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Lundi 6 décembre :

Un hiver en Antarctique ne ressemble à aucun autre sur la planète.
Ici, en Terre Adélie, le cœur de l'hiver dure six mois, d'avril et septembre, durant lesquels les températures moyennes tournent autour de –17°C. En 2010, nous avons connu un hiver particulièrement froid, plus d'un degré sous la moyenne. Le thermomètre est descendu quasiment un jour sur deux sous les –20°C, 27 fois sous les –25°C et 3 fois sous les –30°C, avec notamment –32,5°C le 14 août et –34,1°C le 07 septembre. Certes, ces valeurs ne feront pas frémir nos lecteurs Québécois ou Moscovites, mais ces températures ne seraient pas grand chose sans leur allié : le vent.

Nous sommes en effet situés à la rencontre de deux des phénomènes météorologiques occasionnant le plus de vent sur Terre :
les terribles tempêtes prenant naissance dans l'océan Austral, dont les caractéristiques sont très similaires à celles frappant l'Ouest de la France en hiver – hormis peut-être leur intensité dépassant régulièrement les forces 10 à 12 sur l'échelle de Beaufort ;
les vents catabatiques, spécificité des grandes étendues glacées. Il s'agit de coulées d'air glacé en provenance du continent. Le mécanisme en est le suivant. Principalement en hiver, la surface glacée du continent se refroidit par rayonnement. Il se forme alors une couche d'air froide et donc très dense au contact du continent qui, quand les conditions sont favorables, va "tomber" et accélérer le long des pentes du continent (qui atteignent ici environ 5% sur plusieurs dizaines de kilomètres) pour atteindre régulièrement plus de 130 à 150 km/h à son arrivée au niveau de la mer. Une des caractéristiques les plus spectaculaires de ce phénomène est l'extrême soudaineté de son déclenchement et de son arrêt. A titre d'exemple, le 16 octobre, alors que le vent soufflait autour de 40 km/h, une bourrasque ayant duré environ 2 secondes a dépassé les 110 km/h !

Pour revenir à l'hiver 2010, nous avons dès début avril été mis dans le bain avec deux bonnes tempêtes en provenance du large (le 02 et le 27) avec respectivement 180 km/h et 162 km/h.
En juin et juillet, c'est le vent catabatique qui a dominé : 173 km/h le 06 juin, 133 km/h le 29 juin, 134 km/h le 10 juillet, 149 km/h le 13.
Les mois d'août et septembre ont été marqués par de très fortes chutes de neige. Du 19 au 22 août notamment, par un vent soufflant autour de 80 à 100 km/h, il est tombé plus d'un mètre de neige fraîche, ce qui a provoqué l'apparition en maints endroits sur la base de congères de plusieurs mètres de haut, rendant les déplacements d'un bâtiment à l'autre particulièrement difficiles.
En octobre enfin, à la sortie de l'hiver, nous avons essuyé de nombreuses tempêtes, le plus souvent accompagnées de fortes chutes de neige : 161 km/h le 07, 148 km/h le 14, 169 km/h le 24, 133 km/h le 27, 158 km/h le 29.
On pourra également noter que cet hiver aura vu deux des 12 dépressions les plus creuses jamais connues à Dumont d'Urville depuis plus de 50 ans : les 11 septembre et 24 octobre, le baromètre est tombé à des niveaux record : respectivement 942,7 hPa et 943,1 hPa en pression réduite au niveau de la mer, soit 707 mm de mercure !

Comme mentionné plus haut, c'est bien l'association de températures basses et du vent qui fait que la vie en Terre Adélie est si rude – non pas tant pour nous autres bien abrités dans les bâtiments de la base que pour les animaux. Une seule espèce d'ailleurs s'y est adapté : le manchot Empereur. A titre d'exemple, le 1er août, par –26°C et 70 km/h de vent, la température ressentie est descendue à –59°C. Nous pouvons je pense tous témoigner du fait que la sensation glaciale du vent n'a rien de virtuelle et qu'il est nécessaire de faire preuve du plus grand sérieux au moment de s'équiper pour sortir, sous peine de gelures quasi-immédiates et autres désagréments.

