.il n'a pas dû mesurer l'ampleur de l'accident et ce sera probablement la main qu'il faudra lui couper ! Le manque de désinfection sur la bateau aura probablement raison de son membre. Il va être rapatrié par avion en Nouvelle-Zélande d'ici peu. Nous avons tous pris conscience par cet accident de l'importance des papiers que l'on a signé à Brest concernant la décharge du médecin au cas où quelque chose nous arriverait cet hiver sur la base !

Autre nouvelles un peu en vrac et plus gaie : il neige et nous avons eu notre premier coup de vent à 130km/h avant-hier ! Nous sommes bel et bien en Antarctique ça fait plaisir. La nuit commence à se faire sentir même s'il ne s'agit que de quelques heures. Les poussins Adélie commencent à muer ; ils vont bientôt partir.

Je pense bien à vous !
Charline

PS : Si vous avez un peu de temps tous les mois, allez jeter un oeil sur le site de l'IPEV et de l'API, nous écrirons une chronique mensuelle. Il parait qu'un lien va être fait entre le site de l'IPEV et le site de l'académie de Rennes où toutes les questions que les enfants me posent ainsi que mes réponses seront inscrites.

 

Mardi 22 janvier 2008

Le retour de la rotation R3 de l'Astrolabe pour Hobart est imminent !
L'ambiance est lourde … très lourde à bord et à quai. Beaucoup d'hivernants de la mission TA 57 sont maintenant sur le bateau pour un départ sans retour. Cela ne fait qu'une quarantaine de jours que nous sommes arrivés et pourtant leur départ nous affecte tous, particulièrement les hivernants restants de la TA 57 qui voient leur équipe se réduire progressivement. Six semaines de vie commune dans ce monde isolé qui est le nôtre où tous les moments de la journée ou de la soirée sont partagés. Ce rythme de vie tellement particulier et tellement difficile à décrire décuple l'intensité des relations. Après quelques heures de longue attente d'une accalmie du vent, le bateau maintenant s'éloigne du quai en vrombissant sa sirène en guise d'au revoir. Dur moment, beaucoup d'émotions et de nostalgie.

Orques

 

Vendredi 18 janvier 2008

Hier, des orques…
Alors que j'étais descendue passer un peu de temps avec les phoques sur la maigre banquise restante, des orques sont au loin ! Quel spectacle magnifique à quelques mètres seulement de moi. C'est un couple, le mâle avec son aileron très haut bien caractéristique et la femelle à peine moins imposante que son partenaire. Ils viennent en surface prendre trois ou quatre bouffées d'air puis plongent plusieurs longues minutes!
Ils sont tout près et les pétrels géants, les skuas, les pétrels des neiges, les damiers du cap les survolent pour récupérer les restes de leurs pêches. Il est 23 h et le soleil commence à se cacher derrière le continent. Les couleurs rosissantes effleurent la surface de l'eau qui commence progressivement à geler en forme de " pancakes ". Tout est paisible, tout est lent, c'est une harmonie de couleurs, de formes et de vie. Ce fut un grand moment qui me laisse encore sous l'effet de l'intensité.

Manchots & icebergs

 

Mardi 15 janvier 2008

La banquise a désormais complètement disparue ! Il a suffit d'une nuit à 40 km/h de vent pour que toute la fine couche de glace encore existante disparaisse. Nous sommes donc maintenant complètement entourés d'eau libre et le nom d' " île " des pétrels, où nous résidons, retrouve toute sa dimension.
Les phoques se réfugient sur la maigre banquette de glace qui subsiste autour des rochers. Hier on pouvait en apercevoir de la base une vingtaine qui se dorait au soleil. Soleil qui ne nous quitte plus… Le ciel et la mer se mélangent, on ne peut distinguer l'horizon ; seuls les icebergs et leur reflet permettent de le deviner.
Si le paradis existe, je crois que nous y sommes !

Manchots & icebergs

 

Jeudi 10 janvier 2008

Bonjour à tous !

