5ème hivernage
à la Station Franco-Italienne de Concordia

 

Vendredi 4 décembre 2009


Arrivée du premier raid

Parti de DDU, le raid nous a rejoint après une dizaine de jours de voyage.
Pour saluer ces nouveaux arrivants, nous avons pris un skidoo et sommes partis au devant du convoi. Toujours aussi impressionnant de voir arriver la caravane...
Ensuite, il n'a pas fallu chômer, car ce n'est pas tout, mais il faut décharger!
Quelques images...

Caroline JULLIAN

 

Vendredi 4 décembre 2009

Dernier lacher de ballon ozone de novembre

Depuis le mois d'aout nous réalisons 2 lâchers de ballon ozone mensuels afin de mieux suivre l'évolution du trou dans la couche d'ozone. Celui ci apparaît durant les mois d'été au dessus de l'Antarctique et atteint son maximum en novembre.
 


Current weather conditions at Concordia Station
Last update : 01/12/2009 at 08:5
Temp. -33,7°C, WindChill -36,5°C, Press. 651,1 hPa, Wind 2,5 km/h

Caroline JULLIAN

 

 

 

Mercredi 18 novembre 2009

Premier avion, 17 novembre 2009

Après plusieurs jours de reports, le premier avion est arrivé hier en début d'après-midi.

Étrange sentiment que de voir soudain apparaître un point lumineux à l'horizon, de le voir se rapprocher jusqu'à ce qu'on puisse distinguer l'appareil. Après avoir survolé la piste, il se pose et se rapproche. Bientôt on peut distinguer derrière les hublots quelques mains qui s'agitent...Le pilote est celui qui nous avait quittés par le dernier vol en février...La boucle est bouclée...

A peine le premier estivant a posé le pied sur le sol que la campagne d'été commence. Pas le temps de se rendre compte, on est dans le bain. Après l'accueil des 10 passagers de ce premier vol, il faut décharger les bagages, les rentrer dans la station ou les amener au camp d'été...Les hivernants prennent les choses en main. De retour dans la base, tout est déjà changé. Des affaires dans tous les sens, du bruit, des aller-venues...Doc et Denis nous quittent. A peine arrivé, l'avion est déjà reparti les emportant vers la base italienne de Mario Zucchelli.

Aujourd'hui, deuxième vol, 15 personnes...Il en sera de même demain et le jour suivant...Que de monde! C'est un choc pour nous que tout ce remue ménage. Heureusement, il y a le plaisir de retrouver des estivants de la campagne précédente, des visages connus ça fait du bien! Et quel délice que de déguster de la salade et des carottes, des bananes, des pommes et des oranges!

L'hivernage est bel et bien terminé, reste à profiter de cette campagne d'été qui promet d'être, comme chaque année, très conviviale.

Current weather conditions at Concordia Station
Last update : 18/11/2009 at 16:38 LT
Temp. -33,1°C, WindChill -46,1°C, Press. 658,3 hPa, Wind 17,3 km/h

Caroline JULLIAN

Lundi 16 novembre 2009

Quand la météo fait des siennes.....

Lundi 16 novembre, voilà 2 jours que notre hivernage aurait du prendre fin. Mais CCA (C'est Ça l'Antarctique), c'était sans compter sur les conditions météos!

Le premier vol devait arriver de la base italienne de Terra Nova Bay le samedi 14 novembre. Mais voilà, les conditions météos dans la zone étaient défavorables et le vol Christchurch (NZ) – Mario Zucchelli (Terra Nova Bay) a du être reporté. A présent que les estivants ont pu rallier les côtes Antarctique, voilà que le mauvais temps sévit chez nous! Alors qu'hier le temps était magnifique, voilà que depuis ce matin, nous avons un jour blanc. Visibilité réduite...

Quand est-ce que la campagne d'été pourra débuter...Le vol d'aujourd'hui est finalement annulé...La suite à demain...


Current weather conditions at Concordia Station
Last update : 16/11/2009 at 18:47 LT
Temp. -31,2°C, WindChill -34,9°C, Press. 665,8 hPa, Wind 3,2 km/h

Caroline JULLIAN

 

4 heures à -50°C pour installer la station destinée à fournir les données météo pour les avions.

Vue depuis la piste d'avion : la taxiway qu'emprunteront les avions pour rejoindre Concordia au fond à gauche.
Les engins dament la piste délimitée par des sacs poubelles noirs remplis de neige.

Minuit lors du premier jour polaire le 31 octobre 2009

Moi-même à côté de la station météo avion.

 

Mardi 10 novembre 2009

Au fur et à mesure que le Soleil monte chaque jour plus haut au dessus de l'horizon, que ce soit à midi ou à minuit, la lumière se fait de plus en plus aveuglante, me poussant à chercher le masque tinté que j'avais oublié dans quelque tiroir l'été passé.

L'obscurité et les -70°C sont désormais un pâle souvenir de la nuit polaire que malheureusement je ne reverrai sans doute plus jamais. L'été commence. Le silence du plus grand désert du monde est rompu par l'aller et venu des véhicules, qui réveillés après une longue hibernation, se remettent en route après que les températures aient dépassés la barre des -45°C, pour préparer la piste d'avion et déblayer le camp d'été enseveli sous la neige.

La présence du jour polaire annonce la prochaine période d'intense activité dont les échos se font entendre à 20000 km de distance.
Je n'ai malheureusement pas le temps de regretter ces neufs mois d'isolement. Les journées passent extrêmement vite : je teste le bon fonctionnement des appareils de télécommunications (lignes iridium et inmarsat, téléphone, fax, telex, radio HF, radio VHF qui me permettra de communiquer avec les avions, etc...), j'installe la station météo "Aviation Weather Reporter" qui me permettra d'envoyer les bulletins météo aux pilotes d'avion, je prépare les comptes méls des prochains arrivants, je fait de la place dans ma chambre que je partagerai avec un inconnu, je nettoie mes laboratoires, déneige l'entrée des shelters scientifiques, prépare mon rapport d'hivernage... tout en continuant mon travail de routine quotidien.
Nous préparons une base abritant depuis des mois douze hivernants, à recevoir les "va et vient" frénétiques d'une centaine de personnes durant les trois mois de la campagne d'été australe.

Avant de m'endormir, j'organise mentalement mes vacances, qui seront certainement les plus méritées de ma vie, puisqu'elles viendront après 424 jours consécutifs de travail ininterrompu.

A partir du 14 novembre, précisement une année jour pour jour après avoir mis pieds ici, je retrouverai, parmi les chercheurs et techniciens du premier avion qui brisera notre isolement, de vieux amis mais aussi de nouveaux visages, curieux et excités de vivre cette "ennième" et splendide expérience. Mais, avant de pouvoir fermer la porte de Concordia, je devrai ajouter à mes travaux le passage de consigne à effectuer à mes deux successeurs, afin que la grande aventure scientifique puisse continuer.

Cela pourra vous sembler étrange mais désormais, tout ce qui depuis plusieurs mois m'a surpris et ému, comme le blanc infini, le Soleil de minuit où les étoiles de midi, représente pour moi le quotidien et la normalité.

Je ne suis pas préssé de quitter cet endroit, mais je suis en revanche curieux et impatient de redécouvrir toutes ces choses qui vous sont banales et insignifiantes, et qui pour moi font parti d'une vie passée.

Je voudrais sentir de nouveau le parfum de la mer, de la terre après la tempête, d'un pré en fleur, du basilic, d'un verre de vin chaud accompagné de marrons grillés,

Je voudrais voir de mes yeux ce dont j'ai rêvé pendant une année : une multitude de couleur, une colline recouverte de sapins, les paysages de Sicile, et le jour alterner avec la nuit,

Je voudrais entendre les éclats de rire de mes amis, aller à un concert, percevoir le murmure du vent dans les feuilles des arbres, écouter les premiers mots de mon petit neveu Matéo,

Je voudrais toucher le sable chaud de mes mains, sentir le vent qui me caresse doucement le visage sans me brûler, marcher pied nu sur l'herbe, sortir dehors torse nu,
Je voudrais parler avec ma famille en les regardant dans les yeux et non pas en lisant un message sur un écran,

Je voudrais retrouver le goût d'un citron à peine cueilli de l'arbre, de la stemperata, de la granite d'amandes grillées, d'une salade, d'une pizza cuite au feu de bois,

et enfin, éprouver de nouveau l'émotion d'un baiser.

En somme, vivre une vie comme la vôtre.

Jonathan ZACCARIA

 

Mardi 27 octobre 2009

Aurore et Crépuscule

Après avoir vécu la nuit 24h/24 pendant plus de trois mois, nous approchons maintenant du moment où le soleil ne se couchera plus. La date prévue est fixée pour dans les tous prochains jours. Pendant un peu plus de trois mois, le soleil restera donc en permanence au dessus de l'horizon. Déjà depuis plusieurs semaines, nous n'avons plus de réelle nuit, même si le soleil se couche encore. La photo ci-jointe montre un levé de soleil, et a été prise vers 00h45 il y a quelques jours ! Nous pouvons donc en ce moment assister au coucher du soleil puis à son lever à un peu plus d'une heure d'intervalle !

Eric LOTZ

Mardi 27 octobre 2009

Déneigement

Un des travaux importants de cette fin d'hivernage, en préparation de l'arrivée des estivants prévue mi-novembre, est le déneigement des installations. Même si Concordia est un des lieux les plus secs de la planète avec un niveau de précipitation minimal (de l'ordre de quelques centimetres de neige par an), à peu près toutes les installations touchant le sol s'enneige. La raison de cette enneigement est le vent qui pousse la neige et forme des congères. Afin d'éviter la formation de congères, de nouveaux shelters sont insallés sur "pilotis" (cf video d'il y a quelques jours). C'est également une des raisons pour lesquelles la station est également en hauteur. Nous sortons donc régulièrement en ce moment avec nos pelles pour aller déneiger les entrées des containers et autres commodités autour de la station. Le gros du travail est néanmoins fait par les engins, pour niveler le terrain et rendre notament la piste d'avion ainsi que sa taxiway utilisable, afin que nous puissions être relevés !
Les deux photos ci-jointes montrent pour une Denis en train de déneiger l'entrée de l'hôpital du camp d'été (inutilisé pour le moment), et pour
l'autre Denis et Eric en train de déneiger notre stock de futs vides. Ces futs contenaient initialement du kerosène et sont utilisés ensuite
pour stocker et rappatrier certains déchets.

Eric LOTZ

Samedi 24 octobre 2009

Tour d'horizon depuis le toit de la station

Je sais que je ne suis pas très productif sur le blog en ce moment, mais c'est que les jours défilent. Mon départ est prévu dans environ 3 semaines (mi-novembre), et j'ai encore tout un tas de choses à faire avant de quitter Concordia, tant sur le plan personnel que professionnel. Le blog en a donc forcément un peu pati.
Pour me rattrapper, voici une video que j'ai faite cette semaine depuis le toit de la station, et qui vous donne une bonne vision du site de Concordia, avec la localisation des différentes installations. Il en manque quelques unes, mais la majorité y sont.

PS : un petit coucou à Nicole P. qui parait-il lit ce blog régulièrement ;)

Eric LOTZ

Lundi 19 octobre 2009

Un dimanche en cuisine, bientot plus qu'un souvenir...

Aujourd'hui, Alexandre était chargé de la préparation de nos repas. Nous nous sommes retrouvés à plusieurs pour lui donner un coup de main et nous avons ainsi passé une joyeuse matinée. Paella et éclairs nous ont régalés.

En ce 18 octobre, il nous reste moins d'un mois avant la fin de l'hivernage et l'arrivée du premier avion. C'est une impression étrange que de penser que notre aventure s'achève. La transition vers la campagne d'été va être brutale sachant qu'environ 50 personnes vont débarquer en quelques jours...Et dans deux mois ce sera le départ...Le temps aura décidément passé bien vite...D'ici la fin du mois, le jour sera permanent, nous n'avons déjà plus de nuit à proprement parlé. Pour autant, les températures n'ont pas encore commencé à remonter et il faut
toujours autant nous couvrir.