Désormais, c'est l'été Adélien qui nous attend, avec un temps très nettement différent : des températures comprises globalement entre –10 et +3°C, des tempêtes moins fréquentes et un Soleil beaucoup plus généreux.

Jean-Baptiste

  
Bien des choses se sont passées depuis notre dernier message sur notre blog!
Mais je ne doute pas que vous regardez sur les divers et excellents blogs personnels des hivernants.

Le solstice d'hiver est désormais loin derrière nous!
Ce fut, pour nombre d'entre nous, l'occasion d'observations privilégiées de la course du soleil, si courte et si faible, mais présente tout de même, bien que nous soyons au-delà du cercle polaire!
Quatre heures de lumière par jour, cela est bien peu, et a plongé une partie de la base dans une relative léthargie.

Le mois de juin a surtout été l'occasion d'une tradition anglo-saxonne, qui est désormais respectée par toutes les bases présentes sur le continent Antarctique, mais aussi sur les stations des bases sub-antarctiques, comme les bases de Kerguelen, Crozet et Nouvelle-Amsterdam, pour les bases françaises. Cela consiste en une semaine de relâche et de fêtes, au milieu de l'hiver. C'est la "Mid-winter".

La première tradition est l'élection d'un chef de remplacement, le onze-TA, qui remplace le Dista (ou "dix-ta"...). Ont suivi quelques jours de fêtes et d'activités variées, de spectacles, de performances sportives et de très belles soirées. Ce fut donc une très belle semaine, en plein coeur de l'hiver, qui a permis de ressouder le groupe et de partager avec des personnes que l'on a peut-être moins le temps de voir habituellement.

Pendant ce temps, sur la banquise, les mâles manchots empereurs continuaient de couver leurs précieux oeufs ... Les femelles commençaient à revenir, début juillet, après un mois en mer à se nourrir. Les premiers poussins sont nés mi-juillet, restant tout d'abord sur les pattes de leurs parents. Ce fut aussi la période de tentatives de rapts de poussins de la part de couples en échec de reproduction. Mais fort heureusement, la plupart des poussins ont pu grandir avec leurs parents, qui se relaient désormais pour s'en occuper. L'un le nourrit, tandis que l'autre est en mer pour se nourrir. Progressivement, les poussins prennent du poids, s'émancipent des pattes de leurs parents. On les voit désormais se dodeliner au milieu de la manchotière, et c'est un spectacle fascinant. D'autant plus que l'on voit apparaître les comportements des adultes, en particulier les mouvements de balancement de tête. C'est l'attraction phare de la base.

Et puis, bien sûr, le froid s'est fait de plus en plus mordant. ous avons ainsi battu des records de froid depuis deux ans, alors que nous n'étions qu'au début de l'hiver...-27,7°C, début juillet; record battu il y a quelques jours, avec -34°C. Et pour sortir, nous mettons désormais les équipements complets, avec masques de vision, mais aussi des masques pour protéger le bas du visage... En particulier lorsque le vent catabatique souffle depuis le continent.

Le mois d'août a été aussi un mois d'intense travail pour le service technique, qui a réalisé de nombreux allers-retours vers la base de Cap Prud'homme, pour transférer du gasoil, en prévision des raids vers la base de Concordia. La progression sur glace de mer n'est pas toujours évidente, mais ce fût une expérience très intéressante pour de nombreux hivernants.

Désormais, les conversations commencent à parler du retour! Le retour de l'Astrolabe semble terriblement proche, tellement le temps passe vite sur cette base!
En effet, chacun commence à réfléchir à l'après hivernage; et l'ambiance s'en trouve une nouvelle fois modifiée, mais c'est toujours la bonne humeur qui prédomine.

