BONUS GOODHOPE

Le Cap 7 février 2008 - Durban 24 mars 2008

 
 
BONUS GOODHOPE : Etude et suivi des échanges indo-austro-atlantiques dans l'Océan Austral au sud de l'Afrique
BONUS GOODHOPE / Southern Ocean : A study and monitoring of the Indo-atlantic connections
 
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Biogéochimie
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Questions / Réponses

 

 

Qu'est ce qu'ils ont trouvé comme difficultés?

A mon tour de te poser des questions. Pour ce qui est des difficultés, de qui parles-tu ? Des scientifiques du Marion-Dufresne ? De son équipage ? Des gens du polarstern ?

L'accident est dû à quoi?

Pour ce qui est de l’accident, nous avons reçu récemment un mail du responsable du Polarstern nous confirmant que l’accident était lié à un problème avec l’hélicoptère. Les circonstances précises ne sont pas encore connues.

Quelle est la méthode que vous utiliser pour prlever vos échantillons? En faites vous touts les jour?

J’ai écrit quelque part sur le carnet de bord que le bateau était actif 24h/24. Tous les jours, plusieurs fois par jour, les scientifiques se relaient pour prélever de l’eau. Les deux principaux instruments à leur disposition sont la rosette et les Go-Flo (j’en ai aussi parlé dans le carnet de bord, avec photos). Je peux détailler cela à nouveau.
La rosette, c’est une vingtaine de bouteilles qui sont attachées en cercle sur un cadre métallique. On envoie le tout au fond de l’océan. Au fur et à mesure de la remontée, on ferme les bouteilles, les unes après les autres, par télécommande. Comme cela, ils obtiennent des échantillons de toute la colonne d’eau. Le système des Go-Flo est un peu plus complexe. Comme il sert à détecter des métaux en très faible quantité dans l’eau, on ne peut pas utiliser de pièce métallique (pour l’armature ou le câble). En plus, il faut attacher manuellement les bouteilles les unes après les autres sur un fil en kevlar (le matériau très résistant qu’on utilise pour faire les gilets pare-balles), ce qui n'est pas très aisé .

En plus de ces deux instruments, qui servent à prélever des échantillons d’eau autant en surface qu’en profondeur, il y a des pompes qui aspirent l’eau en permanence. En effet, certains biogéochimistes préfèrent ne prélever que l’eau de surface (là où se développe la vie), mais en continu. Donc, dans certains laboratoires, il y a de l’eau de mer qui coule au robinet !

Il y a aussi des scientifiques qui tentent de prélever des sédiments : ils utilisent « l’oktopus » un appareil qui se plante au fond de l’océan et ramène, dans huit tubes en plastique, des « carottes » (des échantillons cylindriques de la sorte de vase qui s’y trouvent).

Enfin, il y a ceux qui étudient l’atmosphère, mais eux ne ramènent pas d’échantillons.

J'espèce que cela t'éclaire assez. N'hésite pas à me faire part de nouvelles interrogations
Vincent, depuis 51°10' Sud

 

Combien êtes-vous sur le bateau ?

  • Il y a déjà presque soixante-dix scientifiques. Ils sont très nombreux car, d’une part il y a beaucoup de paramètres à étudier (que ce soit dans l’air, dans l’eau ou dans les sédiments). D’autre part, le bateau doit être utilisé vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il y en a donc toujours quelques-uns réveillés quelle que soit l’heure !
    Et puis, il y a l’équipage : les personnes qui pilotent le bateau, celles qui manoeuvrent les instruments, celles qui font la cuisine, etc… Au total ils sont une quarantaine.
    Nous sommes donc au total plus de cent personnes à bord.

Avez-vous croisé d’autres bateaux scientifiques ?