Caroline JULLIAN

Parhélie

Filmer par -70°C !

Dernière nuit noire, désormais, à minuit, on peut apercevoir une clarté d'un côté du ciel.

Mardi 6 octobre 2009

Un grand moment ! Attendu depuis maintenant quelques semaines, comme tant d'autres de mes compagnons d'hivernage. Lorsque l'on part pour passer un hiver en Antarctique, on sait quand on part... mais jamais quand on revient ! Aujourd'hui, je sais !

Je rentrerai un mois précisément après tous mes compagnons, totalisant 14 mois sur le plateau Antarctique, soit 28 mois au total sur le grand continent en prenant compte de mon précédent hivernage à Dumont d'Urville en 2005. A bien y réfléchir, cela me fait tourner la tête. Mais j'essaie de ne pas y penser. En réalité, je crois que la clef est là. Ce serait comme, chaque matin, me focaliser sur le fait que je me trouve à 16000 km des miens, à vivre désormais depuis 326 jours avec les onze mêmes personnes dans un disque glacé de 2km de diamètre et de -60°C en moyenne... Je me concentre donc sur les tâches quotidiennes que j'ai à effectuer sur la base et mon unique loisir ici : faire partager cette expérience.

Date de mon prochain déménagement : 12 janvier 2010 ! Je passerai donc mon 4ème Noël et nouvel an en Antarctique. Je partirai via la base côtière australienne Casey, l'unique munie d'une piste pouvant faire atterrir un avion de ligne : un Airbus A319 ! Je me rappelle encore du moment où j'avais reçu la newsletter de cet évènement historique en janvier 2008. J'aurai le privilège d'emprunter ce moyen unique pour rejoindre la civilisation, direction Hobart (Tasmanie, au sud de l'Australie), tandis que d'autres partiront de la côte, de Dumont d'Urville, et rejoindront la même destination en passant une semaine sur le navire polaire français surnommé "Gastrolabe" pour les raisons que vous imaginez !

Il faut désormais boucler tous les travaux de préparation avant le début de la campagne d'été, qui mettra fin à notre isolement par l'arrivée du premier avion le 15 novembre. Dernière ligne droite ! Préparation de la piste d'avion, déneigement du camp d'été qui accueillera le futur personnel, mettre en ordre la base et les laboratoires.

Si certains attendent avec impatience leur départ, de mon côté, je désire savourer jusqu'à la dernière minute les moments si particuliers qu'il me reste à vivre sur cette station, ce continent, dont je ne sais encore si je le reverrai un jour.

Je viens à peine d'apprendre que la future équipe, la DC6 (ou 6ème mission à Dôme C) est composée de 8 français et 6 italiens. Espérons que cela donnera un équilibre plus équitable aux conversations quotidiennes, puisque la partie italienne a toujours été numériquement minoritaire depuis le premier hivernage à Concordia en 2005.

Je reste plus longtemps que la plupart de mes camarades pour assurer un passage de consigne optimum avec mes deux successeurs, oui, deux ! Un pour la partie scientifique (les expériences de géophysique que je prends en charge), un français qui a déjà hiverné à Concordia l'année dernière ! et un pour la partie technique (informatique et télécommunications) un jeune italien dont l'Antarctique est encore inconnu : il s'appelle Paolo Perfetti !

Paolo, je te dédie cette lettre et me permets de te donner cet unique conseil pour l'année qui t'attend : emporte avec toi un objectif, un but, sur lequel tu te concentreras et que tu pourras développer jour après jour...

Mercredi, nous aurons une vidéoconférence avec les institutions et aurons le
plaisir de découvrir la nouvelle équipe.

Jonathan ZACCARIA

Jeudi 17 septembre 2009

Les sculptures du vent

Le vent est un artiste, il sculpte et façonne le paysage à sa guise. Voici quelques unes de ses oeuvres..

Caroline JULLIAN

Jeudi 10 septembre 2009

Exercice incendie à Concordia

Parmi les différents exercices de sécurité que nous effectuons à Concordia, un des plus importants et des plus réguliers est la lutte anti-incendie. Dans un environnement comme le notre, on comprend aisément la catastrophe que pourrait être un feu dans un des bâtiments, nous obligeant alors à nous replier dans le camp d'été en attendant que la station soit de nouveau accessible, peut-être plusieurs mois plus tard. Une de mes tâches à Concordia est d'organiser ces exercices, et de prendre la direction des opérations en cas d'incendie. Dans notre plan de lutte anti-incendie, on peut distinguer plusieurs composantes :

-une équipe chargée d’actionner la motopompe qui délivrera l’eau dans les lances (Alexandre et Guillaume)

-deux binômes de pompiers qui revêtent des vêtements de protection et qui iront attaquer le feu (Cyprien, Eric, Max et Jonathan)

-deux binômes chargés de rapatrier aux pompiers les extincteurs dispersés dans la station en attendant que la pompe délivre de l’eau (Caroline, Laura, Domenico et Denis)

-un chef des opérations (moi)

-un assistant au chef des opérations, qui s’occupe également des éventuels blessés (Alex)

Eric LOTZ

Mercredi 2 septembre 2009


Conseils pour futur(e) hivernant(e)

Cet article aura un public assez restreint, puisque je vais y donner quelques conseils qui pourraient être utiles aux futur(e)s hivernant(e)s à Concordia. Quand vient l’heure de remplir ses malles pour l’acheminement de ses effets personnels au Dôme C, le futur hivernant est pris d’interrogations existentielles : qu’est-ce que je dois emmener, qu’est-ce que je dois acheter, que mettre pour vivre un an dans mes malles ? La question est difficile, et il vous manquera toujours quelque chose, mais finalement vous vous en accommoderez bien, et certains autres hivernants pourront peut-être pallier à vos manquements, comme vous pourrez pallier aux manquements de vos collègues. Et en faisant vos malles, n’oubliez pas que celles-ci partent quelques semaines avant vous, arrivent à Concordia en général sur le raid n°2 aux alentours de la nouvelle année, et que vous ne les récupérerez à votre retour à la maison que vers le mois de mai. Voici donc mon avis, et je vais diviser les choses en plusieurs catégories.

1. Vêtements d’extérieur

La dotation des instituts polaires est suffisante, et il n’est pas vraiment nécessaire d’acheter grand-chose en plus pour vous protéger du froid. Personnellement, j’avais acheté des sous-vêtements chauds une petite fortune dont je ne me suis quasiment jamais servi, ceux fournis étant très bien. Vous pouvez à la rigueur apporter quelques paires de grosses chaussettes de ski, tout dépend si vous êtes amenés à sortir beaucoup ou non. Une grosse écharpe peut-être utile même si on vous fournit des tours de cou. Un bonnet de type « péruvien » qui descend sur les oreilles ou une sorte de chapka peuvent être également utiles. Finalement, pour la protection du visage, chacun trouve au fil du temps ce qu’il lui convient le mieux.

Il y a des chaufferettes sur la base pour les pieds et les mains. Un membre de l’équipe a des chaufferettes de pied électriques alimentées par des piles rechargeables dont il est très content, à vous de voir.

2. Vêtements d’intérieur

L’IPEV fournit quelques jeans et un pull, qui ne sont bien entendu pas suffisant pour passer une année entière. Prenez des vêtements normaux sans obligatoirement y mettre toute votre garde-robe. Le code vestimentaire dans la station est assez cool. J’ai moi-même apporté une seule tenue « habillée » que je n’ai mise qu’une fois, lors de la visite du Prince Albert. Sachez également qu’il fait bon dans la station, environ 20-22°C au 1er étage, jusqu’à parfois 28°C dans les labos, donc pas besoin d’apporter 10 pulls ! Une paire de sandales ou de tong peut également être utile pour aller au sauna ou à la piscine, de même qu’un peignoir (qui vous servira également à déambuler de votre chambre à la douche). Pensez également à prendre une tenue de sport (jogging/short, baskets) pour utiliser la salle de gym.

3. Lunettes/masques

Prévoyez d’avoir des lunettes à votre vue, que rapidement de toute façon vous ne mettrez pas à l’extérieur. Si c’est nécessaire, vous pouvez vous faire faire des lunettes de glacier à votre vue pour la période d’été, ce qui est assez pratique.

Concernant les masques (type masque de ski), ils sont assez fragiles au froid et nous en avons cassé un bon paquet. Prendre un ou deux masques de plus peut être utile si vous vous savez peu soigneux, et pensez à prendre à la fois des visières oranges pour l’été, et des visières blanches (non teintées) pour la période de nuit. Le masque sera alors une protection contre le vent et non plus contre le soleil.

4. Produits d’hygiène

Le savon et le shampooing sont fournis à la station, et il est interdit d’en utiliser d’autre car ceux présents sur le site sont adaptés à l’unité de retraitement des eaux usées. Il est interdit d’utiliser des démêlants pour la même raison. Munissez vous de suffisamment de dentifrice, mais sans dévaliser le magasin (tablez sur un tube par mois, et il vous en restera), et prenez 4 ou 5 brosses à dent et un ou deux rouleaux de fil dentaire. De même pour les déodorants. J’avais également acheté une vingtaine de sticks à lèvre qui sont quasiment tous restés dans le tiroir. Si vous avez les lèvres fragiles, prenez quelques crèmes à lèvres de préférence, et là encore, pas besoin d’en prendre trop. Personnellement, j’en suis à mon 2e tube depuis mon arrivée ici (et en plus il y en a pas mal à Concordia si vous n’en avez plus). Pour les hommes, il faut également penser aux produits de rasage : sachez que l’on a tendance ici à se laisser pousser la barbe, et rares sont ceux qui se rasent tous les jours. J’ai encore 95% des produits de rasage que j’avais apporté avec moi. Pour les femmes, pensez à vous munir de suffisamment de serviettes hygiéniques / tampons. Si vous avez tendance à avoir la peau sèche, vous pouvez prendre un peu de lait hydratant, car la peau s’assèche à Concordia ; si vous n’en utilisez pas habituellement, ce n’est pas vraiment la peine (j’ai encore toutes mes boites de crème nivea que je n’ai jamais utilisé). Si vous avez une tondeuse à cheveux, apportez la.

Si vous prenez des médicaments, c’est à vous de les apporter pour l’année, à voir avec votre médecin et le service médical des TAAF.

5. Nourriture

Tout ce dont vous avez besoin se trouve à Concordia. Par contre, peut-être pas tout ce dont vous pourrez avoir envi. Voici en vrac ce que certains ont apporté dans leurs malles et qui ont fait le plaisir de tous : de bonnes bouteilles de vin pour les grandes occasions (le vin présent à Concordia n’est pas d’une qualité extraordinaire), du rhum arrangé, des noix de cajou, des bières exotiques, du bon chocolat (tout comme le vin, le chocolat de Concordia est d’une qualité moyenne). Ca a l’air bête comme ça, mais ce genre de petits plaisirs prend une place beaucoup plus importante ici que partout ailleurs.

6. Informatique

C’est un des points noirs de la station. L’informatique est ici très fragile et il peut arriver que votre ordinateur tombe en panne. J’avais personnellement apporté deux ordinateurs portables, et un est tombé en panne au bout de trois mois, et n’est pas réparable sur place. Pensez également à apporter de quoi sauvegarder vos données : disques durs externes, DVD, etc… J’ai apporté avec moi deux disques durs de 250 Go, et ils seront probablement trop juste pour rapporter tout ce que je souhaite (photos, videos des autres hivernants, ressources présentes sur le réseau de la station, etc…). Prenez également au moins deux clés usb de grande capacité. Prenez un refroidisseur de portable pour mettre sous votre ordinateur, car du fait de la faible pression atmosphérique et de la sécheresse, ils ont tendance à tourner plus et à s’échauffer rapidement.

7. Photo/video

Tout dépend de ce que vous comptez faire comme images. Je pense que le minimum à avoir est un appareil photo numérique compact classique, qui vous manquera si vous ne l’avez pas. Ensuite, je regrette pour ma part de ne pas avoir acheté de reflex numérique pour faire de belles photos du ciel ou de la station, de meilleure qualité que mon compact. Si vous optez pour cette solution, un trépied est indispensable.