Le soleil est désormais bien revenu, et brille plus longtemps qu'il ne fait nuit, laissant présager le jour permanent de la campagne d'été qui se prépare...

Adrien

 

 

Mardi 1 juin :

Voilà l’hiver !

Nous voilà au cœur de l’hiver, enfin. Pour beaucoup d’entre nous, nous en avions rêvé durant de longues heures, de ces scènes que nous observons maintenant quotidiennement. Le blizzard, les températures inférieures à -20°C, les congères qui se forment si vite, les empereurs qui se serrent les uns contre les autres pour se protéger des éléments, la nuit omniprésente… L’hiver antarctique est bien là. Nous bénéficions actuellement d’environ 3h20 de soleil par jour, et cela va encore diminuer jusqu’au 13 juin, où nous n’aurons plus que 2h10 de lumière par jour. A partir du 29 juin, la longueur des jours augmentera de nouveau. Le soleil reste bas sur l’horizon, si bien qu’il arrive qu’on ne le voie pas de la journée, quand il y a des nuages. Les tempêtes sont fréquentes et nous obligent à régulièrement déneiger les passerelles. Les températures sont basses mais le paquetage fourni par l’IPEV nous protège bien du froid.

Nous commençons à préparer la mid-winter. Il s’agit de quelques jours de festivités situés autour du 21 juin, et qui permettent de fêter la moitié de l’hivernage. Cette tradition est suivie par toute les bases antarctiques et subantarctiques.

Le 3 mai, Marie notre ornitho est arrivée au repas avec une formidable nouvelle : le premier œuf d’empereur de la saison a été vu ! Depuis, la plupart des femelles empereurs en couple ont pondu un œuf unique. Juste après la ponte, elle ont transmis leur œuf à leur partenaire, et sont parties se nourrir en mer. Elles ne reviendront qu’une soixantaine de jours plus tard, pour prendre en charge l’œuf en fin d’incubation ou le jeune poussin, et le mâle pourra à son tour partir se nourrir.

Actuellement, la colonie est donc surtout peuplée de mâles incubateurs, et de quelques animaux restés célibataires, ou en échec de reproduction. En effet, de nombreux œufs jonchent la banquise, et les manchots concernés devront attendre l’année prochaine pour tenter à nouveau de se reproduire. Il faut dire qu’incuber n’est pas chose facile pour les empereurs. L’œuf est tenu en équilibre sur les pieds du manchot, protégé du froid et du vent par un repli de peau appelé poche incubatrice. Les animaux qui incubent doivent donc rester debout coûte que coûte, et ne peuvent se déplacer qu’à petits pas, en gardant leur œuf en équilibre sur les pattes. En cas de bousculade, il peut arriver qu’un œuf roule...

Il faut voir les manchots se contorsionner pour rester debout et éviter de tomber, quitte à se rattraper en prenant appui sur leur bec !

Pour lutter contre le froid, les manchots se serrent les uns contre les autres, constituant ce que l’on appelle des « tortues », en rapport avec les formations militaires romaines. Les tortues peuvent contenir des centaines de manchots, avec une densité de près de 10 manchots au m©&Mac247;. A l’intérieur d’une tortue, la température peut atteindre 37.5°C, un mouvement se crée donc entre les animaux situés en bordure, plus exposés au froid et au vent, et ceux situés au milieu, qui ont trop chaud. Les tortues durent en moyenne un peu moins de 2 heures. Elles sont indispensables à la survie des manchots empereurs, qui sont bien protégés du froid par leurs plumes et leur graisse, mais qui ne pourraient survivre à l’hiver antarctique s’ils se retrouvaient isolés de la colonie.

Voilà, nous attendons maintenant impatiemment la naissance du premier poussin, qui devrait arriver à la fin du mois de juin !


Par Marion Debin, biologiste

 

Mercredi 5 mai 2010

Tiens, des empereurs ?