J'espère que la nouvelle année démarre comme vous le voulez ! Ici la banquise fond de jour en jour et les poussins Adélie grandissent à vue d'œil. Il fait un temps magnifique depuis plus d'un mois maintenant (c'est du jamais vu) et les couleurs du soleil de minuit sont splendides.
L'Astrolabe est pour le moment à quai, il devrait partir dans la journée pour une campagne océanographique ICOTA d'une semaine environ. Le travail ne diminue pas mais l'ambiance est excellente et le cadre de vie tellement magique…

Bonne Année

Icebergs

Poussin Adélie

Un couple de manchots Adélie avec leur poussin d'un jour ! Cette photo a été prise au pied du bâtiment où l'on mange le 19 décembre.

 

Mercredi 26 décembre 2007

Le manchot Adélie est un oiseau vivant exclusivement au pôle Sud, particulièrement en Terre Adélie (38 000 couples sont actuellement recensés). Ces petits animaux de 60cm et pesant 5 kilos occupent l'ensemble de l'île des pétrels y compris la base où nous vivons, ils nichent même sous les bâtiments sur pilotis ! Pour se déplacer deux stratégies sont employées : soit ils marchent debout sur leurs pattes en s'appuyant sur leur queue extrêmement rigide, soit ils tombent sur le ventre et glissent sur la neige en se poussant comme s'ils faisaient de la luge !!! Ils sont très rapides et extrêmement agiles ce qui leur permet de monter très haut sur les rochers ou les blocs de glace.
En ce moment ils font un bruit d'enfer car c'est la période où les mâles retrouvent leur femelle pour couver leurs petits. Deux œufs par ponte sont le plus souvent observés. Après une incubation d'un mois dans un nid constitué de petits cailloux, les premiers ont éclos il y a quelques jours. Ils sont minuscules et tout duveteux !
D'après le suivi des Adélie qui est réalisé en partie sur la base de Dumont d'Urville, l'estimation de leur longévité est d'environ 40 ans.



Phoques

 

Jeudi 20 décembre 2007

Joyeux Noël à vous tous et excellente nouvelle année.
Que 2008 vous permette de réaliser quelques uns de vos rêves comme c'est le cas pour moi et les hivernants qui m'accompagnent. Allez jusqu'au bout de vos projets, ne laissez rien au hasard et comme le dit si bien St Exupéry " Fais de ta vie un rêve et de ce rêve une réalité ".

L'Astrolabe

Manchot Adélie

Vendredi 14 décembre 2007

Cher tous !!!

C'est avec un grand plaisir et une joie immense que je vous envoie mes premières nouvelles du continent Antarctique !
Ce lieu est l'un des seuls au monde où le temps de voyage pour y parvenir excède 24 heures. Il nous a fallu au total 10 jours pour poser le pied sur ces terres soit 23 heures d'avion + 11 heures d'escale entre Paris et Hobart en passant par Hong Kong et Sydney et 7 jours de mer sur le fameux Astrolabe. Malgré une mer très calme la gîte du bateau a eu raison de moi pendant 2 jours mais qu'importe, les paysages étaient tellement magnifiques…
La banquise a eu la bonne idée de nous attendre, et suite à un détour par " Mawsons Huts " pour déposer des australiens, nous avons eu la chance de naviguer au milieu des icebergs et du pack pendant plus de 2 jours. Les alternances glace/ eau libre, les variations de formes et de volumes, les nuances de couleurs avec le soleil de minuit, les animaux (orques, pétrels géants, pétrels des neiges, pétrels de Wilson, skuas, phoques, manchots Adélie, manchots empereur, …) tout ceci a composé un panorama absolument fabuleux.
Nous avons débarqué hier en fin d'après-midi par hélico étant donné qu'il reste environ 15 km de pack ; le bateau n'a donc pas le champ libre pour accoster. Le survol en rase-motte des icebergs avec décrochage a aussi été un moment très fort du voyage d'autant plus qu'il a constitué les derniers instants avant que le rêve ne se réalise enfin !
Tous les hivernants sortants nous ont réservé un accueil inattendu (dans le bon sens) ! Puis une visite rapide de la base a suivi histoire de positionner les bâtiments les uns par rapport aux autres et de repérer notre lieu de travail.
Aujourd'hui premier jour ; une nouvelle vie commence dans un autre monde. Il fait un soleil resplendissant, la banquise est toujours présente et nous venons de faire notre première rando blanche ! Excusez moi pour le manque de détails mais je crois qu'aucun mot ne peut être à la hauteur de la beauté des paysages. Demain le travail sera intense je vais donc m'arrêter là pour aujourd'hui.