Si vous souhaitez faire des videos, un petit caméscope numérique est également très utile.

Pensez à prendre pour ces appareils un jeu de batteries de rechange.

8. Loisirs

Il y a sur place une table de ping-pong, un billard, un baby-foot, une salle vidéo, une console wii (apportez vos jeux et vos manettes car c’est assez juste), une bibliothèque. Il y a beaucoup de films de tous les genres et beaucoup de musique, mais finalement on se rend compte qu’en un an on en fait vite le tour. Si vous avez une bonne videothèque numérique, n’hésitez pas à l’apporter. La bibliothèque est assez jeune et même si il y a pas mal de livres, on peut vite se trouver démuni ; n’hésitez donc pas à apporter quelques livres que vous pourrez ensuite laisser ici pour en faire profiter vos successeurs. Un baladeur numérique si vous aimez écouter de la musique est un plus, de même que de petites enceintes pour ordinateur.

Si vous jouez d’un instrument de musique, apportez le.

Si vous êtes fan de déguisements, prenez en quelques uns pour les soirées costumées de la mid winter.

Un petit dictionnaire franco-italien peut-être très utile.

9. autres

Un réveil, une pile de rechange pour votre montre.

Prenez une ou deux lampes frontales avec des piles rechargeables et un chargeur. Même si il y en a quelques unes sur la base, avoir son propre matériel est plus agréable et plus sûr.

Eric LOTZ

Samedi 29 août 2009

Déneigement de tables

Parmi les différents programmes de recherche dont s'occupe Caroline, elle doit régulièrement faire des prélèvements de neige sur des tables situées à un peu plus d'un km de la station. Après plusieurs jours de fort vent sur Dôme C, ces tables se sont retrouvées entièrement recouvertes de neige. Nous avons donc fait une petite expédition pour aller les libérer, voici la vidéo.

Eric LOTZ

Samedi 29 août 2009

Le début de la fin

Un petit vent de début de fin souffle actuellement sur la station. Nous avons appris il y a quelques jours nos dates de retour. Celles-ci varient en fonction de chaque hivernant et plusieurs paramètres entrent en jeu : la date d'arrivée à Dôme C (Laura est arrivée sur le premier avion début novembre 2008 alors que Caroline et moi sommes arrivés les derniers le 17 décembre), les envies personnelles (certains préfèrent partir vite, d'autres veulent rester plus longtemps), les contraintes logistiques, la date d'arrivée de nos remplaçants (certains ont de longues passations de consignes en perspective, et d'autres non), etc... Pour moi, la date fixée pour le moment est le 3 décembre, avec au retour le trajet inverse qu'à l'aller, c'est à dire un retour en avion via la Nouvelle-Zélande (certains rentreront par bateau via Dumont d'Urville puis la Tasmanie). Le 3 décembre, c'est dans 100 jours. C'est à la fois court et long, quand on sait comment le temps a une facheuse habitude de nous jouer des tours ici à Concordia. Le premier avion, quant à lui, est prévu pour le 10 novembre, soit dans deux mois et demi à peine. D'ici là, nous devons finir les tâches qui nous ont été assignées pour l'hiver, et bientôt nous mettre à préparer la campagne d'été et préparer le site pour l'arrivée des estivants, qui viendront chambouler notre petit train train quotidien et, paraît-il, nous envahir. Ce sentiment est habituel à la fin d'un hivernage aussi long que celui de Concordia (neuf mois). On a en effet l'impression d'être chez soi après tant de temps passé dans un environnement confiné, et l'arrivée de nouvelles personnes, même si elle est salutaire et nécessaire, peut être au début assez mal vécue par certains, qui sentent leur espace vital diminuer.
En prime deux photos du dernier avion (8 février 2009).

Eric LOTZ

de droite à gauche : Doc, Alex, et moi, sortis admirer notre premier lever de soleil depuis près de 3 mois. Il est environ 11 h du matin.

Jeudi 13 août 2009

Premier lever de soleil

Le soleil est revenu.
Aujourd'hui, 11 aout 2009, le soleil est réapparu à l'horizon. Nous ne l'avions pas vu depuis mai. Chacun vit l'évènement à sa manière. Les uns sont heureux de sortir de la nuit polaire et les autres en sont nostalgiques... je fais partie de la seconde catégorie. A partir de maintenant, les nuits vont diminuer pour nous conduire vers le jour permanent... Et la boucle sera bouclée !

Caroline JULLIAN

Moi-même durant la nuit polaireEn plein tournage !Premier Soleil

Mardi 11 août 2009

Depuis quelques temps des rumeurs courent... Certains disaient que cela allait arriver le 7 août, les astronomes le prévoyaient pour le 8... Finalement le grand jour, c'est aujourd'hui ! Celui qui met fin à 3 mois de nuit polaire...

Dans une cacophonie d'annonces faites à la radio et à l'interphone, mes compagnons d'hivernage ont crié en fin de matinée: "Le Soleil, le Soleil, venez voir, le Soleil est là !!!". Cela ne vous paraît peut-être pas grand chose, vous qui êtes sans doute en train de vous prélasser sur les plages françaises ou étrangères, mais, de notre côté de la planète, la dernière fois que nous l'avons vu, c'était le 5 mai...
En réalité, il est apparu timidement derrière l'horizon il y a quelques jours, vers midi, mais la brume de glace à l'horizon nous a empêché de l'observer nettement.

Cela met fin à une période caractérisée par une obscurité constante et une monotonie associée. Quelques uns de mes collègues espèrent que cette lueur presque oubliée leur fera retrouver une motivation perdue au fil des mois. Personnellement, et contrairement à l'avis de certains chercheurs, je pense que le retour du Soleil ne changera rien du tout. L'ambiance n'est guère différente de celle des premiers jours, et je suis désormais convaincu que tous les beaux discours qui ont pu être tenu à l'Agence Spatiale Européenne avant notre départ et ici même ne servent strictement à rien, si ce n'est à calmer les esprits durant un jour ou deux. Et puis rien. En réalité, la véritable leçon à tirer de cette vie quotidienne confinée est d'accepter l'autre. Tout simplement. Malheureusement pour certains, même un hivernage ne parvient pas à leur enseigner cette leçon. "La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres", pas vrai ? Parler n'est qu'une pure perte de temps et d'énergie. Croyez-vous pouvoir changer le caractère d'une personne de 45 ans, ou d'un jeune adulte confirmé ? Sera-t-il prêt à faire des sacrifices pour vous ? Totalement inconnu il y a quelques mois, en côtoiement quotidien forcé, vous ne le reverrez plus jamais. La réponse est non. Cet effort à fournir, qui peut être considérable dans certaines conditions, est ce même effort qui est la source de nombreux maux qui rongent nos pays.

Certains associent le retour du Soleil aux évènements prochains qui nous attendent, et non des moindres. Le retour du premier avion qui mettra fin à nos 9 mois d'isolement et puis, le retour chez nous... Quel changement ! Tout ça paraît si loin... Effectivement, de 15 à 20 000 kilomètres... Mais, il faudra attendre trois mois supplémentaires pour cela. Quelques uns sont déjà pressés de retourner chez eux depuis de nombreux mois. Une longue période d'attente les séparent de leur désir. Pour ma part, il me reste de nombreuses choses à accomplir avant de saluer définitivement le continent Antarctique, je souhaite juste que cette petite période qui me sépare de mon départ me suffira.

Je profite alors des dernières nuits pour filmer les scènes d'obscurité qui manquent à mon film. Dans 6 semaines, le jour sera permanent.

Jonathan ZACCARIA

Mardi 11 août 2009

Premier soleil après trois mois de nuit polaire

Après trois mois sans avoir vu le soleil, il est réapparu ce jour pour la joie de tous les membres de la base Concordia. Bien que la température soit de -70 °C et le windchill de -90°C, le soleil nous réchauffe le coeur à tous...

Eric LOTZ

Dimanche 2 août 2009

Clarté à midi

J'ai régulièrement des questions sur le niveau de clarté que l'on peut avoir en ce moment malgré que le soleil ne se soit pas encore levé et que l'on soit donc encore dans ce que l'on peut appeller la nuit polaire. Voici une video qui vous montre assez justement quelle clarté nous avons autour de midi, lorsque le soleil passe à son zénith, encore un petit peu sous l'horizon. Je rappelle qu'il devrait réapparaitre autour du 8 août, soit dans une semaine environ.

Eric LOTZ

 

Vendredi 31 juillet 2009

Photos astro

Le ciel de Concordia est très propice aux observations astronomiques du fait de sa clarté et de l'absence de pollution lumineuse. C'est la raison pour laquelle l'astronomie est en bonne place dans les programmes de recherche de la station (2 hivernants cette année, parfois 3 certaines années). Malheureusement, les téléscopes présents ici ne nous permettent pas de regarder les étoiles à l'oeil, mais permettent d'analyser la qualité du ciel ou de faire des mesures autres que simplement regarder avec ses petits yeux (pour plus d'informations je vous renvoie sur les blogs des astros des différentes missions).

Pour pallier un peu notre frustration de voir un ciel superbe avec nos simples yeux, Cyprien et Jonathan ont réussi la prouesse de nous faire quelques magnifiques photos dont voici deux exemples : l'une représente la voie lactée avec les deux nuages de Magellan et l'autre un amas d'étoiles appellé Oméga Centauri. Ces photos, contrairement à ce que l'on pourrait croire, n'ont pas été prises avec un téléscope mais avec un appareil photo reflex numérique (Canon 40d). Cet appareil a été mis dans une boite chauffante alimentée afin qu'il ne prenne pas froid, et la boîte a été fixée sur une monture de téléscope non utilisée pendant l'hiver (car le téléscope qui y est fixé habituellement observe le soleil, qui est absent depuis début mai). Cette monture tourne en permanence à la vitesse de rotation de la terre, ce qui permet de garder l'objectif toujours sur le même pan de ciel. Ensuite, un programme informatique relié à l'appareil permettait de prendre des photos avec des temps de pause de 10 minutes (d'où l'intérêt de faire tourner l'appareil photo en même temps que les étoiles pour ne pas avoir des traits à la place des points) pendant plusieurs heures d'affilée (5h en moyenne). Une fois toutes les photos prises, Cyprien les a retravaillées
une par une pour éliminer les bruits parasites, puis les a compilées (c'est à dire les a mises les unes sur les autres) afin d'améliorer le contraste entre les étoiles et le vide. Une fois tout ce travail réalisé, il a encore retouché un peu les couleurs pour obtenir le résultat que vous avez sous les yeux. Epoustoufflant non ?

Eric LOTZ

 

Message pour Riotord

Voici une petite vidéo de présentation de la base et des hivernants réalisée à l'intention d'un club junior d'astronomie, le club de l'étoile double de Riotord, comme vous pourrez l'entrendre sur la vidéo. Cette vidéo leur a été diffusée lors de la nuit des étoiles.

Eric LOTZ

Dimanche 26 juillet 2009

Aurore australe à Concordia

Voici deux photos d'Alex Salam datant d'il y a quelques jours. Sur la photo horizontale, vous pouvez apercevoir une aurore (verte) flottant au dessus de la station ; sur la photo verticale, en plus de l'aurore, vous pouvez apercevoir la voie lactée et comprendre d'un coup pourquoi le Dôme C est un site particulièrement intéressant pour l'astronomie. Nous avons donc eu la chance d'apercevoir peu avant le dîner notre première aurore australe. Comme vous pouvez le constater, celle-ci n'était pas très lumineuse, comme celles dont vous avez peut-être déjà vu les photos. Je vais essayer de vous en expliquer la raison, même si mes connaissances dans le domaine sont assez limitées.

Il y a en fait deux principales raisons au fait que nous ne voyons pas d'aurore spectaculaire à Concordia.

La première est un facteur temporel : les aurores (australes au pôle sud et boréales au pôle nord) sont un phénomène en rapport avec l'activité solaire qui est très faible actuellement, et qui sera par contre à son maximum dans 6-7 ans. L'aurore est en fait une ionisation des particules solaires qui entrent dans l'atmosphère terrestre au niveau des pôles de la planète, et donc qui dit faible activité solaire dit peu d'aurores et de faible intensité.