Serait-ce une chose étrange que de voir des manchots empereurs en Terre Adélie? Pas vraiment, nos p’tits potes vivent ici la majorité de l’année depuis des milliers d’années et font le bonheur des hivernants depuis 60 ans.

Début mars, nous en avons aperçu quelques uns qui traînaient du côté de la pointe noire et le 20 mars, notre première colonne d’empereur nous est apparue. C’est vrai que quand on les regarde se déplacer, on a l’impression de voir tout un peuple venu de l’autre bout de ce désert blanc dans le seul but de perpétuer la vie. Au fil des jours, les arrivées de colonnes ont été de plus en plus nombreuses et aujourd’hui la manchotière est bien là, juste devant nos yeux, avec ses 6000 individus. À peine arrivés, nous les avons entendu chanter, se mettre en couple et nous sommes maintenant dans la période de reproduction. Une fois en couple, Mr et Mme ne chantent plus. Pas fous ces empereurs, pourquoi continuer à faire des efforts si l’autre est conquis. Dommage pour nous car c’est vraiment agréable et très reposant de les entendre chanter. Néanmoins, il reste encore quelques célibataires pour nous pousser la chansonnette. D’ici quelques jours, les œufs seront pondus et les femelles les passeront aux mâles avant de repartir à l’océan se nourrir. Ce n’est qu’à leur retour que nous les entendrons chanter à nouveau, quand les petits seront nés mais ceci est encore dans quelques mois. Patience, cela arrivera bien assez tôt et nous aurons tous le temps de profiter de ce spectacle que l’on ne voit qu’ici.

par Nicolas COILLARD, Glaciologue - Programme 414

 

 

Attention les yeux

Quand on me parlait d’aurores australes, tout comme lorsqu'on me parlait des manchots empereurs, la première chose qui me venait à l’esprit était un grand continent blanc situé à l’extrémité sud du globe. Aujourd’hui, nous y sommes depuis quelques mois déjà et le spectacle est grandiose. La nuit, quand le ciel est dégagé, nous sommes nombreux à lever la tête et même à veiller tard à la recherche des aurores. Depuis que l’hivernage a commencé, les nuits d’aurores ont été relativement nombreuses et c’est avec un grand plaisir que nous avons pu voir ces phénomènes danser dans le ciel et l’illuminer.

Quand une aurore apparaît, ceux qui la voient en premier sont censés composer le numéro spécial aurore faisant sonner les téléphones de tous ceux qui souhaitent être réveillés pour profiter du spectacle. Néanmoins, pas facile lorsqu'on en voit une de se dire si elle mérite ou non de réveiller tout le dortoir. Drôle de « responsabilité », mais au final ça vaut le coup pour ceux qui sortent, surtout quand les aurores brillent juste au-dessus de la base. Souvenir d’un 5 avril, par exemple.

Les nuits rallongent et il nous reste encore pas mal de temps à vivre ici, la tête en bas…on a pas fini d’en prendre plein les yeux. Dans tous les cas, si les aurores ne sont pas au rendez-vous, les soirs de ciel clair, les étoiles sont bien présentes et nous permettent aussi de bien profiter de ces nuits adéliennes.

par Nicolas COILLARD, Glaciologue - Programme 414

 

Samedi 13 mars 2010

Récit de voyage.
« A la découverte du continent blanc »

Il y a des voyages que l’on n’oublie jamais. Celui-ci restera sans doute gravé à jamais dans ma mémoire.
Imaginez une piste étroite à peine dessinée, parfois glacée, toujours enneigée traçant une ligne interminable dans un paysage blanc désertique balayé par les vents catabatiques et accablé par le froid perpétuel.
J’ai ainsi découvert cette ambiance étrange et lunaire lors du « Raid N°3 ».
Cette mission permet de relier par convoi terrestre la base soutien de « Cap Prud’homme » en bordure de mer face à « Dumont d’Urville » à la station « Concordia » pour son ravitaillement avant le début de l’hivernage. Concordia, une base scientifique posée sur le dôme « C », est retranchée sur le continent Antarctique en direction du pôle sud géographique.