  • Tout à fait, mais pas en mer. Quand nous sommes arrivés au Cap, nous avons été invités à un colloque à bord d’un navire scientifique allemand, le Polarstern, qui se trouvait encore à quai. C’est un gros bateau, mais plus petit que le nôtre, et c’est un brise-glace. Il peut donc se frayer un chemin à travers la banquise qui entoure l’Antarctique. Il doit d’ailleurs y être en ce moment, pour faire à peu près les mêmes mesures que nous.
    Correction : dimanche 17, nous avons croisé un bateau scientifique sud-africain qui passait en sens inverse. Il revenait de l’Antarctique où il était parti ravitailler la base sud-africaine. Le capitaine a un peu dévié notre route pour qu’on le croise le plus près possible. Il m’a même permis de monter tout en haut du bateau. J’ai donc pu faire de belles photos (voir le carnet de bord).

Où êtes-vous en ce moment ?

  • Nous sommes actuellement à 34 degrés de latitude Sud, 15 degrés de longitude Est ? Saurez-vous nous retrouver sur une carte du monde ? Sinon, cherchez bien sur le site de l’Institut polaire français Paul-Emile Victor (http://www.ipev.fr), vous pourrez voir notre position en temps réel.

Naviguez-vous dans des eaux gelées ?
Avez-vous vu des icebergs ?

  • Pour répondre aux deux question en même temps : si vous avez réussi à nous localiser, vous savez que nous sommes encore assez proche de l’Afrique du Sud. Ces eaux ne sont jamais gelées, même en hiver ; donc non, ni banquise, ni icebergs en vue. De toute façon notre bateau n’est pas conçu, comme le Polarstern, pour casser la banquise, il coulerait ou serait piégé dans la glace. Et nous ne sommes pas assez fous pour tenter cela !
    En cette saison, il faut descendre jusqu’à au moins 70 degrés de latitude Sud pour qu’il y ait de la banquise (et encore il n'y en a que dans la mer de Weddel).
    Comme nous irons au maximum à 60 degrés Sud, il y a de petites chances que nous croisions des icebergs dérivant sur l’eau. Si c’est le cas, je vous enverrai une photo.

Est-ce effrayant de la glace sur la mer ?

  • Bien au contraire, nous sommes curieux et avons tous très envie d’en voir. Il faut dire que l’on a fait des progrès depuis le Titanic. C’est possible de repérer les icebergs bien à l’avance – avec un radar - et l’on peut donc les esquiver.

Avez-vous vu des mammifères marins ? des oiseaux?

  • Pour l’instant, nous n’avons pas vu beaucoup de signes de vie. Certains d’entre nous ont vu une otaries le lendemain de notre départ (le 14). Pour ma part, j’ai vu quelques mouettes et goélands qui suivaient le bateau. Comme elles se laissaient porter par le vent et que le bateau avançait, ils faisaient parfois du sur-place au dessus de nos têtes.

Quelle est la température de l’air ? de l’eau ?

  • Pour l’instant, nous avons de la chance. La mer est calme, il n’y a presque pas de vent, et en plus il fait chaud ! Dans l’après-midi, il fait plus de 20°C et l’eau est très bonne : environ 18°C. Finalement, c’est dans le bateau où il fait le plus frais car il est climatisé. Mais les prévisions météo nous laissent penser que cela va se refroidir d’ici quelques jours.

Est-ce que l’eau est profonde là où vous naviguez ?

  • Quand l’on est près des côtes, l’eau n’est pas très profonde (on appelle ça le talus continental). En s'éloignant, le fond descend en pente douce. Et puis, à quelques kilomètres des côtes, ça tombe à pic, et le fond atteint vite les quatre kilomètres (c’est la profondeur moyenne de tous les océans). À l’heure actuelle, nous avons presque cinq kilomètres d’eau sous nos pieds !

 

Quand vous avez croisé le bateau sud-africain, qui a décidé de dévier la route du Marion Dufresne, Vincent, les scientifiques (Marie ou Sabrina) ou les capitaines des bateaux ?
Comment avez-vous fait pour que les deux bateaux s’accostent et que Vincent puisse monter sur l’autre bateau ?
Est-ce que vous vous êtes senti un peu comme un corsaire ou pirate lors d’un abordage ?
  • Ah, il y a un malentendu. Ce sont les capitaines qui se sont arrangés pour que les bateaux se croisent au plus près. Cela ne veut pas dire que les bateaux se soient accostés. Ils sont juste passés à environ 100 mètres l’un de l’autre, sans s’arrêter, comme deux voitures qui se seraient croisées sur une autoroute d’eau.