La seconde raison est géographique : Concordia se trouve au centre du "cercle auroral", ce qui ne nous situe pas bien pour voir correctement les aurores. Les stations se trouvant sur la côte et se trouvant en périphérie de ce cercle sont beaucoup mieux placées pour pouvoir les voir. En résumé, nous avons été chanceux de pouvoir apercevoir une aurore, et il n'est pas certain que nous en voyons beaucoup d'autres...

Si vous êtes friand d'aurores, rendez-vous dans 6 ou 7 ans sur le cercle arctique ou antarctique, pour un spectacle inoubliable !

Eric LOTZ

 

Mercredi 15 juillet 2009

Bonjour,

En ce jour de fête nationale française, toute l'équipe de la station franco-italienne Concordia vous envoie tous ses voeux. Le soleil, bien que caché sous l'horizon pour encore trois ou quatre semaines, nous a tout de même offert le plus fabuleux des feux d'artifices, comme vous pouvez le voir sur les photos ci-jointes.

Mercredi 8 juillet 2009

Voici maintenant un peu plus de deux mois que le soleil a disparu de notre horizon. Nous sommes au coeur de la nuit polaire, qui à Concordia dure environ trois mois. Même si nous ne voyons pas le soleil, ses rayons arrivent tout de même à nous envoyer un peu de luminosité en rebondissant sur l'atmosphère. Cette luminosité, nous la voyons aux alentours de midi. Maintenant que le solstice d'hiver est passé (21 juin), cette période avec un peu de clarté dure de plus en plus longtemps (actuellement un peu plus de trois heures, entre 10h30 et 13h30). Le soleil ne devrait quant à lui ne réapparaitre que dans la deuxième semaine d'août. Voici une video tournée ce jour avec Eric (l'électricien) et Guillaume (le plombier), par -69°C (-89°C de température ressentie avec le vent qui était à 4m/s).

Eric LOTZ

Mardi 23 juin 2009

Bluelight

Je vous avais déjà parlé il y a quelques temps d'un des programmes de recherche mené par Alex pour le compte de l'agence spatiale européenne (ESA) consistant à nous mettre des lumières dont le spectre est enrichi dans les tons bleus, et donc plus proche de la lumière naturelle du soleil. Pendant la nuit polaire, nous aurons en tout trois fois deux semaines de lumière bleue et Alex étudiera nos réactions à l'aide d'une montre avec un capteur de mouvement, de tests de vigilance sur ordinateur, de dosages de mélatonine dans notre salive ainsi que des questionnaires quotidiens sur notre sommeil et notre état de stress. Le but de ces lumières "bleues" est notament d'améliorer la qualité de notre sommeil et notre efficacité dans nos activités quotidiennes. L'application la plus évidente pour l'ESA est d'améliorer les performances de ses astronautes (notament pour les voyages de longue durée vers Mars), mais les applications sont en fait bien plus larges, et l'on peut imaginer le bénéfice que pourrait en tirer les peuples nordiques confrontés à de très courtes périodes éclairées pendant l'hiver ou plus largement toutes les personnes travaillant dans des bâtiments où ils ne voient quasiment pas la lumière du soleil de la journée. Nous avons déjà eu deux semaines avec les néons bleus et, est-ce seulement psychologique, mais nous avons pour la plupart ressenti une nette amélioration à la fois dans notre sommeil mais également dans notre motivation. Nous sommes repartis depuis ce samedi pour deux nouvelles semaines de lumière bleue. En illustration, voici une photo de mon bureau avec les deux types de néons ainsi qu'une photo des spectres lumineux des deux types de néons.

Eric LOTZ

Mardi 23 juin 2009

Joyeuse Midwinter !

Eric LOTZ

Base americo-argentine Belgrano II
Base Mc Murdo (USA)
Base Artigas (Uruguay)
Base Amundsen-Scott - Pôle Sud (USA)
Scott Base (Nouvelle-Zélande)
Midi pile à Concordia

Contre champ de la photo précédente au même instant

La tour météo

Mercerdi 10 juin 2009

Et oui! L'été approche! Actuellement, vous vous préoccupez sans doute de la prochaine destination de vos vacances ou du nombres de jours de congé que vous allez prendre... tandis que la télévision crache ses idioties quotidiennes pour vous convaincre de perdre quelques kilos avant l'été ! La chanson estivale est peut-être déjà sortie et vous n'hésiterez sans doute pas à apprendre sa chorégraphie par coeur pour allumer les pistes de danses qui bordent les plages. Comme dirait ces imbéciles de la télé : êtes-vous "juilletiste" ou "aoûtien" ?

Enfin...
Je crois qu'il y a des choses qui ne changent pas, pas vrai ?

ci aussi de l'autre côté du globe, il y a des choses qui ne changent pas. La nuit noire et complète est omniprésente. Ou presque. En réalité, une faible lueur frôle à peine l'horizon entre onze heures du matin et une heure de l'après-midi. Le Soleil parvient tout de même à nous atteindre de ses rayons. Ceci est du à la diffusion de la lumière dans l'atmosphère. Si nous étions sur une planète totalement déserte et dépourvue d'atmosphère, la nuit noire apparaîtrait dès la disparition du Soleil en dessous de cette mince ligne qui sépare le sol du ciel, nous privant ainsi de ses magnifiques couchers et crépuscules que nous avons tous observés un jour. Sur Terre, il faut que le Soleil soit situé à plus de 18° sous l'horizon pour ne plus apercevoir ses résidus de lueur. A Concordia, au plus haut de la journée il se situe à 8° sous l'horizon. Même au Pôle Sud précisément, au coeur de la nuit polaire (le 21 juin jour du solstice), à midi précise, le ciel n'est pas noir à 100% : il y aura toujours une infime bande de lumière pâle très bas sur la voûte céleste laissant deviner que l'étoile à laquelle nous devons la vie existe encore.

Nous avons pris les habitudes de notre nouvelle vie quotidienne. A chaque fois que nous sortons, nous utilisons nos lampes frontales en permanence, en suivant les câbles électriques qui mènent aux différents shelters scientifiques comme ligne de vie. Au retour, nous sommes guidés par les fenêtres de la base qui émettent un faible éclairage. Si nos sorties durent plus d'un quart d'heure, comme lorsque j'accompagne la glaciologue pour relever des échantillons de neige ou autre, nous nous préparons en fonction : chaufferettes dans les gants et les bottes, double paires de chaussettes, caleçons long, double cagoule intégrale, etc... Nous rejoignons dans ces conditions un abri chauffé (à +5°C ! économie d'énergie oblige !) à peu près toutes les demi-heures. Une fois réchauffés et remis de nos émotions, nous sortons de nouveau par tranche d'une demi-heure trois quarts d'heure. Ainsi sont effectués les travaux en extérieur. En revanche, dès que nous ôtons nos moufles des mains (sans jamais enlever les sous gants bien entendu !), comme pour prendre une photo par exemple, il est impossible de résister à la douleur plus de cinq minutes avant de rentrer directement à la base !

Sur cette photo, où j'éclaire Laura avec ma lampe torche, nous voyons la tour météo dont elle débarrasse régulièrement les détecteurs de givre, de neige et de glace. Isolée à quelques 800 mètres de la base, elle comporte des anémomètres (vitesse du vent), des girouettes (direction du vent), des thermomètres, des hygromètres (humidité), dont les valeurs instantanées sont envoyées toutes les minutes à la station. Ce sont d'ailleurs ces valeurs qui figurent en bas de chacune de mes lettres !

Je vous souhaite de bons préparatifs pour vos vacances ! En attendant les nôtres... début 2010...

Jonathan ZACCARIA

 

Jeudi 4 juin 2009

Concordia by night

Eric LOTZ

 

Samedi 30 mai 2009

Le Prince Albert de Monaco à Concordia

Voici, avec retard, la video du passage du Prince Albert de Monaco à Concordia, les 16 et 17 janvier 2009. Le Prince Albert faisait alors un voyage d'environ un mois en antarctique visitant nombre de bases scientifiques, suite à la signature du Traité de l'Antarctique par la principauté en 2008. La principauté est le 47e état à signer le Traité.

Eric LOTZ

 

 

Mardi 26 mai 2009

Alimentation en eau

L'antarctique représente 70% (si ce n'est plus) des réserves d'eau douce de la planète, sous forme de glace. C'est donc tout naturellement que notre approvisionnement en eau s'effectue à partir de cette glace. A l'aide de la chargeuse, le mécanicien ou le responsable technique vont chercher des godets de neige dans la zone dite "propre" de la station, et les mettent dans ce que l'on appelle le fondoir. Ce fondoir a pour but, comme son nom l'indique, de faire fondre la neige. L'eau ainsi obtenue passe par différents filtres afin d'en éliminer toutes les impuretés, avant d'arriver dans nos robinets. La majeure partie de notre eau sera retraitée après utilisation dans notre unité de traitement des eaux grises (GWTU pour Grey Water Treatment Unit), mais cela sera le sujet d'un prochain article.

Eric LOTZ

Parasélène

Quel anniversaire ! De gauche à droite : Laura, Max et Moi !

ClairClair de Lune

Mercredi 13 mai 2009

J-1. Le Bilan.
Demain, cela fera exactement 6 mois que j'aurai mis pied à terre, ou plutôt "à glace", sur le sommet du troisième dôme le plus haut de l'Antarctique. Quel est le bilan de cette demie année déjà passée ici ? Je dirais que l'ambiance globale est plutôt bonne, sans être excellente. Aucun sous-groupe ne s'est formé, ce qui aurait pu se produire : personne de même âge ("les vieux" / "les jeunes"), de profession similaire (les "techniciens" d'un côté, les "scientifiques" de l'autre) de même nationalité (italiens / français, nous avons un anglais francophone cette année, heureusement pour lui, il se serait retrouvé tout seul !), de même sexe (les deux femmes contre le reste du monde ?). En revanche, nous sommes tous si différents que nous vivons presque comme si nous formions douze groupes de une personne. Il est quasi impossible de réaliser une activité, quelqu'elle soit, en groupe.

Bien sûr, l'atmosphère générale quotidienne reste soumise aux aléas des humeurs de chacun, ce qui se ressent fortement lors des repas : deux seuls uniques moments de la journée ou nous sommes tous les douze réunis...

Je reste néanmoins surpris de constater, tout comme cela s'était produit les quatre hivernages précédents, et malgré les avertissements de l'Agence Spatiale Européenne, que la gente française ne fait quasiment aucun effort de communication envers les représentants italiens, certes en minorité. A l'inverse, nos cousins mangeurs de pâtes n'hésitent pas à apprendre le français, pour qui cette langue était inconnue, ou à se remémorer ses souvenirs d'école.

Evidemment, la routine installée depuis le début de l'hivernage est désormais énorme. Il est remarquable de constater que le manque d'activité cérébrale tend l'individu à donner une proportion démesurée à d'infimes problèmes quotidiens (qui débarrasse la table, ne la débarrasse pas ; qui aide, qui n'aide pas ; qui fait mieux les tâches ménagères que d'autres, etc...). Il est donc important selon moi, voir fondamental, d'avoir une activité extra professionnelle sur laquelle se concentrer, dans le but de se rapprocher le plus possible d'une vie équilibrée (en omettant bien sûr toute vie sociale ou sentimentale ici). Si Alex joue de la batterie (électronique !) presque tous les jours, Max continue ses études de pilote de ligne à distance, personnellement, j'essaie de faire partager cette expérience via les moyens dont je dispose ici : images, blog...

Hier soir, nous sommes sorti pour faire une photo dehors après avoir fêté le 36ème anniversaire de Laura (à trois ! nous n'avons encore jamais été aussi nombreux pour un anniversaire !). Comme à l'accoutumée par ces températures, je n'ai effectué que quatre ou cinq clichés avant que l'appareil ne soit totalement gelé. L'un d'entre eux met en évidence un phénomène courant à ces latitudes : un halo lumineux autour de la Lune (parasélène) ou du Soleil durant l'été (parhélie). Ce halo est due à des cristaux de glace en suspension dans l'air (l'équivalent chez nous du brouillard) qui dévie la lumière sous une certaine incidence, formant une jolie couronne illuminée.