Le Raid en quelques chiffres :

Dix jours de trajet aller pour rejoindre Concordia située à 3270 mètres d’altitude et à 1100 kms du point de départ. La vitesse moyenne est de 10 kms/h et le temps de conduite de onze heures journalières.

Une équipe de dix personnes tous conducteurs d’engins dont un chef de Raid et un médecin. Au-delà de la conduite, tous les « raideurs » participent aux tâches logistiques pendant toutes la durée de la traversée : entretien mécanique, ravitaillement carburant et eau potable, gestion de l’électricité, mise en place des moyens de télécommunication mais aussi aménagement du cadre de vie et préparation de la cuisine. Pour ce dernier point Philippe notre médecin et cuisinier mérite un grand coup de chapeau pour la qualité et la préparation des repas qu’il nous à proposé.

Le RAID c’est aussi dix engins chenillés type « Challenger » de la marque « Caterpillar » représentant au total une puissance moteur de 4000 cv permettent de tracter sur des châssis porteurs l’ensemble du fret estimé à environ 150 tonnes de matériel industriel et vivres conditionné en containers ou en vrac.

Les conditions de la traversée dépendent en grande partie de la météo et de ce coté là nous avons été servis. Dès le premier jour de cette longue route lors du « pré-acheminement » la tempête de neige et les vents violents nous ont accompagnés faisant disparaître sous la neige les traces existantes de la route. Dans ce cas là seuls les véhicules de déneigement « Kassbauer » équipé de leurs systèmes de navigation peuvent en avant du convoi ouvrir et dégager la route. Mais le continent antarctique nous offre parfois quand le soleil glacial devient radieux des paysages magnifiques, comme ce désert blanc interminable tout juste bosselé par les crêtes de glace sculptées par l’érosion du vent, ou cette ligne d’horizon lointaine et intouchable qui devient soudain visible lorsque les nuages gris font place au ciel bleu. Ces diaporamas magnifiques ne font jamais oublier par contre la dureté du froid qui engourdi les doigts et gèle le nez lorsque les températures frôlent parfois les -42°.

Enfin, le « Raid » n’existerai pas sans cette équipe entraînée maîtrisant parfaitement la navigation et la conduite sur la glace, cette équipe qui m’a accueilli avec chaleur et enthousiasme et je tiens à saluer particulièrement l’esprit de cohésion et la bonne humeur qui a régné durant toute cette aventure.

Merci à Patrice, Tito, Nico, Bernard, Anthony, Henry, POP, Philippe, Gégé, et à Riton

par Patrice NOYAU, Responsable technique

 

Mercredi 3 mars 2010

Le début d’hivernage.