Les 40èmes Rugissants c’est quoi exactement ?

  • Les 40e rugissants correspondent aux latitudes comprises entre le 40e et le 50e parallèle. Le terme « rugissant » fait référence aux vents très violents qui soufflent souvent à cet endroit, et qui font beaucoup de bruit. Encore plus au Sud, il y a les 50e hurlants.

Quelle température avez-vous maintenant que vous êtes plus au Sud ? Fait-il plus froid ?

  • Oui, tout à fait. La température a bien chuté ces derniers jours. En fait, elle est descendue plutôt par paliers, au fur et à mesure que nous franchissions ce que les scientifiques appellent des fronts. Les fronts sont des espèces de « frontières » climatiques assez stables géographiquement. De part et d’autre de ces frontières, les courants atmosphériques et océaniques sont assez différents.

Est-ce que toutes vos expériences se passent bien ?

  • Encore une question assez difficile. Il faut bien souvent (quel que soit le domaine scientifique abordé) des mois, voire des années, pour y répondre définitivement. Un résultat qui peut sembler mauvais ou invraisemblable aujourd’hui peut être la base d’une science de demain.
    Quoi qu’il en soit, tous les scientifiques que j’ai interrogés semblent plutôt contents de leurs premiers résultats. En effet, même si l’on est un peu en retard sur le planning, et même si quelques fois les instruments ne marchent pas comme on le voudrait, l’Océan Austral demeure très méconnu, très peu étudié. Toute mesure est donc précieuse et potentiellement porteuse de nouvelles informations.

Est-ce que vous allez rapporter à Brest les bouteilles d’eau prélevée ou vous les analysez sur place ?

  • Un peu des deux !
    D’une part, beaucoup de scientifiques préfèrent les faire sur place. Un peu comme moi quand j’étais à l’école : je préférais rester plus tard, et ne pas avoir de devoirs à faire à la maison. Si les prélèvements ne prennent pas trop de temps, les scientifiques emploient donc leur temps à examiner les échantillons sur place. D’autant que certains paramètres doivent être étudiés très rapidement, sinon ils se modifient (par exemple l’étude de l’oxygène dissous dans l’eau : si on attend trop, l’oxygène retourne dans l’air)
    D’un autre côté, certaines analyses sont impossibles à faire à bord. Par exemple, si vous avez une machine qui doit rester stable pour être efficace, il vaut mieux garder les échantillons dans des bouteilles ou des flacons, et les ramener à terre… et pas forcément à Brest. N’oubliez pas que nous sommes une équipe internationale : il y a des belges, des sud-africains, des espagnols, une américaine, et un russe.

Les 70 scientifiques sont-ils tous occupés en même temps ?

  • Et bien non, vous savez que beaucoup ont pris leurs quarts, comme je l’ai écrit dans le carnet. Certains dorment pendant que les autres travaillent. Ainsi le bateau peut être actif 24h/24. Il y a tout de même des moments pour se retrouver tous ensemble : pendant les repas par exemple.

Elias se pose la question suivante : Avez vous vu des Ours Polaires ?

  • Oui, ils nageaient la brasse, et vite car ils étaient pressés : ils avaient rendez-vous au pôle sud.
    Non, trêve de plaisanterie, désolé, mais il n’y a pas d’ours en Antarctique, et encore mois dans l’Océan Austral. Il n’y en a qu’au Nord (au Canada, par exemple). En Antarctique, il y a seulement quelques oiseaux, comme les goélands ou les manchots (d’ailleurs, est-ce que vous connaissez la différence entre les pingouins et les manchots ?) et mammifères marins (comme les baleines ou les phoques).