Cela fait maintenant une semaine que le Soleil nous a complètement quitté, il ne réapparaîtra que dans trois mois. Il nous laisse comme seul compagnon notre petit satellite, qui donne un aspect cendré aux milliers de kilomètres carrés de névé qui nous entourent, ainsi qu'aux peu de nuages qui passent de temps à autre au dessus de nos têtes. Lorsqu'il se couche l'obscurité la plus totale lui succède, la plus complète,... par -70°C.

Jonathan ZACCARIA

 

Désormais, la nuit l'emporte sur le jour. Lever du Soleil vers 10h, coucher vers 14h... Dans deux semaines, viendra la nuit polaire et ses 3 mois d'obscurité. Sur la photo dont le temps de pose est de 30 secondes, on distingue très bien la tour "calme" de la tour "bruyante". Au dessus de la base et sans trucage: la Voie lactée, visible très nettement à l'oeil nu.
© Jonathan Zaccaria

Vue de la station d'épuration
© Jonathan Zaccaria

© Jonathan Zaccaria

Mercredi 29 avril 2009

L’eau est une denrée rare dans ce monde de glace

Dans deux semaines, la station Concordia entrera dans un long trimestre de nuit totale, et les ciels sont déjà très étoilés. Jonathan nous raconte la gestion compliquée d’une ressource pas si abondante, l’eau potable.

Alors que les stations côtières dessalent l’eau de mer, ici, à Concordia, l’eau provient de la neige située aux alentours de la station et que l’on fait fondre dans un bac adapté: le fondoir. D’une capacité de neuf mètres cubes, il est rempli régulièrement à la pelleteuse selon les besoins de la station. L’eau de fonte de neige antarctique alimente en eau courante toutes les infrastructures de la base (eau potable, machines à laver le linge et la vaisselle, douches, urinoirs, etc…).

Un système de traitements des eaux usées, GWTU (Grey Water Traitement Unit), unique en son genre et pensé par l’ESA (l’Agence Spatiale Européenne) recycle 80% des eaux usées par ultrafiltration, nanofiltration et osmose inverse. Une fois traitées, elles sont ensuite réinjectées dans le circuit d’eau domestique. Le petit nom d’usage sur place pour ce système est “la blonde”… Je ne connais pas encore l’origine de ce petit nom (1)…

Après retraitement, l’eau est potable et n’a pas de goût particulier. Mais pour des raisons de sécurité (en cas de mauvais fonctionnement de la machine par exemple), l’eau que nous buvons est directement l’eau de neige fondue pour éviter tout type de contamination. Pour des raisons techniques, il est interdit d’uriner dans les douches, pour éviter d’endommager le système de traitement…

Le seul hic dans tout ceci : les urines, les eaux très sales (de nettoyage des sols par exemple), et les boues résiduelles du traitement des eaux (les 20% restants) sont laissées sur place, faute de solution technique pour ramener des déchets liquides de ce type à la civilisation (problèmes de stockages, de douanes, etc…). Une possible solution consisterait à obtenir des boues solides qui puissent être stockées et ramenées facilement.

Ce genre d’équipement est unique au sein des bases continentales, les autres stations situées sur le plateau antarctique laissant tous ces types de déchets sur place. Toujours pour des raisons de compatibilité avec ce système de traitement des eaux, les produits de toilette personnels sont interdits. Une seule marque de savon et de shampooing est autorisée et est fournie par les instituts polaires. Le GWTU est un prototype dont l’une des futures générations équipera les prochains vols habités vers Mars.

(1) NDLR : l’unité GWTU est surnommée «la blonde pour sa capacité à changer d’humeur sans prévenir».

Jonathan ZACCARIA

 

Mercredi 22 avril 2009

Le froid et les sorties

Beaucoup d'entre vous s'interrogent pour savoir si nous sortons quand il fait très froid. La réponse est oui, bien entendu. Sinon, nous ne sortirions jamais. Actuellement, les températures oscillent entre -60 et -75°C. Le but de la mission est de réaliser des expériences scientifiques spécifiques au site, comme des prélèvements quotidiens de neige, l'analyse de l'air, des lâchers de ballon météo, des observations astronomiques, des mesures de champ magnétique, etc...

Toutes ces expériences nécessitent un travail de terrain en plus d'un travail de laboratoire bien au chaud dans la station. Néanmoins, il nous faut nous protéger du froid quand nous sortons. Personnellement, quand je dois sortir, pour le moment, en plus de mes habits habituels (jean, tshirt, pull-over), je rajoute une grosse paire de chaussettes de ski, une veste polaire, ma combinaison et mes bottes de glacier. De plus, on ne peut pas se permettre de laisser dépasser le moindre centimètre carré de peau, qui gèlerait très vite.

J'en ai moi-même fait l'expérience il y a peu, en laissant un peu de ma joue au froid car j'avais mal ajusté mon masque. En à peine 5 minutes (le temps de revenir de la plateforme astroconcordia), je m'étais fait brûlé par le froid. La brûlure est restée deux semaine environ. Sur les photos ci-jointe, vous pouvez voir comment je protège entièrement mon visage avec un tour de cou et un bonnet que je coince sous mon masque. Vous pouvez également voir ma combinaison après être resté une bonne heure dehors : vous ne rêvez pas, elle gèle. Ce qui signifie que sous la combinaison, la température est en dessous de zero degré.

Lors d'un hivernage précédent, un test avait été fait avec un thermomètre qui indiquait que la température sous la combi était de -15°C. D'où l'intérêt de mettre plusieurs couches de vêtements en dessous pour se protéger du froid, et d'où la nécessité de déshabiller immédiatement un blessé qui serait resté longtemps dehors, pour qu'il se réchauffe plus vite, la température dans la station étant de l'ordre de 20°C.

Eric LOTZ

Lundi 20 avril 2009

Lune Concordienne

Voici une video faite par la passerelle de la station il y a une ou deux semaines. Vue sur le camp d'été avec la lune qui se lève sur un bel arc anticrépusculaire.

Eric LOTZ

Samedi 18 avril 2009

Présentation des hivernants

Voici une petite video que j'ai réalisé avec tous les hivernants de Concordia. Il s'agit de la présentation de chacun, en musique. Enjoy !

Eric LOTZ

Jeudi 9 avril 2009

Message de soutien des hivernants de la station Concordia aux personnes victimes du séisme à Aquila.

Eric LOTZ

Le rayon vert

Le rayon vert... bleu !

Apparition du rayon vert : coucher de Soleil derrière un mirage de l'horizon antarctique.
Au centre : "la tour américaine", d'une hauteur de 45m, elle comporte plusieurs instruments de mesure.

Vendredi 3 avril 2009

Extraordinaire. Tout à fait extraordinaire ! J'avais manqué sa première apparition il y a deux semaines de cela. Depuis, j'observe chaque jour (ou presque, lorsque j'ai du temps libre à ce moment là) le coucher du Soleil dans l'attente de voir enfin le fameux rayon vert. Je n'ai jamais eu l'occasion de l'observer jusqu'aujourd'hui.

Explication...
Une partie de l'énergie que nous envoie le Soleil est diffusée par l'atmosphère avant d'atteindre le sol, ou nos yeux. Les molécules de l'atmosphère ont tendance à diffuser majoritairement le bleu (c'est ce qui donne cette teinte particulière à notre ciel). Cette diffusion est d'autant plus importante que la couche d'atmosphère traversée par les rayons lumineux du Soleil est importante. C'est pourquoi lors d'un coucher de Soleil très bas (typiquement sur l'horizon : la mer, ou l'Antarctique par exemple !) le Soleil prend une teinte appauvrie en bleu : une teinte chaude jaune orangé. La diffusion du vert par l'atmosphère étant moindre que celle du bleu, on peut apercevoir également une teinte verte.

L'indice de l'air n'étant pas constant en fonction de l'altitude (il dépend entre autre de la température), les rayons ne vont pas tous être déviés (réfractés) de la même manière en pénétrant dans l'atmosphère. Cette réfraction sera d'autant plus importante que la couche d'atmosphère traversée est importante (puisque l'atmosphère n'a pas un indice homogène, plus les rayons avancent, plus ils sont déviés). C'est donc au plus bas, lors de la disparition du Soleil, que ce phénomène est le plus important : on voit donc juste avant le coucher une lueur verte apparaître au dessus du Soleil.
Lorsque certaines conditions atmosphériques particulières sont réunies (comme ici : présence de mirage qui accentue le phénomène, une faible diffusion due à l'atmosphère très sèche et aux très basses pressions du site (645Hpa en moyenne), d'autres couleurs que le vert peuvent apparaître comme le bleu ou le violet.

En regardant l'horizon, je me disais bien que ce coucher allait être beau : pas de nuages, une température bien froide et un air très très sec. J'ai donc ouvert la fenêtre et installé mon appareil photo juste devant sur un trépied. Je prenais une photo toutes les 5 secondes pour en faire ensuite une animation. Et par chance, ce fut un de ces moments ou ce fameux rayon vert est apparu. Sur quelques uns des 400 clichés effectués, on peut distinguer plusieurs couleurs, non seulement du vert, mais aussi du violet ou du bleu comme sur la photo ci-dessus.

Voici la manière dont il est apparu. Le soleil ne s'est pas couché à l'horizon comme d'habitude, mais sur une image de l'horizon. Il a disparu derrière un mirage (on le distingue très clairement ci-dessous). Fantastique.

Jonathan ZACCARIA

Nos ombres fantômes devant les tours de Concordia lors de la première obscurité, au clair de Lune

Coucher de Soleil depuis une fenêtre des tours de Concordia

Coucher de Soleil

Vendredi 20 mars 2009

La nuit commence à se faire de plus en plus présente. Nous sommes sorti un soir vers minuit pour observer la première obscurité. Nous avons pu constater que la lueur du "jour" ne disparaissait pas totalement. Même si le Soleil était déjà derrière l'horizon, les couleurs chaudes du crépuscule éclairèrent toute la nuit durant une infime partie de la voûte céleste. La pureté de l'atmosphère nous permit de voir à la fois la nuit, au dessus de nos têtes, et le jour, à l'horizon.

Avec la nuit vient le froid. Toujours plus intense. Le manque de Soleil fait baisser les températures le soir en deçà des -60°C. Cette température rend les sorties vraiment inconfortables : nous sommes obligés de couvrir entièrement nos visages pour éviter les gelures, et cela nous gêne la respiration. Je ne peux pas porter mes lunettes de vue (car la buée provoquée par la respiration gèle dessus), mais conserve le masque de montagne pour protéger mes yeux. A travers celui-ci qui se couvre de glace au fur et à mesure que je marche, je ne vois pratiquement rien...

Je regarde donc les fabuleux couchers de Soleil tranquillement depuis les tours. J'ouvre les deux fenêtres à double vitrage. Un courant d'air glacial entre doucement à l'intérieur du laboratoire chauffé à 19°C où je me trouve, au troisième et dernier étage du bâtiment calme.

J'ai pris cette photo il y a deux jours. Il faisait particulièrement froid, et donc particulièrement sec (plus il fait froid, plus l'humidité de l'air tombe en cristaux et plus il fait sec). L'air était donc extraordinairement pur et transparent, nous offrant un coucher de Soleil hors du commun. La réfraction de l'air nous a permis de bénéficier d'une heure de plus de jour, le soleil s'étant couché une heure plus tard, autour de 19h15.

A l'intérieur des bâtiments, nous apprenons à nous connaître. Nous nous connaissons chaque jour toujours plus et cohabitons de mieux en mieux. Pourvu que ça dure !

Jonathan ZACCARIA

Lâcher de ballon sonde quotidien à 19h30 heure locale : mesures météorologiques de pression, température et humidité. La nuit commence à apparaître. © Jonathan Zaccaria

Escalier permettant de sortir de la station. © Jonathan Zaccaria

Laura, glaciologue, effectuant ses relevés mensuels (extrait de la bande vidéo) © Jonathan Zaccaria

Jeudi 12 mars 2009

Après de longues semaines de silence, l’hiver austral s’installe et les hivernants retrouvent un rythme de travail plus normal. Jonathan accompagne la glaciologue de l’équipe par —52°C, pour les relevés de neige.