A Dumont D’Urville, l’hivernage a commencé. En effet, dimanche dernier, l’Astrolabe est reparti vers la Tasmanie avec à son bord les derniers campagnards d’été. Le bateau ne reviendra qu’en octobre prochain lorsque l’hiver touchera à sa fin. Nous voici donc, les 26 hivernants de la TA 60, seuls sur notre petite île. La plupart d’entre nous avons eu une campagne d’été bien remplie : beaucoup de travail, mais aussi des balades sur notre île des Petrels, des sorties en bateau en profitant des sorties pêche, et, bien sûr, des soirées pleines de bonne humeur. Au fil des rotations du bateau nous avons pu rencontrer beaucoup de gens différents et cela a été très enrichissant. Avec en moyenne 70 à 80 personnes sur la base cet été, on n’a pas eu le temps de s’ennuyer !
Le départ de R4 avec les derniers campagnards est donc un évènement à DDU. La météo n’a pas été clémente les jours où l’Astrolabe était à quai, les opérations de déchargement et chargement ont donc été une course contre la montre, mais le départ a pu être annoncé pour le dimanche 28 février au matin. Les campagnards ont embarqué samedi avant diner mais sont revenus sur la base peu après pour profiter de la dernière soirée. A minuit, des rafales de vent à 110 km/h les ont obligés à rester dormir sur la base et à ne retourner sur le bateau qu’au petit matin. Dimanche vers 10h, l’Astrolabe nous a annoncé par radio son départ imminent, nous les hivernants nous sommes alors dirigés vers l’abri côtier pour dire un dernier au revoir. Nous avions préparé des cartons avec une lettre différente sur chacun d’entre eux, nous nous sommes alors tous déguisés en « hivernants-sandwichs » de façon à former notre phrase (Merci et à bientôt). Ce fut l’occasion d’une bonne partie de rigolade le temps de trouver chacun notre place… Une fois terminées les dernières opérations logistiques sur la piste du Lion, le navire a pris la route vers le large, salué par les quelques rorquals qui nageaient autour de l’île depuis quelques jours.
Et pour la première fois depuis que nous sommes arrivés, nous nous sommes retrouvés attablés au repas du midi les seuls 26 de la TA60. Un peu tristes que tous les campagnards soient partis, bien sûr, mais aussi heureux de pouvoir enfin nous approprier un peu notre île et notre base, qui sera tout compte fait notre « chez nous » pour cette année.

par Sophie MOITTIÉ, Vétérinaire

 

Photos ©Nicolas COILLARD

 

Mardi 16 février 2010

Ils ont bien poussé nos petits adélies. Depuis que les premiers œufs ont éclos (date de la première éclosion, le 14 décembre 2009), nous les avons vu grandir chaque jour, faisant leurs premiers pas dans un lieu merveilleux dont ils exploreront les moindres recoins. Même si certains ont très vite grandi, se retrouvant quasiment aussi gros que leurs parents ils sont restés quelques semaines regroupés au niveau de la colonie car le danger ici est bien présent. Je veux parler de nos amis les skuas et les pétrels géants, qui guettent la moindre occasion pour se faire un festin de manchots (pauv’ptits mais c’est ainsi). Accessoirement, le froid aussi peut leur jouer des tours (et oui nous sommes en Antarctique). Néanmoins, la nature est bien faîte et les petits adélies ont développé une bonne technique pour se défendre et augmenter leurs chances de survie : ils se mettent en crèche. Juste après leur naissance, ils restaient au niveau de la poche incubatrice (zone sans plume sous le ventre et bien chaude car très vascularisée) d’un des deux parents, ce qui les protégeait assez bien, vu qu’avant d’avoir le plus petit il fallait soulever le plus gros. Les choses ont bien changé, les petits ont grandi et prendraient une place plus qu’importante sous le ventre (pas très pratique). La crèche est en fait un regroupement des jeunes qui se blottissent les uns contre les autres leur permettant d’une part de lutter contre le froid mais aussi, vu qu’ils forment une masse plus compacte, de dissuader les prédateurs qui doivent certainement réfléchir à deux fois avant d’attaquer. Il vaut mieux être en crèche plutôt qu’isolé car leurs petits ailerons, qui leurs servent aussi à se défendre, ont mis du temps à se rigidifier ce qui ne leur permettait pas de « tataner » les piafs volants pour se défendre.
Ces derniers temps, nous avons pu assister à quelques scènes étonnantes où on les voyait courir après l’un des deux parents, encore pour réclamer de la nourriture, et ces derniers semblaient être agacés de se faire poursuivre par deux petites boules de plumes qui ne lâchent rien jusqu’à avoir ce qu’ils veulent. Ou alors c’est une stratégie des parents pour les forcer à les éloigner du nid afin de les habituer au monde extérieur. Nous voyons maintenant nos petits punks (punk à cause de la perte de leur duvet lors de la mue, ce qui leur laisse quelques touffes isolées) se promener en groupe autour de l’île (attention sans les parents s’il vous plait, permission de minuit) et avons pu apercevoir certains prendre leur premier bain mais de façon assez furtive. On ne peut pas dire qu’ils soient encore très à l’aise dans l’eau. De plus, les léopards de mers, qui sont de plus en plus fréquents autour de l’île n’attendent que la maladresse des plus jeunes pour se faire un casse-croûte.
D’ici quelques semaines, ce sera pour eux le temps de quitter l’archipel et de rejoindre l’océan où ils trouveront de quoi se nourrir et deviendront adultes.
À un de ces jours à DDU les ptiots et merci pour le bonheur que vous avez pu nous procurer, juste en vous regardant. Bientôt ce seront les empereurs qui prendront le relais. Vivement que l’hiver arrive avec ses plus belles couleurs.