Au sein de notre équipe de douze personnes, il y a trois italiens. Parmi eux, Laura, l’une des deux femmes de la base. Ici elle s’occupe des expériences de météorologie et de glaciologie. Comme c’est l’une des activités qui a fortement participé à la réputation de la station, je ne pouvais m’empêcher de l’accompagner pour la suivre lors de ses différentes sorties de mesures et relevés, pour filmer.

La semaine dernière, je l’ai accompagnée à trois kilomètres de la station. Après le quart d’heure réglementaire pour s’habiller et se préparer (sous-gants, gants, moufles, tour de cou, bonnet, masque néoprène, chaufferettes, bottes, veste polaire, manteau polaire, radio allumée, batterie de rechange, crème hydratante pour les lèvres…), nous sommes sortis en moto des neiges, une des dernières sorties en véhicule de la saison, puisque bientôt les températures seront trop basses pour que les machines fonctionnent dehors. Suivant la procédure habituelle, j’effectue un appel radio pour prévenir notre absence. Habituellement, mes collègues hivernants le font auprès de moi puisque l’une de mes fonctions est de prendre en charge les communications radio. Cependant en mon absence c’est le chef de station, qui est aussi médecin, qui prend mon relais(1).

—Doc, doc ! pour Jonathan.
— J’écoute Jon !
—Ouieuuuh, je sors avec Laura et Max comme prévu pour aller relever les balises à 3 km vers le sud.
—Ok, prochain contact dans 1/2h. N’oubliez pas le téléphone Iridium au cas où.
—Ok bien reçu, à tout’

J’installe le microphone cravate autour du cou de Laura, scratche la housse polaire autour de ma caméra et hop dehors ! Il fait —52°C aujourd’hui. La courroie de la moto des neiges peine à tourner, les chenilles crissent, après 10 minutes de chauffe, nous démarrons doucement. Trois kilomètres plus tard, après 15 minutes de «route» cabossée par les sastrugis(2), nous arrivons à un panneau digne de la pub « kiss cool ». Une pancarte en bois au milieu d’un espace totalement blanc, uniforme et plat jusqu’à l’horizon : «No vehicule beyond this point»! Ceci marque le début d’une «zone propre» interdite d’accès, sauf au personnel autorisé. C’est dans cette zone que les glaciologues effectuent des prélèvements et mesurent différents paramètres.

CONCORDIA le 12 mars 2009 à 14:11 locale
Temp = 45.2°C
Température ressentie = 57°C
Humidité relative = 53%
Pression atmosphérique = 642.3hPa

Vent d’Est-Sud-Est, vitesse 2.6m/s (9,4 km/h)

Cette fois-ci, Laura va mesurer la hauteur de piquets plantés dans la neige. Elle m’explique que d’une année sur l’autre, ceci permet de déduire la quantité de neige tombée en Antarctique. Avant de venir ici, Laura travaillait au Laboratoire de Géochimie isotopique de l’Université de Trieste (nord de l’Italie). Elle a précédemment obtenu son doctorat en réalisant une thèse axée sur les précipitations neigeuse en Antarctique et leur influence sur le « bilan de masse de la calotte glaciaire Est Antarctique». Elle m’explique en italien:

«Le but de cette mesure de piquets n’est pas tant de connaître la quantité de neige tombée, mais surtout de savoir si la masse de l’Antarctique augmente ou diminue d’une année sur l’autre. L’improbable situation dans laquelle tout l’Antarctique fonderait, causerait une montée des mers de 60 m. Par conséquent, savoir si la quantité de neige qui tombe en Antarctique augmente ou diminue nous aide à faire des prédictions sur le futur niveau des océans.»

Elle relève ainsi la hauteur d’une cinquantaine de piquets. Elle a été plus lentement que d’habitude car je lui demandais souvent de s’arrêter pour avoir le temps d’effectuer des prises de vue. Au total: trois heures dehors. Par chance, le vent ne s’est pas levé ce qui aurait rendu cette sortie insupportable et l’aurait sans aucun doute écourtée.

Laura a également travaillé sur l’analyse des carottes de glace antarctiques, en particulier des projets Taldice et Epica. Après toutes ces années de travaux sur les données du grand continent blanc, elle y met pour la première fois les pieds! Elle me confie qu’à son retour, elle se consacrera à un tout autre métier après s’être marié avec l’homme qui l’attend patiemment tout le reste de l’année: celui de mère de famille!

(1) Lire l’interview du docteur Eric Lotz quelques semaines avant son départ pour l’Antarctique
(2) Petites dunes de glace dessinées par les vents dominants.

Jonathan ZACCARIA

Samedi 28 février 2009

Lutte anti-incendie

Parmi mes nombreuses casquettes, je suis également le chef des opérations en cas d'incendie.
Le feu est une préoccupation importante dans les bases polaires, car la destruction d'un bâtiment (ou encore pire de la station toute entière), aurait pour nous des conséquences dramatiques.

Nous avons bien une solution de secours, qui serait de s'installer dans le camp d'été après un incendie, jusqu'au mois d'octobre, période de l'année à partir de laquelle un avion pourrait techniquement venir nous rechercher. Dans le camp d'été, nous avons une réserve de nourriture suffisante pour tenir plusieurs mois, de même qu'une centrale électrique et du chauffage, et un petit hôpital (bien plus sommaire que ce que j'ai à ma disposition dans la base elle-même). Nous y avons également tous mis un sac de survie avec des vêtements personnels dont nous aurions besoin.

Cependant, si nous avions un incendie, nous tenterions bien entendu de l'éteindre avant de nous replier sur le camp d'été. Tous les hivernants sont alors mis à contribution et chacun a une tâche spécifique : je suis le commandant des opérations (je coordonne les différentes équipes, donne l'ordre de couper l'électricité et la ventilation, autorise les équipes à monter au feu, donne l'ordre d'évacuation de la base quand il n'y a plus rien à faire, etc...), Alex (mon collègue médecin britannique) s'occupe d'éventuels blessés, il y a deux binômes qui s'habillent en pompier pour monter au feu, certains doivent rapatrier les extincteurs au pied des escaliers, une équipe est chargée de mettre en route la moto-pompe qui nous délivre de l'eau pour les lances à incendie, que nous n'utiliserions que si les extincteurs ne suffisaient pas à vaincre l'incendie.
Une fois par mois, nous devons faire un exercice ou une formation incendie, afin de nous maintenir en alerte.
Cette semaine, j'ai donc simulé (à l'aide d'un activateur de détecteur incendie) un feu dans la salle de sport, située au 2e étage du bâtiment bruyant. Je l'ai fait le matin, à une heure où un tiers de la base dormait encore, afin de tester leur réactivité au saut du lit. L'exercice a été plutôt concluant, mais nous espérons que ce ne seront que des exercices.

Le prochain sera une évacuation par la chaussette d'évacuation située au 2e étage du bâtiment calme...

Eric LOTZ

La course du soleil à minuit le 19 janvier

La course du soleil à minuit le 14 février

Samedi 28 février 2009

Trois semaines exactement. Que nous sommes seuls. Douze personnes. C'est tout.
Les bases les plus proches se situent à 1000km : Dumont d'Urville, Mac Murdo, Vostok, et ne contiennent chacune d'elles que quelques âmes. Toutes les bases permanentes entrent dans l'hiver. Sur ce territoire gelé plus grand que l'Europe, nous sommes à peu près 1100 individus désormais. Le dernier avion nous a quitté le 8 février, emportant avec lui les derniers campagnards d'été, le bruit et la confusion de la campagne d'été. Les quelques premiers jours entre nous ont donné lieu a une euphorie passagère, où chaque hivernant pouvait enfin organiser sa journée comme il le voulait, loin des chefs, des sous-chefs et des contraintes d'une communauté nombreuses de 70 personnes. J'ai notamment, comme mes camardes d'ailleurs, été l'objet d'une certaine désillusion. Je pensais pouvoir être tranquille : fini les journées de 14h de boulot, 7j/7 !

Je m'étais trompé. Les premiers jours consistent tout d'abord à tout organiser pour l'hiver. Ceux qui sont partis ont laissé derrière eux tout en vrac, tel quel. Non pas volontairement, mais la logistique polaire a ses contraintes et les délais sont courts, certains partent en laissant tout en vrac derrière eux...
Il faut tout ranger, nettoyer, assumer le travail que l'on fera désormais seul, faire les inventaires, etc... De mon côté, en dehors de mon travail quotidien de relevés scientifiques, (je m'occupe de 7 "manips" comme on les appellent ici : sismologie, 2 manips de géomagnétisme, radiométrie de la neige, champ électrique terrestre, taux d'ozone, aérosols), je ramasse toutes les merdes informatiques de tout le monde. Non seulement les miennes (ah, oui, je suis aussi responsable du réseau et du parc informatique de la base), mais aussi celles des collègues, que ce soit des pannes professionnelles ou personnelles. De toute façon, ici, je ne fais pas la différence. Que se passe t-il si vous refusiez d'aider quelqu'un pour réparer son ordinateur perso qui est en panne et que le lendemain vous avez besoin de son aide pour votre travail ?
Les pannes matérielles sont nombreuses, et elles occupent en fait la majeure partie de notre temps. Calez entre tout ça les exercices incendies, les tours de ménage, les tests des générateurs, les réunions, et au final vous êtes au taquet du lundi au dimanche... et rebelote... Le peu de temps que nous avons nous le consacrons à écrire des méls, des lettres comme celles-ci ou à regarder des films en groupe, ou à boire des apéros pour se reposer et papoter en pensant un peu à autre chose.

Les pannes nombreuses sont dues aux conditions extrêmes de sécheresse de l'air (qui en entraîne des chocs électrostatiques à répétition : des composants tombent en panne, des machines perdent leur configuration, etc...), au manque de pression : l'air ventilé dans les machines n'est pas assez dense et les composants électroniques comme les cartes mères et disques durs brûlent physiquement.
De plus, les expériences sont modifiées d'années en années, parfois sans aucune documentation écrite commentant les améliorations effectuées. Bref, vous vous retrouvez devant une boîte noire, un méli-mélo de scripts, de fils, de machines et d'ordinateurs... et il faut que ça marche ! Voilà notre lot quotidien. En tout cas le mien.

Quelles sont les dernières nouvelles ? et bien, comme vous le voyez sur ces photos, la nuit commence peu à peu à apparaître... et avec elle, le froid, le vrai. Celui qui vous glace le visage si vous ne le protégez pas. Filmer dehors, même si pour l'instant le matériel tient bon (j'en prend soin), commence à devenir parfois vraiment douloureux en plus d'être compliqué. Les températures sont désormais de -50°C. C'est une barrière à franchir. A partir de là, chaque souffle de votre respiration devient un brouillard dense qui se dépose sur tout : vêtement, oeilleton de la caméra, lunettes de vue, masque, etc...

pour l'instant, il ne fait pas encore suffisamment noir pour voir les étoiles et nous sommes tous désireux de voir leurs premières lueurs. Cela fait seulement trois semaines que nous vivons tous ensemble et j'ai l'impression de les côtoyer déjà depuis des années. La promiscuité, malgré ses défauts, a aussi ses bons côtés.

Allez, souhaitez-nous un bon hivernage !

Jonathan ZACCARIA

Vendredi 20 février 2009

Recherche biomédicale

Je vous avais déjà indiqué que l'ESA (European Space Agency, ou Agence Spatiale Européenne) était impliquée dans la recherche biomédicale à Concordia, par le biais de mon collègue britannique Alex Salam. Si l'ESA s'intéresse tant à Concordia, c'est que la vie ici-bas est ce qui ressemble le plus sur la planète à ce que peut-être un voyage spatial : isolement total, faible pression atmosphérique, conditions extrêmes à l'extérieur, absence de faune et de flore, et surtout absence d'alternance jour/nuit... Il y a donc plusieurs études en cours à Concordia sur les hivernants, durant toute la durée de notre séjour.
Celle dont je vais vous parler aujourd'hui et pour laquelle nous avons donné de notre temps cette semaine est en fait une association de deux études : blue light et nightsocks.
Le but de ces études est de trouver des contre-mesures à l'absence de rythme jour/nuit qui perturbe le rythme circadien de chaque individu. Les astronautes sont également confrontés à la nuit permanente et cela peut mener à des troubles du sommeil, de l'irritabilité, une baisse de performance physique et intellectuelle, des modifications hormonales, etc... Trouver des méthodes simples permettant de "recaler" le rythme circadien dans ces situations peut donc s'avérer payant.
Les deux contre-mesures étudiées à Concordia cette année sont dans le nom des études : blue light pour lumière bleue et nightsocks pour chaussettes la nuit.

Lumière bleue ne signifie pas une lumière que nous verrions bleue mais un enrichissement du spectre lumineux en couleur bleue, pour se rapprocher plus de la lumière naturelle du soleil. Pendant la période hivernale, nous installerons donc dans les parties communes des néons dont le spectre de la lumière sera enrichie dans la gamme bleue. Le fondamental de cette étude étant qu'en ayant une lumière plus proche de la lumière naturelle, la sécrétion de mélatonine de notre organisme (qui est en partie responsable de la régulation du sommeil) sera moins perturbée et nous permettra d'avoir un meilleur sommeil.

Pour ce qui est des chaussettes la nuit, il s'agira, comme vous le comprenez, de porter des chaussettes pour dormir. Le corollaire de cette étude est que la déperdition de chaleur du corps au moment de l'endormissement se fait par les extrémités (principalement mains et pieds) et que si on retarde cette perte de chaleur, on s'endort plus facilement.
Pour mesurer les effets de ces mesures, plusieurs outils sont utilisés : des questionnaires que l'on remplit le matin sur notre sommeil, un bracelet montre "actiwatch" qui mesure nos mouvements en permance et donc si l'on bouge beaucoup ou non pendant la nuit (indicateur de la qualité du sommeil), des tests de rapidité et de logique sur ordinateur, un enregistrement cardiaque (holter ECG) pendant 24h et la mesure du taux de mélatonine sécrété dans la salive.

Cette semaine, il s'agit d'une semaine "témoin" où nous n'avons ni lumière bleue (car il fait encore jour quasiment 24h/24) ni chaussettes pendant la nuit. Nous portons néanmoins la montre actiwatch, remplissons les questionnaires et avons eu le droit à un holter ainsi qu'aux tests sur ordinateur...

Eric LOTZ

Dimanche 8 février 2009

Cinquante troisième jour : premier jour d’hivernage

Le temps semble s’être un peu levé car de la lumière pénètre par la fente que j’ai l’habitude de laisser ouverte avec mon store. Je jette un œil dehors, l’avion prévu pour 8h est encore là…Et les techniques refuellent ? Je croyais qu’il n’y en aurait pas besoin. Je m’habille et vais déjeuner, tiens, c’est encore dans la salle manger, normalement on devrait passer dans le salon bientôt. Personne. Je croise Eric qui me dit que la météo sur Progress (station russe) est trop mauvaise et que l’avion doit partir pour une autre base située à environ 8 de vol. C’est pour cela que les techniques ont été mobilisés pour compléter les réserves.
Je sors les rejoindre, Jon est déjà en place pour tourner. Nous nous serrons la main et la porte de l’avion se referme. Eric, Guillaume, Jon, Max, Alex et moi faisons une haie d’honneur et agitons les bras un bon moment. L’aventure va débuter dans quelques minutes…Je ne réalise pas que c’est le dernier avion, les derniers êtres humains que nous voyons à part nous-mêmes…Enfin, le pilote après ses différents contrôles « démarre ». Nous nous prenons une dernière fois un nuage de neige en pleine figure. C’est magique de voir ces volutes dissimulées l’avion que nous ré apercevons passer derrière la tente EPICA. Il va en bout de piste puis fait demi-tour. Il reprend un élan relatif et un moment nous pensons qu’il fait juste ses traces dans la poudreuse tombée hier…Mais non, il décolle. Nous nous attendions à ce qu’il nous refasse un rase-mottes mais il s’éloigne vers le sud après son demi-tour. Nous pestons…Ils vont prendre cher s’ils reviennent !
Bref, ça y’est l’hivernage débute avec une annonce générale.

8 février2009, 9h02 (1h02 UTC), début de la DC5 !!!!!!

Dear all,
the last plane took off from Dome C - Concordia on February the 8th 2009 at 01:02 UTC.
This is the beginning of the winter-over for the 12 crew members of DC5.
The sensation is weird but very exciting.
Best regards
Eric Lotz, MD
Chief Medical Officer
Concordia Station Leader

Quelle journée incroyable bien que pour moi, le départ des estivants ait signifié déjà le début de l’hivernage, ce coup-ci on est vraiment plus que nous…En fin de matinée, je vais en cuisine pour donner un coup de main à Dom : La salle à manger et le salon ont vu leurs configurations modifiées, la vaisselle excédentaire a été rangée également…
Puis déjeuner, qu’est-ce qu’on rit…Si ça continue comme ça, quelle fabuleuse cure, non pas que, je, ou nous, en ayons besoin mais ça n’arrête pas une minute, pourvu que cela dure c’est si vivifiant ! Et puis après le repas nous passons un moment au salon afin de dresser la liste de ce que chacun voudrait apprendre des autres : souder, coudre, cuisiner, astronomie…Je veux en faire un maximum notamment d’un point de vu technique.

Caroline JULIAN

Samedi 7 février 2009

Le Grand Jour

Vers 9h35 nous nous habillons tous pour aller à l’avion. Instant étrange, on sent que ça y’est, nous sommes au grand tournant…Je plaisante avec Denis et Cyp, nous faisons mine d’accompagner les estivants jusqu’à l’avion en leur souhaitant bon voyage…Puis c’est le moment de s’embrasser en se souhaitant les choses habituelles…Eric a quelques colliers de coquillages à distribuer (il vient de Tahiti)…Nous reverrons certains « l’an prochain », c’est bizarre de dire ça…Et puis pour d’autres c’est l’Adieu…Peu à peu ils montent dans l’avion, nous lançant un dernier au revoir accompagné d’un signe de la main. Claire nous compte afin de s’assurer qu’il n’y a pas de déserteurs... Nous jouons les excédés : ils sont encore là…Allez, oust… Nous allons prés des barils de kérozène et continuons d’agiter les bras, de lancer des morceaux de neige pour les faire déguerpir, de plaisanter entre nous. Puis, nous faisons une aula grandiose tous alignés. Les moteurs se mettent à faire plus de bruit enfin, et l’avion s’ébranle…Encore un signe de la main, un sourire. Je pense que ce doit être un moment spécial aussi pour ce qui partent de nous laisser. De regarder par le hublot et de voir notre petit groupe qui va rester ici pour de longs mois. Ca y’est la boule au fond de la gorge…Mais pas de tristesse, c’est difficile à expliquer. Je sais que je resterai en contact avec certains, je garderai un souvenir inoubliable de cette campagne…mais maintenant c’est le moment de passer à autre chose…La manœuvre, le nuage de neige qui nous aveugle.. et l’avion va se mettre en place sur la piste. Il paraît avoir du mal à décoller et reste assez bas avant de prendre enfin de la hauteur. Nous avons les yeux fixés sur cette fragile silhouette qui s’éloigne peu à peu.
Nous y sommes…Nous nous regardons, les plaisanteries se calment, c’est un peu le moment de recueillement. Et puis un instant magique entre tous. L’avion fait demi-tour et perd de l’altitude, comme s’il allait se poser, mais non, il passe juste au-dessus de nous en une fraction de seconde. Un dernier flash d’appareil photo s’échappe d’un des hublots et voilà le DC3 qui s’éloigne définitivement après cet ultime salut…3 membres d’équipage sont restés parmi nous et seront récupérés ce soir (ils partiront sans doute demain si les conditions sont bonnes et doivent encore faire des vols jusque début mars mais uniquement sur la côte).
Nous ne sommes pas encore tout à fait seuls donc… Nous commençons à rentrer vers la tour après quelques minutes et lorsque je lève à nouveau les yeux, plus rien ne pointe à l’horizon…Salut les amis ! Le meilleur pour vous, un bon voyage et une bonne continuation. Et pour certains, le souhait de tout cœur que certains rêves se réalisent… Parmi les hivernants certains plaisantent sur le fait que nous aurons plus de place pour les affaires à présent…D’autres sont moins gais et regardent cet espace devenu presque trop grand. Je suis contente que nous débutions notre hivernage mais j’aimerais me poser un instant dans ma chambre afin de prendre le temps de réaliser.
Pourtant, je n’en fais rien et vais faire un tour à l’étage, au salon, dans la cuisine. Tout est vide. En bas, chacun a repris ses activités. Je me lance dans le ménage avec Denis aidés par les pilotes et Alex. Avec Dominico nous commençons à bouger quelques tables et quelques chaises. De toutes façons il faudra faire un ménage à fond et tout réarranger, tout réadapter pour notre petit comité. Je ne réalise encore pas que c’est parti, enfin…On en avait presque oublié la finalité de la chose au milieu de l’ambiance estivale. C’est comme si j’avais l’impression que c’était la fin alors que nous ne sommes qu’au commencement…
A midi, la configuration de la salle à manger à changer avec une
grande table dans le sens de la longueur de la pièce. Tout est servi à table, plus de self. Un verre de champagne et un toast au presque début de notre hivernage… J’aide ensuite Alex à faire la vaisselle puis nous c’est le moment de la messe comme dit Denis : la réunion du samedi. Jon filme cette première réunion où nous fixons par exemple les heures des repas, l’heure de la réunion hebdomadaire…A ce moment, on a l’impression d’avoir toujours été ici tous rien que tous les 12…30 min plus tard, nous clôturons la séance…Il faut se remettre au boulot.
Nous partons au camp d’été pour aider un peu Dominico qui refait les lits et nettoie les tentes. Je fais un tour ensuite dans le bâtiment de vie du camp d’été, la Centrale…avant que tout soit condamné. La vidéoconférence avec l'école italienne est avancée à 17h15 car l’avion est prévu pour son horaire initial c’est à dire 18h30. Eric avait déjà prévu le truc. L’équipe technique allait à l’avion et Cyp, Alex et moi nous occupions du déchargement tandis qu’Eric aurait été à la radio et que les autres seraient restés au salon pour poursuivre. Comme c’est avec des Italiens, Max joue le traducteur. Cela dure 30 min environ…Puis nous nous préparons pour réceptionner l’avion. C’est étrange, j’ai l’impression que cela fait déjà plus de temps que nous sommes seuls déjà. Cool, des tomates et concombres, oranges et melon, bananes, ananas, choux, yaourts…Du courrier, et puis une caisse pour Guillaume et une pour le garage. Après avoir chargé le merlot depuis l’avion, nous allons au magasin pour ranger le tout.
Dîner puis séance cinéma.Lorsque nous ressortons de la salle vidéo, le temps est complètement bouché et il neige ! Incroyable comment en 2h le temps à viré du tout au tout. L’avion partira t-il demain ? Heureusement que nous avons eu une fenêtre météo favorable ce matin pour nos campagnards sans quoi, ils auraient peut-être du patienter un moment avant de retourner à DDU…

Caroline JULIAN

de-concordia_sport
Jeudi 29 janvier 2009

L'hôpital de Concordia

Voici une vidéo de présentation de mon hôpital. Le seul à plusieurs centaines de km à la ronde. Comme vous pouvez le constater, nous sommes plutôt bien équipés, et parés à faire face à la majorité des cas de figure, sachant que Concordia est inaccessible pendant près de neuf mois, sans possibilité d'évacuation sanitaire en dehors de la période d'été (début novembre à début février). Nous avons donc ici de quoi hospitaliser un patient, réaliser des soins dentaires, des examens biologiques standards, des radiographies, opérer un malade... Comme tous les médecins arrivant à Dôme C, j'ai passé plusieurs semaines à découvrir mon stock, à réorganiser les choses à ma façon pour que tout me soit accessible facilement, à me débarrasser des produits périmés (avec des livraisons seulement pendant l'été, il y a chaque année du stock périmé à détruire). J'ai quasiment fini ce travail et commence vraiment à me sentir dans mon élément. A part la salle d'opération, j'ai déjà eu à utiliser tous mes appareils, dont le fauteuil de dentiste il y a quelques jours, pour remplacer un plomb qui avait sauté !