par Nicolas COILLARD, glaciologue

Lundi 18 janvier 2010

" manip vivres imminente …manip vivres imminente ! » c’est la voix nasillarde et laconique de l’interphone général posté dans tous les bâtiments qui bat le rappel de toutes les bonnes volontés au dépotage des vivres. Il se forme alors une chaîne humaine, sans distinction, juste des bras de tout poil ! et des bras, il en faut et des solides tant la noria des « cages » va bon train ! Il fait beau, et je préfère cela à la salle de sport ! Stéphane et sa « machine volante », comprenez l’hélicoptère, ne nous laisse pas beaucoup de répit ! Vite, vite, des cartons de surgelés, des caisses de légumes, des packs de bouteilles passent de main en main sans retard, et vont trouver leur place sous la houlette de Gurvan, maître-queux, intendant pour l’occasion. Quel étrange ballet que ces fourmis diligentes qui guettent les signes et la voix de Patrick « playmobil » de service en relation directe avec l’hélico qui en approche, nous oblige par sécurité, à évacuer la scène. Des fourmis, oui, engrangeant les vivres qui leur seront nécessaires pour passer tranquillement la saison du blizzard. C’est aussi l’occasion d’échanger quelques anecdotes : « ah Michel, tu tombes bien ! j’ai quelque chose à te dire……….mais on en reparle !"

Quelle n’est pas ma stupéfaction, que de voir passer des mangues, des poires, des abricots, mince des ……..fraises et……..des cerises. J’ai l’impression de vivre une situation complètement décalée, je suis sur la neige et je vois passer ces fruits d’été ! Ben oui c’est l’été dans l’hémisphère sud !!!

par Didier REBOUL, Météo-France

Vendredi 1er janvier 2010

Comme en France, les jours de fêtes se succèdent à un rythme soutenu. Ce n'est pas pour déplaire aux Adéliens (nous, les visiteurs de Terre Adélie, pas nos copains les manchots !), qui aiment la convivialité. Là encore, mission réussie avec des excellents repas préparés par nos cuistots et pâtissiers, une ambiance de folie grâce à nos musiciens qui ont su nous entraîner sur la piste de danse pendant une bonne partie de la nuit.

Situation confortable pour la plupart d'entre nous, qui n'auront pas à retrouver les aléas de la "civilisation" et ses soucis quotidiens dans les prochains mois. C'est entre autre pour cela, que nous pensons fort à celles et ceux qui restés au pays, s'occupent de nous et de nos affaires...

L'ensemble des hivernants de TA60, mais aussi l'ensemble des personnels en campagne d'été, ou qui finissent leur hivernage vous adressent leur meilleurs vœux pour cette nouvelle année.

par Jean-Paul GAUCHER, Météo-France

Mercredi 30 décembre 2009

Joyeux Noël :

En effet Noël est aussi présent en Antarctique. C'est d'ailleurs une occasion de se réunir avec les membres de la base annexe à Dumont d'Urville, je veux parler de Prud'Homme. Comme ils ne viennent pas souvent, nous leur avons offert le couvert et le gîte pour la nuit de Noël, comme cela se faisait quand nos grands parents parcouraient la campagne à cheval pour rejoindre toute leur famille. Bref nous sommes restés dans la tradition, même en étant très loin de la métropole.