Eric LOTZ

Deux avions à Concordia,
prêts pour le départ !...

Le prince Albert de Monaco
de passage à Concordia.

Le stockage des carottes
de glace
du forage Epica, 3200m !

Un palmier rose pousse sur les tours de Concordia !

Mercredi 28 janvier 2009

Quelques dernières nouvelles, en vrac...

L’effectif est désormais passé de 70 à 37 grâce aux derniers vols ! Nous n’avons jamais été autant sur la base depuis sa construction. Enfin ! Notre petite équipe commence à savourer un début de tranquillité : moins de bruits, de confusion... Ceci dit, depuis que Fabio, un de mes collègues de la salle radio en charge du réseau informatique est parti, mes tâches s’alourdissent puisque c’est moi qui prends désormais son relais. Les trois mois de la campagne d’été touchent à leurs fins. Heureusement, car les tensions avec certains estivants augmentent au fur et à mesure que leur départ approche. Affairés, stressés, préparant caisses et vols de retour, essayant de tout boucler avant leur départ, ce n’est pas le moment de leur vie où ils sont le plus ouverts… Avec une personne en particulier, je vous assure qu’il faut vraiment être coooool, mais je suis patient, enfin, jusque maintenant… En somme, dernière ligne droite au taquet pour clôturer la dernière semaine de la campagne d’été... Moi et mes collègues hivernants ne pensons qu’à une chose : vivement dans 8 jours ! La raison de notre venue ici prendra alors tout son sens : l’hivernage...

Nous avons reçu il y a peu une visite peu banale : celle du Prince Albert de Monaco ! dont voici une photo ci-dessous avec tous les membres présents sur la base (ne me cherchez pas sur la photo c’est moi qui l’ai prise ;)) ). Son parcours est impressionnant : il visite 26 bases en un mois ! 26 bases, 26 nations. Celles-là même qui ont signé le traité sur l’Antarctique, tout comme lui. C’est d’ailleurs la raison de sa venue : découvrir les bases antarctiques, prendre connaissance des infrastructures de terrain qui permettent aux chercheurs d’exercer sur place, connaître les moyens logistiques et de communication. Il nous a confié, tout comme le stipule le traité, que son intention était d’introduire peu à peu sur le grand continent des programmes de recherche soutenus par la principauté de Monaco. La soirée passée avec lui fut très sympa, le chef d'état est en fait très abordable.

Le soir, après la visite de la station, le Prince nous a fait voir un diaporama de son précédent trajet qui l’a amené jusqu’à Concordia : la station américaine Pôle Sud ; la base britannique O’Higgins ; une station chinoise ; il a même rencontré Mike Horn en plein périple ! Ses prochaines étapes : la station russe Vostok ; la station belge Princess Elisabeth (celle faite entièrement à l’aide d’énergies renouvelables), etc... Il est resté pile 24h. Arrivé le matin, reparti le lendemain à 7h00. Il continuera ainsi pendant le reste du mois... Et dire qu’en arrivant à Concordia j’étais complètement claqué ! Je ne sais pas comment il fait pour enchaîner tout ça, sans compter le décalage horaire entre chaque station ! Ici, près du pôle sud, il suffit de peu de kilomètres pour changer de fuseau horaire...

Actuellement, nous sommes au plus chaud de l’année. Selon certains campagnards d’été, il fait même anormalement chaud pour la saison, en effet, il fait -26°C. Habituellement, les températures commencent à redescendre à partir de la mi-janvier. Elle devrait déjà être aux alentours de -35°C / -40°C. J’ai donc profité de cette douceur estivale pour faire un tour avec mon pote hivernant Alex, engagé par l’ESA, il est médecin-chercheur sur la station . (C’est un egypto-américano-anglo-français, une drôle d’espèce ;-) ). Nous sommes allé visiter un endroit historique : la galerie de stockage des carottes EPICA ! Ces fameux bouts de glaces retirées des entrailles de la calotte polaire (3200m de fond) et qui ont permis d’établir les archives climatiques du passé sur 800 000 ans grâce aux gaz qui y sont emprisonnés. Ce projet a même reçu un prix européen : le prix Descartes. Ces carottes sont stockées à 5m sous la glace, suffisamment profond pour que la température de conservation soit constante : -55°C. Nous y entrons doucement en nous couvrant la bouche, sinon cela commence à picoter la gorge. Certaines analyses sont faites sur place après extraction, d’autres en laboratoire en Europe ou ailleurs. A partir de ce stock de glace, des chercheurs du monde entier peuvent ainsi demander l’autorisation d’exploiter telles ou telles portions de carottes qui sont ensuite envoyées à l’intéressé.

Pour terminer, un petit cadeau (voir photo ci-dessous). Qui a dit qu’aucune plante ne poussait en Antarctique ? Un palmier rose est subitement apparu un beau matin ! Blague à part, c’est une initiative de Laurent, hivernant membre de la DC4 et prédécesseur d’Alex. A l’occasion de la fin de l’année polaire internationale (en mars 2009), plusieurs projets ont été soumis pour clôturer officiellement l’évènement. Laurent a consulté un de ses copains architectes... et voilà le résultat ! Un gros ballon de baudruche rose ! Il est resté là juste deux jours le temps de la photo. Je dirais que ceci est l’une des preuves que dans la vie, tout est possible, TOUT ! Alors, ne laissez jamais quelqu’un vous décourager !

Jonathan ZACCARIA

Jeudi 22 janvier 2009

Une journée type à Concordia
Durée d'ensoleillement 24h/24h !

Réveil : 6h45
Stretching pour bien commencer la journée: 7h à 7h40
Petit-déjeuner : 7h40 à 8h
Calibration pour les analyses : 8h30 à 11h45
Déjeuner : 12h à 12h30
Salle info et discussion: 12h30 à 13h
Analyses : 13h à 17h30, 18h
Apéritif : 19h
Dîner : 19h15 à 19h40
Salle info et discussion: 19h45 à 20h00
Libre

Les tâches communes :
Lorsqu'on est de vaisselle, il faut assurer à midi et le soir à 2.
Il y a les jours de ménage également où on est à 3 pour faire les salles de bain, le sol et les toilettes (urinoirs et incinolets). Les urinoirs hommes se trouvent dans la centrale (au nombre de 2) tandis que les urinoirs femmes (1ère année en fonctionnement, avant cela fonctionnait à l'ancienne, chacune avait son récipient qu'il fallait aller vider chez les hommes) se trouvent au premier étage du bâtiment bruyant. Les incinolets se trouvent au nombre de 3. D'aspect, cela ressemble à un WC classique. Mis à part qu'il n'y a pas de chasse d'eau. Ainsi donc, on place un sachet papier dans la cuve, on fait ce que l'on a à faire puis on ouvre la trappe et le sac tombe dans un compartiment. Il reste à presser un bouton et le tout est incinéré.
Pour nettoyer les incinolets, il s'agit d'ouvrir le compartiment sous-jacent pour en retirer les cendres. Il faut pour cela avoir pris soin de fermer l'incinolet au moins 2h avant pour qu'elle ait le temps de refroidir après avoir lancé un dernier cycle.

Particularités hebdomadaires :
Le vendredi est une « grosse journée » car je dois aller changer toutes les manips du shelter plus les filtres de la tour. Je vais en gros 3 à 4 fois par semaine au shelter pour des prélèvements ou pour vérification du matériel. Le reste du temps, je gère les manips DMS/DMSO depuis la tour avec bientôt l'installation de l'analyseur ozone et je prépare le matériel à aller mettre en place. Chaque jour, il y a également un lâcher de ballon météo. Nous sommes 3 à avoir cette tâche et allons constituer des binômes pour fonctionner en roulement. Pour l'instant c'est Laura qui assure les lâchers.
Une fois par mois enfin, il y a un lâcher de ballon ozone. Ce ballon est plus gros (nous envoyons la sonde ozone + la sonde météo habituelle). Et il faut beaucoup plus de temps pour le préparer trois jours avant le lacher il faut s'occuper de la sonde (1h) puis le jour-J il faut finaliser sa préparation, la conditionner et s'occuper de la sonde météo avant d'aller gonfler le ballon et de réaliser le lâcher. L'hiver, nous devrons tremper les ballons dans une solution avec du kérozène afin d'éviter qu'ils ne gèlent dés la sortie du local où nous gonflons le ballon météo (pour le ballon ozone il faut gonfler à l'extérieur vu sa taille).
Le dimanche enfin est une journée chômée. Le petit-déjeuner se prolonge jusqu'à 9h et à midi nous avons droit à la nappe en papier.
L'après-midi, on se balade (pas beaucoup d'objectifs de balade à part la tour américaine, la clef n°6 et la station météo'), on fait une partie de volley ou de foot, on flâne... Le dimanche nous avons droit à des suppléments d'informations. Tous les jours nous recevons par internet la Republica et France Actualités mais le dimanche nous avons le monde et la Republica plus volumineux.

Caroline JULIAN

Sortie scientifique

Le sismomètre

Les panneaux solaires

Vendredi 9 janvier 2009

En route pour la sismologie ! Tout d'abord, préparer tout le matériel scientifique et se rendre en véhicule à 5km de la base, perdre un peu d'huile sur le chemin, s'arrêter une ou deux fois pour que Giovanni le mécanicien répare tout ça, et après 45 minutes de "mal de flex", nous sommes sur site. (Flexmobil, c'est le nom du petit bus à chenilles, mal de flex, ça, c'est comme le mal de mer. L'engin se fait pas mal brasser en raison des sastruggis, sorte de petites vagues de neige formées par le vent, comme dans les déserts de sable). Nous sommes donc précisément au point GPS S:75°03.848' E:123°14.7480'. Là où se situe la deuxième des trois stations sismologiques éloignées de la base, pour éviter toute perturbation de la station.

Deuxième étape : creuser ! à vos pelles mesdames et messieurs ! Après une soixantaine de mètres cube de neige déplacés, nous arrivons enfin à mettre à nu le sismomètre, qui habituellement encré dans la roche en profondeur, est ici posé à même la neige (la roche se situe en effet à plus de 3000 m sous nos pieds ! Je creuse vite, mais pas à ce point là !).

Le système est composé de 4 parties : le sismomètre, une caisse qui comporte l'électronique d'acquisition, une caisse de batteries, un mât qui supporte des panneaux solaires et une antenne de communication.

Objectif du jour : niveler le sismomètre, qui penche avec les déplacements de la calotte glaciaire, changer les batteries, orienter correctement les panneaux solaires qui fournissent l'énergie aux batteries, augmenter la puissance du signal radio, qui permet d'envoyer les données à la station Concordia via une antenne judicieusement orientée, enfouir le gps (qui fournit l'heure et synchronise donc les signaux sismologiques) dans l'une des caisses (au dehors, l'expérience prouve qu'il supporte mal l'électricité statique en raison de la sécheresse de l'air)

Résultat des courses : tout s'est passée comme prévu (ouf ! ce n'est pas toujours le cas) après neuf heures passées dehors, par -30°C (sans vent, heureusement, sinon nous n'y serions pas allé), j'ai une faim de loup !

Le but de ces stations est de mieux comprendre la structure de la Terre et la formation des séismes en général (puisque même des séismes à l'autre bout de la Terre peuvent être ressenti jusqu'ici) et en particulier sur la plaque continentale antarctique. Une fois ces stations indépendantes optimisées, le laboratoire des sciences de la Terre de Strasbourg (EOST) prévoit d'en installer une multitude sur le plateau antarctique.

Jonathan ZACCARIA