Les quelques 70 personnes que nous étions se sont retrouvées autour d'une table dans le séjour de la base, pour un menu préparé par Gurvan, notre chef cuisinier. Et quel menu chers lecteurs ! Nous n'avions rien à envier aux mets et recettes traditionnels que nous connaissons chaque année en France. Ce fut excellent et beaucoup d'entre nous s'en régale encore.

Au menu nous avions :

  • Apéritif accompagné de galette de maïs à la mexicaine
  • Saumon fumé et sa confiture d'oignons
  • Gratiné de St Jacques à la bretonne
  • Sorbet Williamine
  • Filet de Bœuf aux Cèpes, Gratin dauphinois et tomates provençales
  • Omelette Norvégienne flambée
  • Café

Pour finir, le père Noël passa distribuer ses cadeaux, la tradition veut que chacun ait préparé un cadeau anonyme et une distribution générale est organisée. Ainsi, même loin de chez soi, chacun reçoit un présent. Ce qui va de soi, fait toujours plaisir ! Ce fut un très sympathique réveillon de 24 Décembre et je peux vous dire qu'ici, un réveillon comme cela et avec autant de monde, c'est une toute autre tradition que celle plus familiale.

Jean Chevallier

 


Manchot Adélie avec ses petits

 

La TA60 débarque :

Voici que l'essentiel des troupes de la TA60 (60ème hivernage en Terre Adélie) est arrivée à Dumont d'Urville. Après une traversée plutôt agitée, nous avons passé la journée du 10 Décembre bloqué dans le pack, en attendant les premières rotations en Hélicoptère. Le lendemain le débarquement des passagers à commencé tôt le matin. Pour quelques uns d'entre nous ce fut le baptême en Hélico. Et quel baptême ! Un vol de 15 minutes au dessus de la banquise, avec une arrivée face à la base. Beaucoup seront d'accord avec moi, quand je dis que ce fut un moment magique.

La première journée fut accompagnée de la découverte de la base et de la rencontre avec les hivernants précédents. Nous pouvons dire, que la glace fut très vite brisée et une très bonne ambiance règne désormais entre les campagnards d'été, la TA59 et la TA60. Merci à eux pour leur accueil et merci à tous pour la bonne Humeur. L'hivernage commence sur de bonnes notes.

Pour le reste, la base est plantée au milieu de colonies de manchots. c'est impressionnant au départ, surtout l'odeur, mais on s'accommode très vite à leur compagnie. Ils nous épatent tous les jours, ce sont de drôle de petits volatiles assez patauds, mais très rigolos.


Jean Chevallier

La traversée :

Nous sommes partis depuis vendredi 4 Décembre. Dès le début le bateau roule beaucoup, la mer a décidé que notre traversée ne serait pas une croisière.

Lundi 6 Décembre, ça roule toujours et le bateau se balance de bâbord à tribord avec une amplitude impressionnante. Pas facile de prendre une photo, heureusement que l'hélico est bien arrimé. C'est un mouvement lent et continu qui nous fait valser par moment, pas évident de rester en place.

Mercredi 9 Décembre vers 5H00 du matin, nous sommes encore quelques uns sur le pont arrière. On nous a annoncé la veille que nous devrions croiser le pack aujourd'hui. Alors que nous sommes encore quelques irréductibles à attendre ce moment, une première baleine nous accueille de sa grâce pour célébrer notre arrivée en Antarctique.

Les premiers glaçons ne tarderont pas à suivre, s'en suivront les manchots Adélie et Empereurs. C'est impressionnant comme la mer est devenue calme, il n'y a pas une vague, n'y même une ride à la surface de l'eau. La houle est à peine perceptible.

Jean Chevallier